Réflexions avant l’arrivée de l’ouragan Matthew

Dimanche 14 heures, heure locale. Je suis à Port-au-Prince, en Haïti, et, comme 10 millions d’autres personnes, je me prépare aux conséquences d’une nouvelle épreuve pour ce pays déjà profondément affecté.

Il y a 50 ans, le 29 septembre 1966, le cyclone Inès frappait Haïti. Classé catégorie 4 – tout comme Matthew, l’ouragan qui se dirige vers nous – et accompagné de vents allant jusqu’à 250 km/h, Inès avait semé le chaos.Mille personnes avaient perdu la vie, des milliers d’autres avaient été blessées et plus de 60 000 personnes s’étaient retrouvées sans abri du jour au lendemain. Les dégâts avaient alors été estimés à 20 millions de dollars É.-U.

A l’heure où j’écris, Matthew se trouve à environ 535 kilomètres au sud-sud-ouest de Port-au-Prince et se déplace vers le Nord-Nord-Ouest à une vitesse de 7 km/h. C’est l’un des ouragans de l’Atlantique les plus puissants de notre époque. Une fois qu’il aura touché terre, il sera renforcé par des précipitations allant jusqu’à 63 cm dans le sud d’Haïti.

En raison de son terrain escarpé, Haïti (Ayiti en Taino, la langue des premiers habitants de l’île, se traduit par « terre de hautes montagnes ») est particulièrement vulnérable aux inondations. La déforestation massive au fil des décennies a laissé d’innombrables collines et montagnes dépourvues des arbres qui retiennent habituellement l’eau. Avec 60 % de la population vivant avec moins de 1,25 dollar É.-U. par jour, de nombreuses familles vivent dans des maisons à peine capables de résister à de fortes précipitations. La majorité d’entre elles sont en bois et de la tôle ondulée fait office de toit. Alors que j’entends le vent s’intensifier dehors, mes pensées vont aux familles qui sentent leurs murs trembler.

Depuis hier, je reçois des emails d’amis pleins d’amour, de pensées et de prières. Ces personnes vivant à des milliers de kilomètres d’ici semblent être mieux informées que beaucoup de ceux dont la vie peut basculer une fois l’ouragan Matthew passé. Moins d’un Haïtien sur sept a accès à l’électricité et le taux d’alphabétisation est d’environ 60 %. L’accès à l’information reste une ressource rare qui peut pourtant sauver des vies.

Afin que les gens soient préparés à Matthew, des campagnes de sensibilisation sur les mesures de protection sont en cours, en particulier dans Les Cayes, la zone susceptible d’être la plus touchée. Les agents du Département de protection civile (DPC), le personnel du gouvernement et des ONG partenaires de l’UNICEF ont investi les rues, exhortant les habitants à préparer des trousses d’urgence et à sécuriser leur maison, et diffusent des messages d’information.

Ces derniers jours, l’UNICEF a travaillé sans relâche et en étroite collaboration avec le gouvernement et les partenaires humanitaires afin de prépositionner des stocks de denrées vitales pour 10 000 personnes, dont de l’eau potable. Des citernes d’eau et des tablettes de chloration ont été livrées aux départements via la Direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement (DINEPA).

Les réserves en eau potable sont les premières à s’épuiser lors d’une situation d’urgence. Moins d’une personne sur cinq vivant en milieu rural a accès à un assainissement amélioré et environ 40 % des personnes s’approvisionnent à des sources d’eau non protégées. L’arrivée de l’ouragan risque donc d’aggraver une situation déjà précaire.

L’épidémie de choléra déclarée en 2010 a déjà causé la mort de près de 10 000 personnes. Aujourd’hui, plusieurs centaines de nouveaux cas se déclarent chaque semaine et un sur trois touche un enfant. Les campagnes d’information sur les mesures simples que les individus peuvent prendre pour se protéger contre la maladie (lavage des mains, chloration de l’eau, etc.) ont été intensifiées et sont actuellement en cours dans toutes les zones à risque.

Outre la prévention des maladies, les équipes de l’UNICEF sont prêtes à intervenir dans tous les domaines qui touchent au bien-être des enfants. L’objectif est de veiller à ce que les enfants soient et restent protégés. Les droits à l’éducation, la protection, la santé, l’eau et la nutrition ne sont pas suspendus en période de crise, ils doivent au contraire être renforcés.

Il est triste d’anticiper une situation susceptible de faire souffrir des milliers de familles et d’être incapable de l’empêcher. Mais Haïti a tant de beauté et de courage que peu importent les conséquences, Matthew n’en sortira pas gagnant. Ces prochains jours, nous devons faire tout ce qui en notre pouvoir pour soutenir les enfants, femmes et hommes d’Haïti pour surmonter cette nouvelle épreuve.

Merci et mesi anpil*

*merci en créole.

Cornelia Walther est Directrice de la Communication pour UNICEF Haïti.

 

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