Une eau sûre révolutionne une communauté de façon inattendue.

La ligne de front du conflit qui fait rage en République centrafricaine suit la délimitation entre la savane et la zone tropicale du pays. Sur cette ligne se trouve Bossangoa, une ville située à l’épicentre de plusieurs conflits qui ont déchiré le pays en 2013 et 2014.

Ses habitants ont fui vers des camps de déplacés et franchi les frontières vers le Cameroun et le Tchad.

À leur retour, une vision d’horreur les attendait : non seulement leurs maisons et leurs écoles avaient été détruites, et tous leurs objets de valeur, emportés ou brûlés, mais, dans un acte de revanche pervers, les groupes armés avaient également jeté dans les puits les corps de ceux qui n’avaient pas pu fuir et ainsi empoisonné l’eau.

Spécialiste EAH (eau, assainissement, hygiène) à Bossangoa, j’ai pu voir en quoi la crise avait des conséquences à long terme sur la santé, le bien-être et la survie des personnes. Je sais qu’une eau propre est essentielle pour la reconstruction d’une nation.

À Bossangoa, nous avons commencé par acheminer de l’eau par camion, puis nous avons lancé de nouveaux forages. C’était là un projet passionnant et ambitieux.

A woman in a white shirt pumps water by hand.
UNICEF Rose Mariane, 17, fled the conflict with her family in 2013. She comes to pump water at a well near the edge of town.

Compte tenu de la topographie de Bossangoa, il ne suffit pas de creuser un puits de 20 mètres de profondeur pour trouver de l’eau. Il faut aller bien plus bas. L’UNICEF a envoyé dans une zone instable et de haute sécurité des experts et des équipements d’une valeur de plusieurs millions de dollars.

Petit à petit, les puits de l’UNICEF ont commencé à apparaître dans toute la ville. On en compte à présent 30.

Une fois les puits percés, un coordinateur a été nommé pour chaque pompe à main afin d’organiser la queue à la pompe et de s’assurer que chaque personne était servie.

Chaque pompe a également été placée sous la responsabilité d’une association communautaire, au sein de laquelle un trésorier et un président sont responsables de garantir son entretien. Les associations collectent un faible montant à chaque fois qu’un ménage remplit un seau, ou plus précisément un bidon, et l’argent est versé dans un fonds qui aide la communauté à intervenir rapidement pour réparer la pompe en cas de besoin.

La fourniture de l’eau va bien au-delà de la simple matière première. Lorsque les gens se rassemblent autour des nouveaux puits, ils n’ont pas d’autre choix que de se parler, et de laisser derrière eux le passé et les haines. Nous ne faisons pas que creuser des puits, nous jouons également un rôle crucial dans la reconstruction de la paix et de la cohésion sociale dans la ville.

Le projet a profondément remodelé la communauté. Les puits ont donné naissance à un espace où les membres de la communauté peuvent se réunir et parler du rôle que l’eau joue pour véritablement les rassembler et les faire communiquer. Les problèmes éventuels sont résolus, et les conflits potentiels font l’objet de discussions. L’eau n’est pas simplement l’un des ingrédients essentiels à la vie, elle est devenue une fondation solide qui permet de relier les membres de la communauté, de les rassembler et d’utiliser ces moments pour réfléchir à ce qu’ils ont traversé.

Après trois ans, tous les puits fonctionnent parfaitement. Toutes les communautés qui gèrent ces puits s’épanouissent et leur récupération est en bonne voie. Les enfants peuvent profiter d’une eau potable facile d’accès et les mères savent que leurs enfants ne tomberont pas malades.

A teenage girl in a brown dress stands in front of a building.
UNICEF Rose« Water is everything, it’s life, » says Diane, 18. She spends more than two hours each day getting water for her mum. She likes the chance to talk with friends while they wait for their turn.

Il suffit de passer un peu de temps aux abords d’une des pompes de Bossangoa, ou au sein de la communauté, pour commencer à entendre des anecdotes qui illustrent en quoi l’eau a changé la vie des gens. On y entend aussi des histoires sur le conflit qui donnent à réfléchir. Celle de cette femme qui a perdu quatre frères, ainsi que son mari. Celle de ces gens qui ont dû fuir pour sauver leur vie en laissant tout ce qu’ils possédaient derrière eux, puis revenir et affronter le traumatisme du retour vers ce lieu de violence extrême où ils avaient vécu tant d’horreur, mais aussi constater qu’il ne leur restait plus rien. Et, une fois de retour chez eux, ils ne disposaient même pas de ce dont ils avaient le plus besoin : de l’eau.

Il y a tant de chapitres différents qui racontent l’histoire de Bossangoa, qu’il s’agisse de douleur, de conflit, de perte ou de résistance. Le rôle qu’a joué l’eau dans la récupération est toutefois essentiel. Sans eau, il ne peut y avoir d’école ou de centre de santé.

Je suis particulièrement fier du travail que nous accomplissons à Bossangoa. Je suis heureux de voir que, grâce à une eau propre, les cas de maladies transmises par l’eau, comme les diarrhées ou les infections parasitaires, ont fortement reculé. Je suis également très fier lorsque je vois des enfants aller à l’école au lieu de devoir patienter dans des files d’attente et marcher de longues distances pour trouver de l’eau.

Christophe Belandombi est spécialiste EAH à Bossangoa, dans le nord-ouest de la République centrafricaine. Il a participé à la récupération de la communauté après les violences qui ont déchiré la ville en 2013. Les nouveaux systèmes d’approvisionnement en eau mis en place font toute la différence pour les enfants.

Réagir à cet article

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont annotés « obligatoire. »