Soudan du Sud : grâce aux serviettes hygiéniques, les filles continuent d’aller à l’école

Marshalina John, 13 ans

Je me souviens de la nuit qui a précédé mes premières règles. Je dormais à côté de ma mère lorsque j’ai ressenti de violentes crampes à l’estomac. Je ne savais pas ce qui m’arrivait. J’ai cru que j’étais malade. Ma mère m’a mis un linge froid sur le ventre pour soulager la douleur, mais celle-ci était intolérable. Je n’ai quasiment pas dormi. Le lendemain matin, je me suis sentie un peu mieux et j’ai pris une douche avant d’aller à l’école. Dans la salle de bains, j’ai vu le sang s’écouler de mon corps sur le sol. J’étais perdue. J’ai couru à la maison et j’en ai parlé à ma mère. Elle m’a demandé de m’habiller pour m’emmener à l’hôpital. Elle pensait que je n’étais pas bien et elle m’a donné des linges supplémentaires afin que le sang ne tache pas mes vêtements. Nous sommes allées à la clinique voir un docteur. Après m’avoir examinée, il nous a annoncé que j’avais mes règles et que c’était tout à fait normal. Il a expliqué à ma mère qu’elle devait acheter des serviettes hygiéniques et m’a donné des conseils d’utilisation et d’hygiène pendant la menstruation. Il m’a aussi dit que j’aurais mes règles tous les 28 jours. Ce jour-là, j’ai manqué l’école parce que j’avais très mal mais aussi parce que nous avons passé beaucoup de temps à l’hôpital.

 

Une jeune fille en uniforme scolaire, assise sur une chaise en plastique bleu.
©UNICEF/South Sudan/2019/KolokMarshalina John, 13 ans, parle des règles.

Comme le docteur l’avait prédit, mes règles sont revenues tous les 28 jours. À cause de la crise économique, il m’arrivait de rater l’école car ma mère n’avait pas de quoi acheter des protections hygiéniques. L’an dernier, l’UNICEF a commencé à distribuer des serviettes et du savon, des culottes et un fil à linge que les filles peuvent utiliser pendant leurs règles. Cela a provoqué un profond changement car, depuis, je n’ai pas manqué une seule fois l’école à cause de mes règles. Beaucoup de filles ne vont plus en classe lorsqu’elles commencent à avoir leurs règles car leurs parents ne peuvent pas leur acheter de serviettes hygiéniques. La nourriture est une priorité, et des produits comme les serviettes sont considérés comme un luxe dans la plupart des foyers. Je suis heureuse de voir que trois de mes amies qui avaient arrêté l’école à cause de leurs règles sont désormais revenues. Je leur avais parlé des serviettes hygiéniques lavables que toutes les filles avaient reçues à l’école et elles n’ont pas raté un seul jour depuis.

J’aimerais que davantage de parents accompagnent leurs enfants, en particulier les filles, en leur parlant de la menstruation pour les préparer à ce qui va leur arriver. J’en ai parlé à ma petite sœur pour qu’elle soit prête quand ce sera son tour. Je suis reconnaissante à l’UNICEF et à toutes les organisations qui aident les filles à continuer l’école, même pendant leurs règles.

Teresa Kiden, 14 ans

L’an dernier, j’ai failli abandonner l’école à cause de mes règles. J’ai eu beaucoup de mal à parler de menstruation avec mon père qui s’occupe de moi depuis le décès de ma mère, il y a quelques années. Il m’aide de son mieux, mais il a souvent du mal à m’acheter des serviettes hygiéniques. Auparavant, je manquais quatre à cinq jours d’école par mois. À un moment, j’ai failli décrocher complètement, mais depuis que j’ai reçu le kit de dignité de l’UNICEF, j’ai pu continuer d’aller en classe. J’ai remarqué que davantage de filles restent à l’école et que celles qui avaient arrêté reviennent.

Une jeune fille en uniforme scolaire, assise sur une chaise en plastique vert
© UNICEF/South Sudan/2019/KolokTeresa Kiden, 14 ans, fait part de son expérience de la menstruation.

Les cours dispensés à l’école contribuent à faire reculer la stigmatisation dont les filles sont victimes. Désormais, garçons et filles comprennent que les règles sont tout à fait normales. C’est une bonne chose car les filles n’ont plus à craindre qu’on se moque d’elles à l’école. Par ailleurs, les toilettes des établissements scolaires sont accueillantes et protègent l’intimité féminine.

Soutien de l’UNICEF

L’UNICEF et ses partenaires au Soudan du Sud distribuent aux écolières vulnérables des kits de dignité contenant des serviettes réutilisables, du savon, des sous-vêtements, une torche, un fil à linge et un peigne. En 2018, les kits de dignité ont été distribués à 50 000 filles vulnérables et à plus de 5 000 femmes en âge de procréer.

Témoignages recueillis par Mercy Kolok, chargée de communication, UNICEF Soudan du Sud.

 

 

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