Sierra Leone : les survivants d’Ebola œuvrent pour l’éradication de l’épidémie en assurant l’approvisionnement en eau

La mise sous quarantaine de toute une communauté après la découverte d’un nouveau cas d’Ebola nécessite une organisation complexe pour alléger le sort des habitants, qui se retrouvent du jour au lendemain retranchés derrière une barrière orange. La tâche s’avère encore plus ardue dans les zones rurales de Sierra Leone, où en temps normal, les denrées alimentaires sont achetées tous les jours au marché voisin, où les établissements de santé sont parfois très éloignés et où l’eau courante est très rare.

Pendant les 21 jours de quarantaine, l’approvisionnement en eau est particulièrement important, non seulement pour les besoins quotidiens, mais aussi pour promouvoir des pratiques d’hygiène limitant la transmission du virus. Outre les dizaines de milliers de litres à transporter tous les jours, il faut veiller à ce que les équipes d’intervention n’entrent pas en contact avec les personnes qui ont été exposées à un cas d’Ebola.

Originaire du village de Massesebe, dans le district de Tonkolili, Kadiatu Konteh, qui a elle-même survécu à la maladie, a décidé d’agir.

« Le virus Ebola est redoutable, c’est loin d’être une partie de plaisir, se souvient-elle. Il y a tellement de contraintes. J’ai énormément souffert quand j’étais malade. » Kadiatu, qui a développé une résistance à la maladie, a collaboré avec d’autres membres de l’association des survivants d’Ebola pour assurer l’approvisionnement en eau des personnes en quarantaine.

« Je compatis avec ces personnes, parce que je sais combien la quarantaine peut être pénible. Je leur apporte de l’eau. Pour nous autres survivants, c’est quelque chose d’important. Nous connaissons les contraintes qu’ils endurent, c’est pourquoi nous avons décidé de les aider. »

Pendant la quarantaine, les survivants d’Ebola viennent chercher de l’eau à la citerne installée par l’UNICEF au village de Massesebe, dans le district de Tonkolili
© UNICEF Sierra Leone/2015/Indrias G KassayePendant la quarantaine, les survivants d’Ebola viennent chercher de l’eau à la citerne installée par l’UNICEF au village de Massesebe, dans le district de Tonkolili.

Lorsque le nouveau cas a été diagnostiqué à Tonkolili, qui n’avait pas connu de nouveau cas d’Ebola depuis plus de 150 jours, l’UNICEF a fait acheminer des citernes pour les habitants. L’une d’entre elles a été placée à proximité des locaux hébergeant 16 personnes à haut risque, isolées du reste du village parce qu’elles avaient été directement en contact avec le patient décédé. L’UNICEF veille également à ce que l’eau soit acheminée régulièrement par camions pour approvisionner les citernes et faire en sorte que tous les habitants disposent d’eau potable en quantités suffisantes.
L’équipe des survivants dont fait partie Kadiatu s’occupe de transporter l’eau sur la dernière portion du trajet, des citernes aux usagers. Chaque jour, ils livrent au minimum 40 litres d’eau par personne. Transportée dans des jerricanes, l’eau est déversée dans des réservoirs placés par les villageois à l’extérieur du périmètre de quarantaine.
« Nous faisons au moins 20 allers retours, explique Kadiatu. C’est un travail pénible, mais nécessaire. Les personnes en quarantaine apprécient qu’on leur vienne en aide. Elles sont très contentes et nous encouragent quand nous commençons à fatiguer. »

Aider sa communauté en jouant un rôle déterminant dans le bon déroulement de la quarantaine est aussi pour Kadiatu un moyen de s’aider elle-même.

« J’ai perdu la quasi-totalité de ma famille proche. Mes parents et mes frères et sœurs ont été emportés par la maladie. Il ne me reste plus qu’une sœur. Je vis désormais seule. Je suis autonome. Je suis contente d’avoir ce travail, qui me rapporte 20 000 leones (4 dollars) par jour. Cela couvrira ma nourriture et ma scolarité. »

On recense en Sierra Leone plus de 4 000 survivants de l’épidémie, qui continuent pour certains de souffrir de problèmes de santé après avoir souvent perdu leur moyens de subsistance et des membres de leur famille.

« Je suis actuellement en filière littéraire, j’étudie l’art. Plus tard, je veux devenir avocate pour faire respecter la justice, Si par exemple un homme de 40 ans viole un enfant de 5 ans, je ferai en sorte que justice soit faite », explique Kadiatu.

Avec le soutien de l’UNICEF, les membres de l’équipe de mobilisation sociale et de soutien psycho-social participent à l’approvisionnement en eau potable des habitants de Massesebe placés sous quarantaine le 25 juillet dernier
© UNICEF Sierra Leone/2015/Indrias G KassayeAvec le soutien de l’UNICEF, les membres de l’équipe de mobilisation sociale et de soutien psycho-social participent à l’approvisionnement en eau potable des habitants de Massesebe placés sous quarantaine le 25 juillet dernier.

L’UNICEF fournit un appui en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène, de mobilisation sociale, de soutien psycho-social et de protection de l’ enfance dans le cadre de l’intervention d’urgence mise en place dans le district de Tonkolili, y compris à l’issue de la période de quarantaine.

Dans le cadre du programme de relèvement après Ebola à Massesebe, l’UNICEF réhabilite dans le village deux puits peu profonds, qu’il va équiper de pompes manuelles. L’UNICEF a reconnecté deux points de distribution d’eau publics à la canalisation principale qui traverse le village et approvisionne en eau la ville et le district voisins. Il soutient également la rénovation d’équipements d’alimentation en eau et d’assainissement dans les établissements de santé et les écoles primaires du district.

L’appel lancé par l’UNICEF à hauteur de 178 millions de dollars pour faire face à la crise d’Ebola demeure sous-financé, avec à ce jour 123,3 millions de dollars versés et un déficit de financement de 54,7 millions.

Indrias G. Kassaye est spécialiste de la communication et collabore avec l’UNICEF-Sierra Leone.

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