Mes premiers pas dans la réponse aux urgences humanitaires

Cela faisait plus de onze ans que je travaillais pour le droit à l’éducation des enfants à l’ouest de la République Démocratique du Congo (RDC). Bien que les défis étaient énormes dans cette partie du pays, rien ne venait bouleverser mon rythme de travail. A partir du mois de décembre 2017, la région du Kasaï était plongée dans une crise atroce, meurtrière, sans commune mesure et d’une violence inouïe; obligeant des dizaines de milliers des personnes – dont des enfants – à fuir dans des zones voisines.

Affamés, malades, en dehors de l’école et sans abris, ces enfants étaient dans une précarité indescriptible… Lorsque j’ai rencontré ces enfants, j’ai compris que ma vie professionnelle allait connaitre un énorme bouleversement. J’avoue qu’avant, lorsque j’entendais parler de certaines situations d’urgence humanitaires, cela me bouleversait mais rapidement j’oubliais car cela ne se passait pas chez moi. La plupart des enfants que j’ai rencontrés étaient inconsolables et j’avais l’impression d’être impuissant…

Children queued up each withblue 'UNICEF' school bags
© UNICEF/DRCDistribution de kits scolaires à des élèves de l’école primaire de Ndobo, à Kikwit, dans la province de Kwilu.

Justine, 15 ans, a été séparée de sa famille lorsqu’elle a quitté son village pour fuir les violences. « Je n’ai plus aucune nouvelle de mes parents, de ma sœur et de mes deux petits frères », m’avait-elle confié. Comment arrive-t-elle à tenir bon ?

L’éducation est cruciale pour permettre aux enfants de regarder vers l’avenir, surtout en contexte de crise. Face à l’arrivée massive d’enfants déplacés dans la province du Kwilu, nous avons mis en place des programmes d’urgence. Plus de 10.000 enfants déplacés ont retrouvé les bancs de l’école et plus de la moitié d’entre eux ont bénéficié d’un soutien psychosocial.

School children in a classroom with school bags in their plastic covering
© UNICEF/DRCDes élèves de l’école primaire de Ndobo, à Kikwit, dans la province de Kwilu, avec leur nouveau matériel scolaire.

A la fin de l’année 2018, la situation commençait à s’améliorer pour les enfants et les femmes nouvellement installés dans la province du Kwilu mais pour ceux qui avaient trouvé refuge dans la province du Maï-Ndombe, ce n’était pas le cas… Des affrontements meurtriers ont transformé la ville de Yumbi en une ville fantôme.

Je faisais partie de la première équipe déployée sur place pour évaluer la situation humanitaire. Lorsque nous sommes arrivés sur place, nous faisions face à un silence de cimetière ; il n’y avait plus le moindre signe de vie, pas un seul petit bruit, même pas un cri d’oiseau. La désolation était totale. Tout était détruit et brulé. On aurait dit que le soleil avait cessé d’éclairer la vie à Yumbi.

A man helps a young school goer with putting on a school bag
© UNICEF/DRCL’auteur, Jean Paul Nico Luketo, distribue des kits scolaires à l’école primaire de Ndobo, à Kikwit, dans la province de Kwilu.

Honte, désespoir, désolation et révolte me traversaient l’esprit. Les enfants avaient déjà perdu leur maison, des proches, des amis, la sécurité et toutes leurs habitudes quotidiennes et risquaient aussi de perdre leur avenir. Avec nos partenaires, nous avons fourni des kits scolaires à plus de 6 000 élèves et 17 écoles détruites lors des affrontements ont été équipées en tentes et bancs pour qu’elles soient à nouveau opérationnelles. Les enseignants ont été formés et des dizaines de milliers d’enfants bénéficient d’un accompagnement psychosocial.

Pour les enfants en situation d’urgence, l’éducation représente une véritable bouée de sauvetage. L’éducation ne peut pas attendre !

 

Jean Paul Nico Luketo est spécialiste de l’éducation en République démocratique du Congo. 

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