Mettre fin au choléra en Haïti, nous y travaillons

On estime que, du 1er janvier au 8 août 2015, le choléra a fait 185 victimes en Haïti*. Des enfants, des femmes et des hommes à qui on aurait pu éviter ce sort. Près de 9000 personnes sont mortes depuis le début de l’épidémie en octobre 2010. Les causes structurelles de leur mort sont semblables à celles qui ont permis à Ebola de tuer 10 200 personnes l’année dernière en Afrique.

Ces deux épidémies ont plus de points communs que les seuls chiffres ou causes : elles exigent toutes deux une attention et une vigilance mondiales continues. Une fois l’intervention d’urgence initiale terminée et la crise hors des projecteurs, il y a toujours un risque de voir la communauté internationale réduire son élan et sa détermination des premiers jours.

Il ne faut pas qu’Haïti connaisse une telle situation avec le choléra.

Peu d’articles sur le choléra ont été publiés au cours de ces derniers mois. Bien qu’elle ait enregistré des progrès, la lutte contre le choléra est loin d’être terminée. Nous avons assisté à une nette diminution du nombre de cas présumés de choléra qui est passé de 351 839 en 2010 à 27 388 l’année dernière. Pour l’année 2015 (jusqu’au 19 septembre), on en compte 22 511.

Le nombre de décès attribués au choléra a également diminué, passant de 3951 en 2010 à 178 cette année. Quoi qu’il en soit, face à une maladie que l’on peut aussi aisément prévenir et soigner, une mort, c’est encore une mort de trop !

Fin 2014, nous avons connu de fortes pluies après la saison des moussons en juin. Une nouvelle augmentation du nombre de cas de choléra, à partir de septembre, en a été la conséquence directe : nous avons  compté 7 400 cas pour le seul mois de novembre, et, début 2015, le nombre de cas enregistrés était supérieur à celui de l’année précédente, s’élevant à 4 000 pour le mois de janvier 2015.  C’est un sérieux avertissement à ne pas faire preuve de complaisance !

Pourtant, la situation aurait pu être pire. Le mécanisme de surveillance et les équipes d’intervention d’urgence, mis en place en 2014 sous la direction du Ministère de la Santé, avaient ramené, en mai, le nombre de cas à moins de 2 000 par mois, le mois d’août enregistrant un nombre inférieur à 1 500, très proche de la situation connue un an auparavant malgré un début d’année désastreux.

Les partenaires de l’UNICEF ont énormément contribué à lutter contre chaque nouveau foyer de choléra et à stopper la transmission aussitôt que possible. Une opération innovante de lutte par chloration de l’eau a été mise en place dans la région de Port-au-Prince ; jusqu’ici, elle a permis de contrer l’action de la pluie, responsable de l’apparition de nouveaux foyers de choléra l’année dernière.

Les précipitations et la contamination des sources d’eau représentent un facteur important dans la propagation du choléra, cependant, même en période de fortes pluies, le risque d’épidémie n’est pas le même pour tout le monde. En général, le choléra touche les plus vulnérables. La plupart du temps, les familles susceptibles d’être touchées par le choléra vivent dans des quartiers défavorisés.

Analysons la recrudescence des cas présumés de choléra enregistrés à Port-au-Prince vers fin novembre 2014 : les zones les plus touchées se trouvent dans des quartiers où la densité de la population est élevée alors que l’accès à l’eau propre, à des installations sanitaires et à un système de soins, est lui faible. Lorsque le vibrion du choléra contamine des endroits tels que des marchés, des gares routières ou même des festivals, comme cela a été le cas, alors le risque de propagation ailleurs dans le pays devient plus marqué et plus difficile à contrôler.

Aujourd’hui, encore plus que jamais,, il nous faut impérativement continuer et renforcer les efforts réalisés pour lutter contre le choléra en Haïti et l’éliminer. En collaboration avec le Ministère de la Santé haïtien, l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) et plusieurs ONG partenaires, l’UNICEF travaille sans relâche dans  le pays pour lutter contre l’épidémie, tout en favorisant un meilleur accès à l’eau et à des installations sanitaires, conditions structurelles essentielles à l’interruption de la chaîne de transmission. Il faut maintenir une intervention rapide tout en améliorant la prévention, et ce également sur le long terme ; la réussite de ce double objectif est primordiale.

Un agent de sensibilisation explique comment utiliser l'Aquatabs aux habitants d'Artibonite
©UNICEF Haiti/Cornelia WaltherUn agent de sensibilisation explique comment utiliser l’Aquatabs aux habitants d’Artibonite

Que devons-nous faire?

Le premier objectif d’une stratégie intégrée consiste à permettre une intervention rapide et efficace contre les flambées de choléra et, le second, à réaliser des investissements à long terme afin de réduire la vulnérabilité des familles face au choléra, grâce à des services de santé fiables, à de l’eau propre et à des installations sanitaires en état de fonctionner qui soient accessibles à tous.

L’intervention rapide repose sur un réseau d’ONG internationales, travaillant en collaboration avec des équipes d’intervention d’urgence du MSPP qui, dès qu’un nouveau cas de choléra est signalé, se rendent sur les lieux dans les 48 heures, décontaminent le domicile concerné, ainsi que les maisons avoisinantes, distribuent des comprimés de purification de l’eau, mènent des campagnes de sensibilisation et fournissent des sels de réhydratation orale. Ces équipes conduisent également les patients aux services de santé les plus proches lorsque c’est nécessaire.

Du 1er janvier à fin juillet, l’UNICEF, à travers son programme WASH, et les ONG partenaires de l’OPS ont mené plus de 5 252 interventions, dont 75 %  se sont déroulées dans les 48 premières heures (81 % dans les 72 heures). Les interventions financées par l’UNICEF représentent 67 % des interventions comptabilisées. Un travail de sensibilisation a été réalisé auprès de plus de 1,86 million de personnes par le recours à diverses méthodes de communication (porte-à-porte, discussions de groupes, etc.).

Quelque 23 400 kits choléra** ont été distribués, ainsi que plus de 20,6 millions de produits de traitement de l’eau (comprimés Aquatab et bouteilles de chlore ou d’Aquajiff/Dlo Lavi, plus de 227 000 savons, 11 120 seaux et plus de 370 000 sachets de sels de réhydratation orale). Au moins de 29 958 habitations ont été décontaminées et 418 points d’eau ont été installés ou remis en état.

À l’heure actuelle, ce mécanisme est soutenu par le service de la Commission européenne pour l’aide humanitaire, l’Agence d’aide humanitaire du Royaume-Uni, le Fonds central d’intervention d’urgence des Nations Unies et l’UNICEF.

Il est impératif qu’un système d’intervention rapide reste en place jusqu’à ce que le choléra soit éliminé. Et ce système ne peut fonctionner sans l’existence d’un système fiable de surveillance épidémiologique, à la fois crucial pour un mécanisme d’alerte et d’intervention rapide efficaces et pour le ciblage des zones prioritaires où le service offert nécessite des investissements.

En parallèle, il convient d’adopter une approche à long terme afin de permettre un accès durable à de l’eau propre et à des installations sanitaires.

L’année dernière, une « Campagne nationale d’assainissement » sur 5 ans a été officiellement lancée par le Premier ministre à Los Palmas, dans le département du Centre.

La Campagne nationale d’assainissement, lancée par la DINEPA et le MSPP et soutenue par le Canada et le Japon, vise à accroître l’accès à des installations sanitaires améliorées dans 16 communes, parmi celles classées prioritaires (première phase), et situées à la fois en zones rurales et en zones urbaines défavorisées. L’approche communautaire de l’assainissement total (ACAT), élément essentiel de cette campagne, accompagne les villages et les familles des alentours, appartenant aux communes prioritaires, afin d’éliminer la défécation à l’air libre

Jusqu’ici, l’approche ACAT a été mise en œuvre dans 33 localités et donne déjà des résultats positifs : 298 toilettes construites par les ménages eux-mêmes et 652 en cours de réalisation (491 dans le Centre, 161 dans l’Artibonite), 1 communauté sur le point d’être déclarée zone exempte de défécation à l’air libre et 224 tippy-taps (dispositifs de lavage des mains) mis en place.

Aujourd’hui, suite à l’expérience menée à Martissant l’année dernière, mettre en œuvre ce type d’approche dans les zones urbaines et semi-urbaines est une priorité. Il faut continuer à agir aussi bien sur le court terme, par le biais de l’intervention rapide, que sur le long terme, en œuvrant à la distribution d’une eau pure et à l’amélioration de l’assainissement.

Le mois dernier, les Nations Unies ont lancé un appel d’urgence en faveur d’Haïti afin de couvrir les besoins les plus urgents liés au problème du choléra, que l’UNICEF a placé en tête de liste de ses priorités. L’UNICEF participe aussi à l’Appel de transition (TAP) lancé en février 2015 par les Nations Unies, en collaboration avec le gouvernement haïtien, en vue de rassembler des fonds pour améliorer également sur le long terme l’accès à l’eau et à des installations sanitaires dans les zones à haut risque.

Cependant, à une époque où la planète change et où les crises internationales se répètent, il nous faut faire preuve d’esprit novateur pour utiliser au mieux les mécanismes de financement. Intégrer l’intervention rapide au développement à long terme permettra de rendre ce dernier durable. Renforcer les compétences locales en matière de surveillance, d’investigation et d’intervention rapide représente un investissement à long terme dans un pays comme Haïti qui doit faire face à de multiples risques.

La collaboration et la coordination de tous les acteurs engagés dans la lutte contre le choléra en Haïti sont la clé du succès. Seule une approche fondée à la fois sur des mesures curatives et préventives peut rompre la chaîne de transmission, et, ainsi, protéger les enfants à risque. Aujourd’hui, plus que jamais, notre défi à tous réside dans notre capacité à offrir à tous les enfants les mêmes chances de survie et d’épanouissement, qu’ils vivent dans des quartiers défavorisés ou aisés. C’est à nous de changer les choses !

Marc Vincent est le Représentant de l’UNICEF en Haïti.


* (Derniers chiffres aux 19 septembre 2015) Source : Direction d’Épidémiologie de Laboratoire et de Recherches du MSPP (DELR / MSPP)

** Un kit choléra de l’UNICEF comprend 1 seau, 12 savons, 5 sachets de sels de réhydratation orale et 200 Aquatabs. Certains partenaires distribuent parfois ces éléments de façon séparée ou comme supplément au kit choléra.

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