RDC : Continuer à assurer la santé des mères et des enfants du Kasaï même en temps de conflit

En République démocratique du Congo, le conflit opposant miliciens et forces de l’ordre a déstabilisé la zone de santé de Mikalayi, située à 35 kilomètres du chef de lieu de la province du Kasaï-Central. Près de 20% des aires de santé de la zone ont été touchées, 5 centres de santé ont été pillés et environ 16 000 personnes ont été déplacées. Profitant d’une accalmie relative, les familles déplacées commencent retourner au sein de leurs communautés.

Dans la zone de santé de Mikalayi, nous conseillons et aidons les mamans à assurer la bonne santé de leurs enfants et organisons depuis deux ans des activités de promotion de pratiques familiales essentielles afin de responsabiliser les communautés.

Mais qu’en est-il en temps de conflit ? Je me suis rendue dans la région – qui bénéficie actuellement d’un certain calme –  pour rencontrer des mères d’enfants âgés jusqu’à deux ans et discuter avec elles de leurs pratiques nutritionnelles en cette période d’instabilité.

Lors d’une séance de discussion au centre de santé Malnadji, nous avons commencé par identifier leurs connaissances sur les pratiques d’alimentation du nourrisson et du jeune enfant. Chaque mère parlait de ce qu’elle faisait au sein de son ménage pour garantir une bonne santé à ses enfants.

UNICEF DRC 2017 Mbanza Tshiende Angèle et son bébé Isabelle

L’histoire d’Angèle, âgée de 27 ans, m’a particulièrement marquée. Elle suivait régulièrement les séances de consultation prénatale (CPN) au début d’année 2017.

« En mars 2017, j’étais enceinte de 7 mois quand le conflit s’est déclenché. J’ai fui et je me suis réfugiée dans la forêt où je suis restée 5 mois. J’ai accouché d’Isabelle avec l’aide d’une matrone* dans la brousse. Elle m’a dit mon utérus était sorti de mon ventre et que j’allais ressentir énormément de douleur » raconte-t-elle.

« Je me suis souvenue des enseignements transmis lors des CPN et, après avoir coupé le cordon ombilical de ma fille avec un roseau, on a placé Isabelle sur mon ventre pour qu’elle bénéficie du lait jaune**.  »

« Pendant ces mois cachée dans la brousse, je ne vivais que pour ma fille et je me suis forcée à manger pour être en bonne santé, malgré la douleur permanente. Je ne la nourrissais qu’au sein. En juillet, je suis retournée dans mon village, où le calme était revenu. Isabelle a maintenant quatre mois et demi mais je continue à lui donner le sein. Je veux qu’elle reste en bonne santé. »

Au sein de ce groupe, Annie avait pour sa part une connaissance approfondie des problèmes nutritionnels des femmes de sa communauté.

« Je suis devenue relais communautaire parce que je me faisais du souci sur l’état de santé des femmes et des enfants de ma communauté. Les femmes ne suivaient pas les conseils des agents de santé et n’allaient pas à la consultation prénatale (CPN). Leurs enfants étaient souvent malades et ne recevaient pas les soins nécessaires. »

UNICEF DRC 2017 Mbanza Tshiende Annie, relais communautaire, conseille les femmes de sa communauté

« Je suis relais communautaire depuis 2 ans et j’encadre actuellement 25 femmes. Les formations sur les pratiques familiales essentielles que j’ai suivies m’ont donné les outils nécessaires pour sensibiliser les mères de ma communauté. Je leur prodigue des conseils et leur explique par exemple pourquoi il faut éviter d’accoucher à la maison, que le lait maternel est le premier vaccin d’un enfant, qu’il est essentiel de pratiquer un allaitement exclusif jusqu’à 6 mois, et qu’après cela il faut introduire une bouillie variée faite d’arachides, de riz, de bananes plantains, de lait et des légumes . »

« Jusqu’à présent, je n’ai pas rencontré de résistance car je leur donne mon exemple. J’ai 9 enfants et, avant d’être relais, mes enfants tombaient souvent malades. Deux de mes enfants ont été allaités exclusivement au sein, y compris Bilolo que je porte dans mes bras. Je trouve du plaisir à voir des enfants en bonne santé dans mon village ! »

Le Gouvernement, l’UNICEF et leurs partenaires ont lancé de vastes campagnes de vaccination, de distribution de moustiquaires et organisent le retour à l’école des enfants. L’UNICEF redynamise les cellules d’animation communautaire dans la promotion des pratiques nutritionnelles adéquates.

Rosette Mbanza Tshiende est Spécialiste de la nutrition pour les provinces du Kasaï et du Kasaï-Central

*une femme de la communauté qui accompagne les accouchements mais ne fait pas partie du personnel médical

**premier lait 

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