Togo : L’accès aux soins primaires au cœur d’un village isolé

Nioussira est un village isolé dans la brousse situé à 450 km au nord de Lomé, au Togo, dans la région de Kara. 1 118 personnes y vivent, dont 250 enfants de moins de 5 ans. Parmi ces habitants, une personne a particulièrement retenu mon attention car elle joue un rôle essentiel au sein de sa communauté. Il s’agit d’Akalim Nalime, 37 ans et agent de santé communautaire (ASC) formé avec l’appui de l’UNICEF en collaboration avec le Ministère de la santé.

Il assure par délégation les soins primaires auprès des enfants de son village pour faciliter leur prise en charge. Le dispensaire de santé le plus proche se trouvant à plus de 15 km de marche, tout le village compte sur le dévouement bénévole d’Akalim pour soigner ses enfants aux premiers stades d’une maladie ou lorsqu’elle peut être facilement traitée. Les cas plus graves doivent être immédiatement référés au centre de santé le plus proche.

© Eskandar Benaïcha / UNICEF FranceAkalim Nalime tient à jour son carnet de fiches de consultation qu’il remet mensuellement aux partenaires de l’UNICEF.

Akalim Nalime effectue un examen méticuleux d’une petite fille de 18 mois souffrant de fièvre, d’anémie et de diarrhée. Observation générale, prise de température et test rapide de détection du paludisme avec le prélèvement d’une goutte de sang et mesure du périmètre brachial pour diagnostiquer son état nutritionnel ; Akalim ausculte la petite fille avec attention et rassure la maman en lui remettant quelques médicaments.

L’état de santé de la petite fille devrait s’améliorer dans les jours suivants. Je le vois renseigner avec précision dans un registre les informations prises lors de la consultation afin d’assurer un bon suivi médical de l’enfant.

Le registre des consultations permet à l’ASC d’élaborer des rapports mensuels d’activité, d’appuyer la collecte des données sur la santé des enfants lors des enquêtes mais permet également au superviseur d‘assurer le suivi de l’enfant et du travail de l’ASC. Dans le village de Nioussira, Akalim joue un rôle pivot entre sa communauté et les services de santé de son aire sanitaire. Un rôle précieux tant sur le plan de la prévention que de la sensibilisation pour la survie de l’enfant.

© Eskandar Benaïcha / UNICEF FranceAkalim Nalime est cultivateur de coton. Dès qu’ un enfant est malade, il n’hésite pas à quitter son champ pour venir le soigner.

En observant Akalim, je ne cesse de me demander quelles peuvent bien être les raisons de son engagement bénévole. « Je suis cultivateur de coton et père de 9 enfants », me raconte-t-il. « J’aime mon travail et j’ai une grande famille dont je suis fier. J’ai eu un choc le jour où j’ai perdu mon nouveau-né à cause d’une mauvaise prise en charge. Il est décédé d’une maladie évitable. » 

C’est en réaction à ce drame familial qu’Akalim décide de s’engager comme agent de santé communautaire pour aider les enfants de son village. Je comprends mieux la raison profonde pour laquelle ce jeune père de famille donne de son temps pour le bien de sa communauté et pour la santé des enfants du village.

 

 Je ne veux pas que d’autres parents vivent la même douleur dont ma femme et moi, Je donnerai autant de temps qu’il faudra si cela peut aider à soigner des enfants et sauver des vies.

Au Togo, la mortalité infantile a fortement diminué grâce aux efforts conjugués de l’UNICEF et des partenaires locaux, ainsi que celles des autorités du pays. De 77 pour 1000 en 1998, la mortalité infantile a baissé à 42 pour 1000 en 2017.

Mais il reste encore beaucoup à faire car ces chiffres cachent de profondes disparités entre le milieu urbain et le milieu rural.

Eskandar Benaïcha est Responsable de la communication digitale à l’UNICEF France.

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