Yémen : La mère éplorée d’un enfant soldat

La chambre semble exactement comme elle était lorsqu’il est parti, il y a trois mois. Ses affaires sont là où elle se trouvaient, sur son lit, où il les avait posées, soigneusement pliées. C’est une mère accablée qui est assise au milieu de tous les souvenirs qui restent de lui. Miryam  a perdu son fils Mohammed à cause d’un conflit dans lequel il n’aurait jamais dû être impliqué. L’avoir perdu a fait basculer l’univers de Miryam dans un abîme de chagrin et de regrets.

« Mon fils Mohammed n’avait que quinze ans lorsqu’il a été tué. Il aimait le sport et la poésie et était toujours le premier de sa classe. On m’a pris mon enfant si tôt, sans même que je puisse avoir la chance de pleurer sa perte » Miryam s’exprime avec tristesse.

Son histoire n’est qu’un reflet des moments tragiques que connaissent tant de familles qui doivent faire face à la perte de leurs enfants, recrutés comme soldats dans l’actuel conflit du Yémen.

Au moins 796 enfants ont été tués et 1151 blessés depuis l’escalade des violences au Yémen qui ont commencé le 26 mars 2015.

Miryam chez elle, après la perte de son fils, Mohammed
UNICEF/Yemen/2016/Yassir AbdulbakiMiryam chez elle, après la perte de son fils, Mohammed.

Miryam, originaire du district de Malla, à Aden, a élevé seule ses quatre enfants. Avec le maigre salaire qu’elle reçoit du gouvernement, elle parvient à peine à subvenir aux besoins de sa famille. Malgré ses faibles moyens, elle est connue dans tout le quartier comme une femme forte et, en tant que mère, est extrêmement respectée. « J’ai élevé mes enfants dans la dignité. Je n’ai jamais  demandé la charité ni sollicité d’aide. Je travaillais vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour faire vivre ma famille. Je voulais qu’ils grandissent en se sentant fiers de moi comme j’ai toujours été fière d’eux », dit-elle.

Mohammed était adolescent quand le conflit a éclaté à Aden. Il a rejoint un groupe armé en mai 2015 quand sa ville, Malla, s’est trouvée encerclée par la milice.

« J’ai trois ans de plus que Mohammed mais, pour moi, il était un adulte, un père, un ami et un soutien. Il nous donnait toujours un sentiment de sécurité et d’amour. Mais il n’a pas eu de choix. Face à toutes les pressions qui pesaient sur lui, il a décidé de prendre une arme et d’aller se battre. Un enfant, sans expérience,  s’est trouvé entraîné vers une fin cruelle », nous dit Jehad, la sœur de Mohammed.

Pendant qu’il se trouvait dans le groupe armé, Mohammed était aussi en contact avec sa famille qui a dû partir quand le conflit, à Malla, a atteint toute son intensité puis a été suivi d’une épidémie de dengue.

« Je n’arrête pas de me demander pourquoi mon fils a pris une telle voie. Pourquoi a-t-il cherché désespérément à le faire ?  Les circonstances et les gens qui l’entouraient ont-ils exercé une pression sur lui ? »

« À présent, je me rappelle de tout.  Son isolement dans sa chambre, ses yeux qui étaient toujours pleins de larmes. Peut-être avait-il besoin d’une main tendue, d’une épaule sur laquelle s’appuyer pendant les moments traumatisants qu’il a subi à un si jeune âge », dit Miryam, les larmes dans les yeux.

On a observé une montée en flèche du recrutement et de l’utilisation des enfants, principalement des garçons, par les forces et les groupes armés. L’UNICEF estime qu’au moins 738 garçons ont été recrutés au cours de l’année dernière par les différentes parties impliquées dans le conflit, soit cinq fois plus qu’en 2014 où l’ONU avait enregistré 156 cas de recrutement.

Miryam dit : « Pour moi, mon fils reste un héros qui s’est battu avec bravoure malgré son jeune âge. Mon fils est un héros qui a été entraîné de force vers un destin qui l’a conduit à la mort. En même temps, mon fils est une victime de ce monde détraqué, une victime de la guerre et des troubles. »

Ansar Rahseed travaille pour la division Programme de l’UNICEF, à Aden, au bureau du Yémen. 

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