Maman, où sommes-nous ?

Maman, où sommes-nous ?

« C’est la question que les enfants m’ont posée le premier jour. Je n’avais pas de réponse, » admet Anastasie, 25 ans, se rappelant de son douloureux départ du Burundi.

Anastasie a quatre enfants : deux filles et deux garçons. Elle habite dans une maison louée à Nyanza-Lac, au sud-ouest du Burundi, une commune frontalière avec la Tanzanie. Récemment, elle s’est réfugiée pendant quelques mois avec sa famille dans le camp de Nyarugusu, en Tanzanie.

Tout comme les quelques 200 000 Burundais qui ont fui leur pays à cause de la crise politique, Anastasie a quitté sa maison avec ses enfants dans l’espoir de trouver un havre de paix et de sécurité. Enceinte de sept mois, elle a pris cette lourde décision un matin après avoir entendu à la radio qu’il y avait des troubles à Bujumbura. « J’ai eu peur, » dit-elle. « J’ai laissé mon mari à la maison et je suis partie avec mes trois enfants. On est parti à six heures du matin afin de pouvoir attraper le bateau. On a payé 10 000 FBU (environ 7 dollars) pour rejoindre la côte. »

Le voyage n’a pas été facile, mais ils sont finalement arrivés au camp le soir. « Il y avait beaucoup de gens, j’étais fatiguée, et les enfants avaient faim, » dit Anastasie. « Maman, où sommes-nous ? me demandaient-ils ».

« Les départs se poursuivent »

Le Burundi, un pays qui a connu des cycles récurrents de conflit depuis son indépendance, est plongé depuis avril dans une nouvelle crise socio-politique qui a déjà provoqué des centaines de morts et une vague migratoire vers de communes et des pays plus surs.

A la frontière avec la Tanzanie, les maisons cadenassées et vides sont devenues légion
A la frontière avec la Tanzanie, les maisons cadenassées et vides sont devenues légion

« Les départs se poursuivent, » observe l’un des responsables d’une étude sur les déplacements à Makamba. « Dans la province de Makamba, nous sommes habitués aux départs de populations. Cela est dû à notre proximité avec la Tanzanie. La principale cause de départ est la peur et la psychose créées par les événements de 1993. A cette époque, Nyanza-Lac a presque été vidée de sa population qui a fui vers les pays limitrophes comme la Tanzanie. »

Au camp de Nyarugusu, Anastasie et ses enfants avaient droit à une ration de 5 kg toutes les deux semaines.

« La ration consistait principalement en farine de maïs, petit pois secs et farine de poisson, » explique-t-elle. « Je limitais les portions afin que l’on puisse manger au moins une fois par jour. Parfois on mangeait une fois par jour, parfois deux. Cela a duré 5 mois ».

Anastasie était obligée de laisser ses enfants chez les voisins rencontrés au camp pour aller chercher de bois de chauffage et pouvoir ainsi cuisiner. A chacune de ses absences, elle avait peur qu’on leur jette un mauvais sort ou qu’on les empoisonne.

Un jour, son fils de trois ans a attrapé le paludisme alors qu’elle était enceinte de huit mois et demi. « Je suis restée près lui. Il ne parlait pas et j’ai eu les larmes aux yeux en le regardant. Il a été soigné et il s’est rétabli. J’étais tellement contente. Je pensais l’avoir perdu, qu’il allait mourir. »

Une fragilité qui se généralise

Le cas du fils d’Anastasie n’est pas exceptionnel. Au Burundi, la crise a aggravé des conditions difficiles préexistantes pour les familles, dont la vulnérabilité aux maladies courantes pouvant tuer des enfants.

Un soir, alors qu’Anastasie et ses enfants dormaient, elle a soudain eu des contractions. « J’ai accouché au camp, » se rappelle-t-elle. « On dormait dans la grande salle par terre avec d’autres personnes, avec une simple natte pour lit. Vers une heure du matin, j’ai senti les contractions. Le travail avait commencé. J’ai pris le chemin de l’hôpital du camp avec l’aide des personnes qui étaient couchées près de moi. Il se trouvait à un kilomètre. Après quelques mètres, je n’en pouvais plus. On a dû aller chercher un brancard pour me porter. Finalement j’ai accouché d’un petit garçon. »

La vie dans le camp n’a pas été le havre espéré par Anastasie. Loin de son mari et sans moyens de communication, il n’était pas facile de savoir ce qui se passait au Burundi et prendre une décision. Mais la frayeur causée par la maladie de son fils l’a finalement poussée à rentrer au pays avec ses enfants.

« Il ne reste plus rien des économies que mon mari m’a données » explique-t-elle. « On a payé 3 motos pour nous transporter. Une pour moi et le bébé, une pour les 3 enfants et une autre pour nos bagages. On a payé 60 000 FBU en tout. Ça représente beaucoup d’argent. »

La maison d’Anastasie
La maison d’Anastasie

« Certaines personnes détruisent leur propre maison pour pouvoir partir, » constate le responsable de l’étude. « Ils vendent toit, portes, lits, tout ce qui a de la valeur afin de réunir les fonds nécessaires pour payer le transport vers la frontière. »

La peur et la détresse poussent les gens à prendre ce genre de mesures drastiques dans une quête de sécurité pour eux-mêmes et leurs enfants. Le Burundi est aujourd’hui de plus en plus fragilisé. 81% de la population burundaise vit avec moins de USD 1.25 par jour et  le pays occupe le premier rang de l’Indice de la faim dans le monde.

Malgré cela, les rêves sont toujours au rendez-vous.

« Je souhaite que mes enfants aillent à l’école et soient diplômés, pour qu’ils aient de quoi manger et s’habiller, » dit Anastasie. « Je rêve que ma fille de 8 ans soit indépendante et qu’elle ait son propre commerce. »

L’UNICEF répond à la situation au Burundi et en Tanzanie en collaborant avec les partenaires pour surveiller les mouvements des enfants et des familles burundais qui se déplacent et s’assurer de leur bonne santé et de leur sécurité. L’UNICEF fournit des services de protection, de nutrition, de prise en charge médicale et de réponse au choléra.

Eliane Luthi est une spécialiste en Communication au sein de la section Communication et Participation de l’UNICEF Burundi.

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