Quand l’eau fait rejaillir l’espoir

« J’ai appelé ma fille Radiyé, ce qui veut dire “J’accepte” en arabe, parce que j’ai accouché d’elle en douceur, quelques heures seulement après avoir bu de l’eau de la nouvelle pompe. Je l’ai nommée ainsi en témoignage de mon enthousiasme et de ma gratitude, parce que nous allons pouvoir commencer une nouvelle vie grâce à cette pompe à eau », explique Khadidja, tandis qu’elle tend les bras vers sa fille pour la sortir de son berceau.

À 31 ans, même si les vicissitudes de la vie la font peut-être paraître plus âgée, la jeune femme rayonne de joie, d’autant que la nouvelle pompe à eau a été installée à seulement 300 mètres de chez elle. Elle me tend sa fille, un magnifique bébé de 13 jours, et revient sur l’époque où elle devait parcourir de longues distances à pied pour s’approvisionner en eau.

Une femme tient son bébé dans les bras
UNICEF ChadDevant l’eau du nouveau puits, Khadidja tient fièrement sa petite fille, Radiyé, dans ses bras.

« Avant, j’étais obligée de marcher au moins cinq kilomètres pour aller chercher de l’eau à l’oued le plus proche, même quand j’étais enceinte et sur le point d’accoucher. L’aller-retour me prenait parfois plus de deux heures. » Un périple difficile pour la jeune femme, alors mère de sept enfants âgés de 2 à 16 ans. Elle enfermait les plus jeunes à la maison avant de partir s’acquitter de sa corvée quotidienne. « À chaque fois, cela me crevait le cœur de les enfermer seuls à la maison, mais je n’avais pas le choix », explique-t-elle, le visage assombri.

Cela fait six ans que Khadidja vit à Haya Zouhour, un village situé à la périphérie de Guéréda, qui dispose désormais d’un réservoir d’eau potable grâce à un financement de l’UNICEF. Lorsqu’elle est arrivée dans le village, les conditions de vie étaient difficiles. « Au début, je partageais la corvée de l’approvisionnement en eau avec mes deux enfants âgés de 10 et 12 ans », raconte-t-elle. Mais Khadidja a ensuite pris la décision de permettre à ses enfants, en âge d’être scolarisés, de continuer d’aller à l’école et a assumé cette tâche pénible seule, tous les jours pendant quatre ans, en plus de ses autres corvées ménagères.

La petite Radiyé endormie dans son berceau.
UNICEF Chad La petite Radiyé paisiblement endormie dans son berceau.

Le fils aîné de Khadidja, âgé de 16 ans aujourd’hui, se souvient encore des trajets pour atteindre une pompe à eau située à six kilomètres de son village. « À l’époque, j’allais chercher de l’eau avec ma sœur, Hawa. Nous mettions une heure pour atteindre l’oued, et une heure pour revenir, et nous devions faire la queue pendant au moins deux heures pour repartir parfois avec seulement 60 litres d’eau », se rappelle-t-il.

Depuis près de deux semaines maintenant, toutes ces difficultés ne sont que mauvais souvenirs pour la famille de Khadidja et pour la plupart des familles d’Haya Zouhour.

Toutefois, ces souvenirs restent particulièrement douloureux pour Koubra, la voisine de Khadidja : sa fille est morte d’une maladie transmise par l’eau. Après un long soupir, elle nous explique en baissant la tête : « Nous ne savions pas que l’eau des oueds était polluée et contenait des bactéries, même si elle avait mauvais goût et qu’elle était foncée. Je ne l’ai compris que lorsque ma fille de onze mois est morte dans mes bras après une crise de diarrhée aiguë. »

Dans une tentative pour réconforter sa voisine, Khadidja console Koubra en lui caressant la paume de la main droite : « On dit qu’une goutte d’eau est suffisante pour créer un monde, le nôtre vient de reprendre vie grâce à cette nouvelle pompe à eau. »

Une femme porte des jerricanes sur un âne
UNICEF ChadDes résidents d’Haya Zouhour se rendent à l’une des trois nouvelles stations de pompage d’eau, où les nouveaux réservoirs fonctionnent à l’énergie solaire.

Dans les régions rurales du Tchad, près de 60 % de la population n’ont pas accès à de l’eau potable sûre et plus de 38 % courent le risque d’attraper des maladies transmises par une eau insalubre. Le réservoir d’Haya Zouhour, avec sa pompe hybride photovoltaïque et thermique installée par l’UNICEF, répondra aux besoins de près de 530 foyers de huit personnes, dans un rayon de cinq kilomètres, évitant ainsi que quelque 4 000 personnes n’attrapent une maladie transmise par l’eau. Cette installation permettra également à plus de 300 enfants en âge d’être scolarisés de ne plus avoir à parcourir de longues distances pour s’approvisionner en eau, ni aujourd’hui, ni demain, et de pouvoir ainsi se concentrer sur leur éducation.

Diguera Azoura est chargée des médias sociaux au bureau de pays de l’UNICEF au Tchad

 

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