Paix et espoir pour les enfants démobilisés du Kasaï

Tshikapa, capitale de la province du Kasaï en République démocratique du Congo.

Je me trouve devant les grilles fermées du centre de transit et d’orientation pour enfants démobilisés. Les gardes ne me laissent entrer que lorsque je montre mon badge de l’UNICEF et qu’ils reçoivent la confirmation de mon rendez-vous avec Arthur, le coordinateur du centre. Je pénètre dans le centre avec un certain trac en pensant à ces enfants que je vais rencontrer et qui, il y a peu, étaient des combattants armés.

En août 2016, la région du Kasaï a basculé dans une violence inouïe lorsqu’une banale discorde entre un chef traditionnel local et le gouvernement a dégénéré. La région est devenue le théâtre d’affrontements entre milices et forces de sécurité du gouvernement. Les enfants sont les premiers touchés par le conflit, en particulier ceux qui ont pris part de manière active aux violences. On estime qu’entre 40 % et 60 % des membres des milices sont des mineurs pour la plupart âgés de moins de 15 ans. Au mois de décembre 2017, plus de 2 200 enfants avaient été identifiés comme combattants au sein de ces groupes armés.

Le centre de transit et d’orientation a été mis en place par l’UNICEF pour accueillir des enfants démobilisés, leur fournir des soins médicaux et un soutien psychosocial.

Arthur connaît bien leur histoire. La plupart d’entre eux ont pris part aux combats car on leur avait promis un avenir meilleur et l’invincibilité – les nouvelles recrues reçoivent un breuvage « magique » supposé les rendre plus forts, invincibles aux balles et invisibles aux yeux de leurs ennemis.

Bon nombre d’entre eux ne sont plus en contact avec leur famille. « Certains errent dans les rues et sont amenés ici par des organisations non gouvernementales. D’autres, détenus par les forces de sécurité ou la police, nous sont remis par l’UNICEF », explique-t-il.

Le centre de Tshikapa, qui peut accueillir 120 enfants, compte 25 garçons. « Ils reçoivent des soins médicaux et nous les soutenons psychologiquement. Ils prennent des leçons de français et de mathématiques. Nous organisons aussi des jeux et des activités sportives pour qu’ils puissent se remettre de leur traumatisme. »

Je rencontre les enfants alors qu’ils sont en cours. Ils m’ont l’air assidus. Ils sont contents de me voir et nous commençons tout de suite à discuter. Ils me font part de leurs projets et de leurs souhaits pour l’avenir.

François*, 16 ans, me dit qu’il veut devenir pasteur pour « enseigner aux gens comment faire le bien ». Jean*, 10 ans à peine, veut devenir « Président de la République pour améliorer la vie de la population ». Me voici face à un futur médecin, à un musicien, à un mécanicien. Quelle leçon d’humanisme ! Malgré ce qu’ils ont traversé, ces enfants sont confiants en l’avenir et sont tournés vers les autres.

Des enfants, les mains sur les hanches,donnent le dos à la caméra
© UNICEF/DRC//2017/Yves Willemot Des enfants au centre de transit et d’orientation de Tshikapa

Avec ses partenaires, l’UNICEF est déjà venu en aide à 826 enfants démobilisés et a mis en place cinq centres de transit et d’orientation – dont deux à Kananga, la capitale du Kasaï central.

Grâce au travail du centre, de nombreux enfants sont retournés dans leur communauté d’origine. Mais, comme le souligne Arthur, il arrive que les familles les rejettent car ces derniers ont commis des violences et ont parfois tué. Il met en garde : « S’ils n’obtiennent pas de réelles opportunités dans la vie, ils risquent de nouveau de rejoindre les milices à la prochaine flambée de violence. »

À l’occasion de la Journée internationale contre l’utilisation d’enfants soldats, rappelons que la place des enfants n’est pas sur la ligne de front et qu’ils ont droit à une enfance. Ils doivent être en sécurité, chez eux, à l’école ou sur les aires de jeux. La protection des enfants est l’affaire de toutes et de tous.

Yves Willemot est Chef de la communication d’UNICEF RDC.

*les prénoms ont été modifiés.

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