Redonner espoir aux enfants syriens

Le camp de réfugiés de Za’atari est devenu célèbre en Jordanie et à l’étranger. Je me rappelle le jour où il a été ouvert, à l’été 2012, quand ce n’était rien d’autre qu’une étendue de sable déserte proche de la frontière avec la Syrie. Une féroce tempête de poussière rendait les longs alignements de tentes qui s’étendaient jusqu’à l’horizon presque impossibles à distinguer. Ce jour-là Za’atari présentait un spectacle désolant.

Je me rappelle m’être entretenu avec des familles qui venaient juste de traverser la frontière. Elles étaient seulement quelques dizaines à cette époque, l’impression était de gens d’une très grande fierté, remplis de colère par leur nouvelle situation – et convaincus que dans quelques semaines ou quelques mois au plus, ils seraient sur la route du retour vers la Syrie.

Ce n’est évidemment pas ce qui s’est passé, ni pour les habitants du camp de Za’atari, ni pour le reste des plus de 3 millions de réfugiés syriens qui sont maintenant dispersés à travers la région. Aujourd’hui, Za’atari fait figure de quatrième plus grande ville de Jordanie, avec environ 80 000 résidents.

© UNICEF/Simon IngramLe camp de réfugiés de Za’atari aujourd’hui – rues goudronnées et un sentiment de normalité.

La plupart des tentes ont été remplacées par un habitat fait de conteneurs qui offrent une protection beaucoup plus efficace contre les chaleurs extrêmes de l’été aussi bien que contre les pluies et le froid glacial de l’hiver. Le camp a un marché très animé et certaines de ses rues principales ont été goudronnées. Les restaurants servent des kebabs très acceptables et vous pouvez vous faire couper les cheveux. Quelqu’un m’a dit qu’il y avait même un magasin animalier.

Mais ce qui est encore plus important, c’est que  les gens qui vivent à Za’atari ne considèrent plus leur situation de la même manière. Aujourd’hui, rares sont ceux qui parlent d’un retour prochain dans leur pays. Ils manifestent plutôt une espèce de résignation et acceptent qu’ils doivent s’accommoder de cet exil forcé et continuer à le vivre dans les meilleures conditions possibles.

Mohamed et son épouse Ferdanel ainsi que leurs quatre enfants vivent à Za’atari depuis plus de deux ans. Mohamed a un emploi à temps partiel dans une boutique qui vend la version arabe du baklava et d’autres pâtisseries pour lesquelles la Syrie a acquis une réputation méritée.

Mais sa plus grande fierté, c’est sa fille de 12 ans, Yenal. C’est une jeune  adolescente très éveillée avec des dispositions artistiques : elle a couvert les cloisons du conteneur qui sert de maison à la famille de riantes peintures d’arbres et de papillons.

J’ai accompagné Mohamed et Yenal pour le court trajet qui mène à l’école du camp qu’elle fréquente. Ces écoles étaient auparavant des endroits remplis d’enfants pleins de colère et fréquemment traumatisés qui s’y défoulaient sans contrôle. Mais aujourd’hui il y règne une atmosphère plus normalement disciplinée où les enfants ont les préoccupations habituelles que suscitent les devoirs à la maison et les examens.

© UNICEF/Simon IngramYenal nous montre une de ses œuvres.

Le directeur de l’école m’a expliqué que les bouleversements vécus avaient eu des effets plus particulièrement chez les élèves plus âgés. Au début, ces adolescents ne voyaient pas grand intérêt à suivre des cours et à passer des examens basés sur les programmes scolaires jordaniens et dont la valeur ne serait jamais reconnue à leur retour en Syrie. Maintenant, un grand nombre suivent néanmoins ces cours.

Quatre ans après le début de la crise dans laquelle la Syrie est plongée, et sans aucune perspective de solution en vue, il peut être abusif de surestimer ces modestes changements. Mais alors que la guerre se poursuit impitoyablement, il importe de continuer à convaincre les enfants de Syrie que tout n’est pas désespéré, qu’un jour les combats cesseront et qu’ils auront la chance de jouer un rôle réel dans la reconstruction d’une société nouvelle et meilleure, pour leurs communautés et pour eux-mêmes.

Yenal m’a confié qu’à son arrivée en Jordanie elle était convaincue qu’elle n’avait plus d’avenir. Mais aujourd’hui qu’elle est inscrite à l’école et profite de sessions régulières offertes par un centre d’activités soutenu par l’UNICEF, les choses sont différentes, affirme-t-elle.

« Aujourd’hui, je peux recommencer à rêver de devenir architecte un jour, » m’a-t-elle dit.

Simon Ingram est Directeur de la Communication pour l’UNICEF Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Pour les dernières nouvelles sur les enfants syriens, rendez-vous sur le site #ChildrenofSyria (en anglais).

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