Rencontre virtuelle entre Barack Obama et un jeune entrepreneur iraquien

Dans le camp d’Harsham, à la périphérie d’Erbil, il existe une fenêtre ouverte sur le monde et elle est peinte d’une couleur dorée étincelante.

Le camp pour déplacés abrite un portail virtuel, un endroit où les technologies audio-visuelles immersives permettent aux personnes du monde entier de se rencontrer virtuellement et d’échanger des idées. Quand on pénètre dans un portail, on a l’impression de se trouver dans la même pièce que l’autre personne. « Portals » (« Portails») est un projet mondial mené par Shared Studios.

Obama meets 4 young people on virtual screens
Shared StudiosDans la Silicon Valley, en Californie, le président américain Barack Obama s’entretient avec de jeunes entrepreneurs se trouvant à Erbil, Séoul, Londres et Mexico.

Les portails sont habituellement construits dans des conteneurs destinés au transport mais, au camp d’Harsham, UNICEF Iraq et son partenaire Terre des Hommes ont improvisé et créé le portail dans une station de pompage désaffectée avec du matériel offert par Shared Studios.

Le portail a subi des améliorations spectaculaires alors que l’UNICEF se préparait à mettre en contact Ali Ismail, un jeune entrepreneur de Bagdad, avec un portail virtuel spécial se trouvant au Sommet mondial de l’entreprenariat 2016, dans la Silicon Valley, en Californie.

La personne se trouvant à l’autre bout de la vidéoconférence devrait être le Président des États-Unis, Barack Obama, celui-ci s’entretenant avec des personnes se trouvant dans quatre autres portails répartis sur la planète. Ou au moins nous l’espérions.

Le Président maintiendrait-il le rendez-vous ? Ou bien serait-il retenu par d’importantes affaires d’État ? Les améliorations nécessaires à notre portail seraient-elles apportées à temps ? Notre connexion Internet dans le camp serait-elle suffisante pour une vidéoconférence à cinq ?

L’équipe de l’UNICEF et Terre des Hommes ont effectué des rénovations dans le portail, notamment en repeignant l’intérieur et l’extérieur, en y installant l’air conditionné, en mettant en place une connexion Internet provisoire et en améliorant le matériel. Il avait aussi fallu convaincre Ali, le jeune homme devant se trouver dans notre portail pour participer à la conversation, de prendre l’avion pour le nord de l’Iraq et de se préparer à s’entretenir avec le Président des États-Unis.

L’UNICEF a embauché des habitants du camp, déplacés de Mosul depuis plus de deux ans, pour aider aux rénovations. Nous avons tapissé les murs et installé un écran de la hauteur du plafond pour qu’Ali et le Président Obama puissent s’entretenir comme s’ils se trouvaient dans la même pièce. Ali a finalement pris l’avion pour Erbil la veille du rendez-vous virtuel.

« Nous étions sur la corde raide », dit Jeffrey Bates, responsable de la communication d’UNICEF Iraq. « Cela était l’unique occasion de présenter dans un forum international des informations intéressantes et positives provenant d’Iraq. »

La perspective de parler au Président m’avait rendu très nerveux », dit Ali en riant. J’ai cru que j’allais avoir une crise cardiaque.

Ali, 24 ans, est le fondateur de FikraSpace, un programme basé à Bagdad qui épaule les entrepreneurs iraquiens. En arabe, Fikra signifie « idées ».  Créé il y a quatre ans, FikraSpace est fort de 5300 membres et a permis le lancement de sept start-ups en Iraq.

Quarante-huit heures avant la connexion au Portail, l’équipe était en train de peindre, de clouer, d’installer du matériel et d’explorer les possibles sujets de discussion avec le Président. L’équipe a passé toute la nuit dans le portail à effectuer des contrôles techniques, à réparer le matériel et à se préparer pour ce qu’il faudrait dire au Président.

Quatre entrepreneurs avaient été choisis par Google et la Maison Blanche pour que ceux-ci puissent présenter leurs projets d’entreprenariat par l’intermédiaire de portails virtuels sur les campus Google de la planète ; les trois autres seraient connectés à partir de Séoul, Londres et Mexico.

Le jour de la rencontre virtuelle, les nerfs étaient à fleur de peau mais les ambitions élevées. Le matériel avait été vérifié par trois fois, les connexions Internet de nouveau testées et des plans B, C et D préparés dans le cas d’un événement imprévu.

Alors que l’équipe attendait, Ali se préparait à ce qu’il allait dire et les contrôles techniques se poursuivaient.

Puis la voix du Président Barak Obama a résonné à travers les haut-parleurs du portail et il était là, grandeur nature et regardant Ali droit dans les yeux !

« Le Gouvernement américain,  au titre de sa politique étrangère, attache beaucoup d’importance à la façon dont nous aidons les jeunes entrepreneurs de la planète, » a dit Barack Obama. Il s’est entretenu avec un des autres entrepreneurs puis a dit : « Ali, parlez-moi de vous… »

Ali, avec le sourire aux lèvres, a raconté l’histoire de sa start-up au Président et dit que, malgré les difficultés rencontrées par le pays, les entrepreneurs iraquiens souhaitaient vivement être connectés au monde extérieur.

« Je vois Bagdad comme une ville ouverte et dynamique avec beaucoup de jeunes qui veulent créer leur propre entreprise et qui méritent l’attention des investisseurs étrangers », a-t-il dit.

Avant sa rencontre virtuelle avec le Président Obama, Ali avait organisé un séminaire réunissant des jeunes vivant dans le camp d’Harsham pour les encourager à trouver un soutien leur permettant de développer leurs ambitions d’entrepreneurs. « Je pense qu’il est important de créer des réseaux afin que les personnes partageant les même points de vue puissent échanger des idées », a-t-il dit.

Quand le Président a demandé ce qui pourrait le plus aider les entrepreneurs se trouvant dans sa situation, Ali a dit qu’il serait profitable d’avoir des personnes servant de modèle de référence, notamment originaires de pays confrontés aux mêmes risques en matière de sécurité.

 C’est parfois un environnement difficile pour la création mais de jeunes talents sont là et veulent faire partie de la reconstruction d’un Iraq qui soit pour tout le monde , a dit le Président  Obama

« Vous êtes tous les quatre extraordinairement impressionnants et je suis heureux d’avoir eu la chance de m’être entretenu avec vous presque en personne. Je souhaite que continuiez à croire en vous-mêmes, en vos entreprises et dans vos efforts », a dit le Président Obama pour clôturer la rencontre.

Aussitôt celle-ci achevée, toute l’équipe a applaudi et Ali est presque tombé à la renverse. Malgré les obstacles et les efforts gigantesques demandés pour un laps de temps si court, nous avons réussi à le faire : Grâce à un portail virtuel, UNICEF Iraq, Shared Studies et Ali sont entrés en contact avec la Maison Blanche !

Jeffrey Bates est le responsable de la communication d’UNICEF Iraq

Chris Niles est spécialiste de la communication en situation d’urgence auprès d’UNICEF Iraq

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