Kayes, juin 2017. Cira, 16 ans, son bébé sur le dos, commence sa journée de travail accroupie au-dessus d’une calebasse dans les flaques boueuses d’un site d’orpaillage. Cela fait trois ans qu’elle ne s’assoit plus sur les bancs de l’école, deux ans qu’elle est mariée à un homme qui a 20 ans de plus qu’elle. Auparavant, elle rêvait d’être agent de santé communautaire. Sa réalité d’aujourd’hui, c’est d’être enfant-mère, enfant-travailleur.
C’est aujourd’hui la Journée de l’enfant africain, une journée qui célèbre les droits de tous les enfants sur le continent africain, sans distinction, une journée qui nous rappelle que chaque enfant a droit à une vraie chance.
Prenons donc le temps de faire un point sur les chances des enfants du Mali. Il y a deux ans, en 2015, l’UNICEF et le Gouvernement du Mali ont signé un nouveau programme de pays. Depuis, la vie de milliers d’enfants a changé.
Plus de 350 000 personnes ont maintenant accès à l’eau, 650 nouveaux comités de gestion scolaire sont fonctionnels et 620 réfrigérateurs solaires ont été installés dans les centres de santé. Dans le cercle de Yorosso, dans la région de Sikasso, le taux de malnutrition chronique chez les enfants a chuté de moitié en seulement deux ans.
Les chiffres peuvent paraître impressionnants mais ce qui importe avant tout, c’est de donner une vraie chance aux enfants.
L’accès à l’eau, cela veut dire des enfants qui n’ont plus soif, des enfants qui ne courent plus le risque de mourir d’une simple diarrhée.
Des comités de gestion scolaire, cela veut dire plus d’enfants dans nos salles de classe, les yeux rivés sur un texte de lecture.
Des vaccins de bonne qualité, cela veut dire moins d’enfants qui courent le risque de mourir avant leur cinquième anniversaire.
Des enfants bien nourris, cela veut dire des enfants qui entreront en première année en courant, avec les yeux qui brillent, prêts à apprendre et à réussir à l’école.
Mais, au Mali, des enfants dont la vie ressemble à celle de Cira se comptent non par centaines, ni par milliers, mais par millions.
Il y a encore plus d’un million d’enfants qui ne sont pas sur les bancs de l’école au Mali. Ces enfants sont non seulement privés de leur droit d’apprendre mais, comme Cira, ils sont exposés au mariage précoce, au travail forcé, à l’exploitation et à la maltraitance.
Un enfant malien sur quatre souffre de retard de croissance. La malnutrition chronique, aussi appelée « l’urgence silencieuse », crée des dommages irréversibles sur le développement cognitif de l’enfant – même si elle est invisible.
Une fille sur deux au Mali est mariée alors qu’elle est encore enfant, très souvent à un homme beaucoup plus âgé qu’elle. Presque toutes les filles ont subi des mutilations génitales féminines, la violation la plus flagrante du droit à l’intégrité physique.

Les inégalités se multiplient et s’autoalimentent.
Il est temps de casser ce cercle vicieux. Il est temps d’être ambitieux.
Imaginons un Mali où chaque femme enceinte reçoit une bonne alimentation. Imaginons un Mali où chaque enfant est allaité exclusivement au sein jusqu’à ses six mois, où tous les parents jouent avec leurs enfants dès le plus jeune âge. Imaginons un Mali où chaque enfant reçoit tous les vaccins nécessaires, où chaque enfant se sent protégé chez lui et à l’école, où chaque enfant mange des repas délicieux et nutritifs. Imaginons un Mali où chaque enfant a une école ouverte près de chez lui, où chaque enfant a des cahiers, où tous les parents aident leurs enfants à faire leurs devoirs.
Dans ce Mali-là, les enfants ont tous un énorme potentiel : le potentiel de contribuer positivement à l’avenir du pays.
En cette Journée de l’enfant africain, donnons-nous les moyens d’être ambitieux. Faisons en sorte que l’enfant de Cira grandisse dans un Mali où il a une vraie chance dans la vie.
Fran Equiza est le Représentant de l’UNICEF au Mali