Nous devons vaincre Ebola

Cela fait plus de six mois depuis que l’épidémie d’Ebola a été confirmée et il est temps de faire un bilan. Je viens de me rendre dans les trois pays les plus touchés et j’ai pu observer les effets d’Ebola. A Port Lokko, à deux heures de voiture de Freetown, en Sierra Leone, j’ai été frappé par quelque chose que je n’avais jamais vu : une peur visible dans les yeux du personnel médical, ceux sur qui nous comptons habituellement pour nous apporter calme et réconfort en période de crise. J’imagine que cela n’a rien de surprenant compte tenu du nombre de leurs collègues qui sont morts pendant l’épidémie.

Il est clair que l’épidémie d’Ebola est un événement sans précédent, à la fois par son ampleur et sa complexité. Pour les trois pays les plus durement touchés – le Libéria, la Guinée et la Sierra Leone – il a créé une crise de portée existentielle. Leur survie même dépend de la fin d’Ebola.

Par conséquent, qu’avons-nous appris ? Je pense qu’il y a, jusqu’à présent, deux leçons à tirer. Premièrement, l’épidémie d’Ebola est une double épidémie : l’une est virale et l’autre est une épidémie de peur et d’ignorance générales. La peur et l’ignorance entraînent malheureusement la stigmatisation et la discrimination dans leur sillage. Les deux épidémies doivent être vaincues.

Voici deux semaines, l’UNICEF et ses partenaires ont participé à l’organisation de la première conférence de personnes ayant survécu à Ebola, en Sierra Leone, avec une quarantaine de participants. Toutes ont fait savoir qu’elles étaient confrontées à une stigmatisation et une discrimination importante et aucune n’était actuellement employée, même ceux ou celles qui avaient travaillé comme infirmiers ou infirmières.

La seconde leçon importante est que les communautés, dans cette bataille, se trouvent en première ligne. Aussi important qu’ait été – et soit toujours – l’appui apporté aux équipes médicales, le matériel et le nombre de lits, nous ne pouvons pas venir à bout de cette épidémie avec des soins seulement. Nous devons arrêter l’afflux de nouveaux cas, non pas seulement dans les capitales et les villes mais aussi dans les zones rurales isolées. La peur et la stigmatisation doivent être surmontées alors même que les habitants des communautés modifient la façon dont elles s’occupent des malades et dont elles enterrent les personnes qui ont succombé à la maladie.

Il existe une lueur d’espoir au Libéria, le nombre d’infections semble s’y être stabilisé mais le Libéria fait partie d’une zone d’infection – un ensemble épidémiologique interdépendant – ce qui signifie que nous ne pourrons pas souffler tant que les derniers éléments du foyer de la maladie n’auront pas été éliminés. Faute de quoi, la menace d’infection subsiste.

Fatmata stands and her 11-year-old daughter, Tata, are both survivors of Ebola from Sierra Leone. © UNICEF/NYHQ2014-1059/Dunlop
© UNICEF/UNI171715/GriggersFatmata et sa fille, Tata, 11 ans, ont toutes les deux survécu à Ebola en Sierra Leone. © UNICEF/NYHQ2014-1059/Dunlop

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Les enfants représentent à ce jour environ un cinquième de la totalité des cas confirmés d’Ebola. Mais, plus que l’impact direct sur les enfants, l’impact indirect est peut-être encore plus important. Bien sûr, l’épidémie d’Ebola a été épouvantable pour chacun mais représentez-vous, l’espace d’un instant, le monde du point de vue d’un enfant – un parmi des millions – d’un des trois pays les plus touchés par l’épidémie.

La mort est partout autour d’eux. Ils aperçoivent le personnel médical qui porte des masques et des vêtements de protection en train d’emmener des cadavres et pulvériser des liquides mystérieux. Les écoles sont fermées et les services chargés d’assurer les soins de santé primaires ne sont pas fiables ou ne fonctionnent pas. On les empêche de jouer avec les autres enfants et ils restent confinés chez eux. La vie telle qu’ils l’ont connue a été bouleversée.

On estime que plus de 4 000 enfants ont été rendus orphelins par l’épidémie. Ils sont encore beaucoup plus nombreux à avoir été envoyés loin de chez eux pour leur propre protection ou parce qu’ils ont été rejetés par leurs proches. Beaucoup d’autres encore, ayant survécu à l’épidémie, dépérissent, seuls dans des unités de quarantaine, sans savoir si leurs parents sont vivants ou morts.

Par conséquent, nous devons vaincre Ebola avant que le virus n’anéantisse tout ce que nous avons fait pour les enfants dans ces pays. Les communautés nous montrent la voie. Nous devons les soutenir davantage, en redoublant d’efforts et de toute urgence.

Le Dr Salama recommande l’article « Panic, Paranoia, and Public Health — The AIDS Epidemic’s Lessons for Ebola (Panique, paranoïa et santé publique : les leçons tirées de l’épidémie de SIDA pour le cas d’Ebola) » du New England Journal of Medicine.

Le Dr Peter Salama a été nommé Coordonnateur de l’intervention d’urgence de l’UNICEF contre Ebola au niveau mondial en octobre 2014. Avant d’occuper ce poste, M. Salama était le Représentant de l’UNICEF en Éthiopie, un poste qu’il occupait depuis août 2012. Il a été précédemment le Représentant de l’UNICEF au Zimbabwe, le Directeur des programmes de santé mondiaux à l’UNICEF New York et le Conseiller principal pour le VIH/SIDA, détaché auprès du Bureau Afrique de l’USAID à Washington. Avant d’entrer à l’UNICEF en 2002, le Dr Salama a travaillé comme scientifique invité pour les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), Médecins Sans Frontières et Concern Worldwide. Il a également été professeur invité dans le domaine de la nutrition à l’Université Tufts. Ancien titulaire des bourses d’études Fulbright et Harness dans le secteur des politiques publiques, le Dr Salama continue de s’intéresser de très près aux travaux de recherche menés pour la survie de la mère et de l’enfant. Dr Salama est médecin et épidémiologiste de formation. Il est titulaire d’un diplôme de médecine de l’Université de Melbourne, d’une maîtrise en santé publique de l’Université Harvard et il a achevé la formation Epidemic Intelligence Service (EIS) au CDC d’Atlanta.

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