République centrafricaine : Face au regain de violence, nous devons redoubler d’efforts pour les enfants

Le samedi 26 septembre 2015 sera à marquer d’une pierre noire dans la trop longue histoire de la crise centrafricaine.

Ce matin-là, le corps d’un jeune taxi-moto musulman a été retrouvé en ville. Il avait été sauvagement assassiné. Et ce meurtre a déclenché une nouvelle explosion de violence, un nouvel épisode dans le cycle infernal de vengeances et de représailles. Plus de soixante personnes ont été tuées, parmi lesquelles au moins douze enfants, et plus de 37 000 civils ont fui en direction des camps de déplacés qui s’étaient pourtant progressivement vidés au cours des derniers mois.

Caroline*, une maman chef de famille de 35 ans, s’est retrouvée une nouvelle fois à la rue, avec ses enfants – les siens et des orphelins du quartier qu’elle a pris en charge depuis la crise. « J’ai dit aux enfants, courez, courez, partez, dit-elle. Et heureusement qu’ils m’ont obéi, parce que quelques minutes plus tard, des hommes sont venus. Ils ont jeté des grenades dans la maison, et elle s’est effondrée. Nous n’avons plus rien”.

Ils n’ont plus rien, des maigres possessions qu’ils avaient réussi à acquérir. Caroline et les enfants vivaient depuis moins d’un an dans cette maison, ils essayaient de se reconstruire une vie et un foyer après avoir déjà été attaqués et pillés plusieurs fois au plus fort de la crise. Pour le moment ils dorment chez des proches, dans une toute petite maison surpeuplée, dans un autre quartier de la ville. « Les plus grands enfants sont choqués et en colère, s’inquiète Caroline. Ils parlent de rejoindre un groupe armé. Je ne cesse de leur dire que cela ne servirait à rien. J’espère qu’ils vont m’écouter ».

’opération « Courons vers l’école » a eu lieu le 19 septembre, une semaine avant que les violences ne reprennent
© UNICEFCAR/2015/Le Du L’opération « Courons vers l’école » a eu lieu le 19 septembre, une semaine avant que les violences ne reprennent.

En République centrafricaine, on dit toujours que la violence est imprévisible. Et cela est malheureusement vrai.

Une semaine auparavant, des centaines d’enfants s’étaient rassemblés pour participer à une course dans les avenues du centre-ville. Appuyée par l’UNICEF, l’opération « Courons vers l’école » avait été une belle réussite, une fête avec de la musique, des danses, des rires, des enfants, des parents et des enseignants… Tout le monde se réjouissait de marquer le début de ce qui devait être la première rentrée scolaire normale depuis très longtemps.

Aujourd’hui ils sont des milliers à avoir fui leurs maisons avec pour seul bagage les vêtements qu’ils portaient ce jour-là. Beaucoup d’écoles sont toujours fermées, et trop d’enfants ont retrouvé les camps de déplacés, la promiscuité, le manque d’hygiène et les risques de violences.

Après plusieurs mois d’une paix toute relative, les enfants de Bangui avaient progressivement cessé de jouer à la guerre. Ils s’étaient remis à construire des petites voitures à l’aide de boîtes de conserves et de bâtons.

Vont-ils recommencer à fabriquer des jouets en forme de fusils et de couteaux ? Vont-ils recommencer à jouer à s’égorger?

Deux ans de violence, c’est très long, dans la vie d’un petit enfant.

La violence, les retours en arrière, les espoirs brisés. Autant d’éléments qui font que la République centrafricaine est un pays si difficile. Autant d’éléments, aussi, qui nous dictent de ne pas baisser les bras. Parce que Caroline a le droit d’élever ses enfants dans la paix. Elle a le droit de les envoyer à l’école. Elle a le droit d’avoir confiance, de savoir qu’ils ne vont pas disparaître un matin pour aller rejoindre un groupe armé.

Caroline et ses enfants : c’est pour eux que nous sommes dans ce pays.

 

Donaig Le Du est responsable de la communication de l’UNICEF en RCA.

*Le prénom a été changé par souci de protection de l’identité.

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