RD Congo : une petite étincelle a mis le feu aux poudres

Il y a un avant et un après août 2016. Une petite étincelle a mis le feu aux poudres. Le Kasaï est devenu synonyme d’atrocités sans commune mesure et de violences inouïes.

Personne n’avait entendu parler du Kasaï, une des provinces les plus pauvres de la République démocratique du Congo (RDC). Mais milices, attaques mystiques, rites mystérieux et fosses communes ont fait entrer cette région sur le devant de la scène internationale.

A cause des violences, 1 400 000 personnes ont dû fuir, abandonnant leur maison. Des dizaines de milliers de personnes se sont trouvées au milieu d’un conflit qui ne les concernait pas, parmi lesquelles de trop nombreux enfants. Des écoles, des centres de santé, des bâtiments publics ont été détruits.

Des milliers d’enfants sont aujourd’hui orphelins, non-accompagnés ou séparés de leur famille. Les enfants du Kasaï sont les premières victimes de la crise. Ils se retrouvent en première ligne des combats, ils sont attaqués, blessés ou tués, ils n’ont plus accès à l’éducation ou aux soins de santé. Un enfant devrait rester un enfant, peu importe où il se trouve. Mais ce n’est plus le cas pour les enfants du Kasaï.

A teacher in white points towards a young boy seated behind a desk.
UNICEF Gwenn DubourthoumieuDes enfants soldats démobilisés des milices du chef traditionnel Kamuina Nsapu étudient au centre de transit et d’orientation. Le centre est géré par une ONG locale appuyée par l’UNICEF, à Kanaga, la capitale de la province ouest du Kasaï.

Pour moi aussi, il y a un avant et un après août 2016. Les violences dans la région ont eu un impact considérable sur mon travail et sur ma vie personnelle. Je ne pensais pas que l’on pouvait passer du jour au lendemain de la stabilité à la violence.

Nous sommes passés de la mise en place de programmes à la gestion d’une situation d’urgence. En tant que responsable de la protection de l’enfance, j’étais conscient de l’importance de mon rôle. Nous devions trouver une nouvelle manière de travailler, dans l’urgence. A chaque moment, chaque jour, les enfants sont notre priorité.

En situation de crise, l’information est essentielle. Échanges, réunions et conférences téléphoniques sont devenus mon quotidien. J’ai rapidement mis en place un réseau de collecte d’informations dans les zones touchées par le conflit. Une fois les informations validées, elles sont partagées avec l’ensemble des collègues du bureau de Kananga mais aussi à Kinshasa. Cette documentation quotidienne sur la crise et la mobilisation des acteurs humanitaires aux niveaux national et international ont permis d’attirer l’attention du monde sur la situation au Kasaï international et de mobiliser des ressources.

Children stand on a destroyed bridge watching a white four wheel drive ford a shallow river
UNICEF Gabriel VockelDes ponts détruits, des routes boueuses, une population qui se déplace et dans le besoin. Ce ne sont que quelque uns des défis auxquels font face l’UNICEF et ses partenaires dans leur intervention en réponse à la crise au Kasaï.

Avec la crise, j’ai aussi le sentiment de ne plus avoir une minute pour moi. Mes vies personnelle et professionnelle ne font qu’une. Chaque soir, les membres de ma famille, mes voisins, mes amis me taraudent de questions sur la situation sécuritaire, sur les affrontements et sur les dernières informations dont je dispose. Mon téléphone ne cesse de sonner, jour et nuit. Je suis toujours occupé et préoccupé. Avec ma famille, nous essayons de trouver du réconfort dans la prière et de garder espoir ; nous nous soutenons mutuellement.

Mais comment ne pas penser aux témoignages venus du terrain, aux entretiens avec les victimes du conflit ? Tueries, enlèvements, viols, toute cette violence est présente dans mon esprit. Je me rends compte que je vis en permanence avec la crise.

Six girls carrying buckets on their heads walk across a green field with rolling hills in the background.
UNICEF Gwenn DubourthoumieuLes besoins quotidiens en eau et en bois sont croissants. Les enfants aident leurs parents à collecter eau et bois, malgré le traumatisme lié au déplacement.

 

Trop d’enfants sont utilisés par les milices qui leur font miroiter un avenir meilleur après « la libération du pays ». Des centaines d’enfants sont non accompagnés et sans défense. Souvent, ils ont vécu des expériences traumatisantes : certains ont été torturés, d’autres violés, d’autres encore ont été témoins du viol de leur mère ou de leur sœur ou du meurtre de leurs parents.

Nous devons aider ces enfants à effacer ces souvenirs et à bénéficier d’un avenir meilleur. Nous devons agir vite car une génération entière est menacée. Protégeons nos enfants au Kasaï et rendons-leur le droit à être simplement des enfants.

Alphonse Kalonji Tshikala est Responsable de la protection de l’enfance dans la région du Kasaï, en République démocratique du Congo. Il participe à la coordination de la réponse pour aider les enfants qui ont été exposés à la violence extrême durant le conflit.

En savoir plus sur la réponse de l’UNICEF 

 

 

 

 

Réagir à cet article

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont annotés « obligatoire. »

Commentaires :

  1. c’est deplorable la situation qu’a vecu la population kasaienne , il nous faut une assistance humanitaire pour panser les plaies des fils kasaiens.