Réflexions sur les réalités mondiales et les mesures pour mettre fin aux violences envers les femmes et les filles

Je travaille pour l’UNICEF depuis plus de 30 ans — en Iran, en Afghanistan, au Tadjikistan, dans les Caraïbes orientales, en Indonésie — et maintenant en Inde.

Bien qu’il existe de nombreuses différences entre ces pays et régions, ils ont hélas un point commun :

Dans chacun des pays où j’ai travaillé, je me souviens très nettement des visages et des prénoms de certaines victimes de violences sexistes, et aussi de femmes et d’hommes qui ont lutté avec courage et persévérance pour mettre fin à ces violations inacceptables des droits fondamentaux. Ils sont inscrits dans ma mémoire à jamais.

Par exemple, lorsque je travaillais avec l’UNICEF en Afghanistan, je faisais partie de la première mission d’établissement des faits de l’Organisation des Nations Unies dans la vallée de la Shomali, pendant le règne taliban, et j’ai entendu des témoignages de familles endeuillées, sous le choc, dont les filles avaient été violées et enlevées.

Au cours des années où je travaillais sur les questions relatives aux droits des enfants et des femmes, j’ai eu le privilège de rencontrer et de travailler avec des défenseurs des droits des enfants et des femmes remarquables, courageux et extraordinaires que je n’oublierai jamais non plus et que j’essaie d’honorer au quotidien.

Et aujourd’hui, alors que je travaille en tant que Chef du bureau de l’UNICEF en Uttar Pradesh (UP) en Inde depuis plus de 18 mois, tous ces souvenirs et expériences passés continuent de trouver un écho dans le travail de l’UNICEF dans cet état de 210 millions de personnes.

A Lucknow, la capitale, où je vis et travaille, ou lorsque je voyage dans cet État, j’entends presque chaque jour parler des violences inacceptables subies par les filles et les femmes. Les médias et nos partenaires et réseaux font état au quotidien de cas de violations des droits de l’homme et des droits de l’enfant, ainsi que de discriminations, d’exclusion et de représentations stéréotypées liées aux castes, aux religions, aux groupes de pauvreté et à la situation géographique. D’après le National Crime Records Bureau d’Inde, une femme est victime d’un crime toutes les trois minutes !

Malgré les progrès réalisés en Inde au cours des dernières décennies, au quotidien la réalité de différents aspects du développement social et économique sur le terrain reste alarmante et bouleversante.

Par exemple, en Inde, 47 % des filles âgées de 20 à 24 ans ont été mariées avant l’âge de 18 ans, d’après le rapport de l’UNICEF « La Situation des enfants dans le monde ». D’après le Centre international de recherches sur les femmes (2007), les filles mariées avant l’âge de 18 ans étaient deux fois plus susceptibles de déclarer avoir été battues, frappées ou menacées par leur mari que les femmes mariées plus tard.

En tant que chef d’équipe de l’UNICEF dans l’un des principaux bureaux de terrain du monde, je me suis engagée à aller plus loin, avec mes collègues et nos partenaires, dans la compréhension et l’intégration de l’égalité des sexes dans le travail à venir. Je me suis par exemple efforcée de renforcer notre collaboration avec les militants sociaux et culturels, qui promeuvent l’égalité entre les sexes via diverses plateformes, notamment des festivals littéraires.

Avec la société civile et les partenaires médiatiques, l’équipe d’UP a contribué à renforcer la sensibilisation et l’engagement relatifs à la violence envers les filles et les femmes via des tables rondes, des ateliers, la recherche et des campagnes comme #ENDviolence ou, plus récemment, la campagne #HeForShe, pour laquelle nous nous sommes associés avec l’ONU-Femmes.

La violence peut prendre différentes formes : physique, émotionnelle, psychologique et verbale, entre autres. Toutes ces formes de violence sont douloureuses et inacceptables. Elles ont lieu partout : à la maison, au sein des institutions, des écoles, des centres de santé, des lieux publics, et du travail.

La violence peut également prendre des formes moins évidentes. Par exemple, lorsque nous améliorons les normes des salles d’accouchement ou que nous formons le personnel qui travaille dans ces salles, l’envisageons-nous aussi sous l’angle de la dignité et des droits de la mère ? Tenons-nous compte du ressenti de la mère qui accouche ?

À l’heure actuelle, la plupart des salles d’accouchement en Uttar Pradesh manquent d’installations de base et opérationnelles, notamment de savon, d’eau courante propre, et de toilettes hygiéniques, entre autres. En plus de devoir remédier à ces manques, je pense fortement que nous devons également nous concentrer sur les droits et la dignité des mères dans nos salles d’accouchement, et nous commençons à orienter notre façon de penser dans cette direction.

Personnellement, je suis inspirée au quotidien par les combats de tant de défenseurs connus et inconnus de l’égalité des sexes en Uttar Pradesh, en Inde et dans le monde. Parmi eux figurent certaines jeunes filles des groupes d’adolescentes appuyés par l’UNICEF qui ont mis fin aux cas de mariage des enfants de manière proactive dans leurs propres communautés. Nous avons beaucoup à apprendre d’elles !

Alors prenons un moment pour visualiser cet enfant vulnérable que chacun d’entre nous a vu plus d’une fois. Dans mon cas, et étant donné l’endroit où je vis et travaille, il s’agira probablement d’une fille, issue du quintile le plus pauvre, probablement d’une zone rurale, d’une caste répertoriée, et handicapée. Sa dure réalité et son droit à une vie meilleure doivent nous motiver et nous inciter à faire plus. Œuvrons pour un monde plus équitable où aucun enfant n’est laissé pour compte.

Niloufar Pourzand est Chef de l’antenne Uttar Pradesh du Bureau de pays de l’UNICEF en Inde.

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