Les récits d’horreur et d’espoir des enfants au nord-est du Nigéria

« Bien sûr qu’il y a de l’espoir », affirme Gerida, une spécialiste en santé publique de l’UNICEF au Nigéria.

« Un jour, tout cela sera fini et en attendant nous avons le devoir de garder ces filles en vie et de nous assurer qu’elles soient prêtes à affronter la vie quand la paix sera de retour » ajoute-t-elle avec détermination.

Je me trouve à Maiduguri, la ville d’origine de Boko Haram au Nigéria. Il existe environ 20 camps pour personnes déplacées dans cette région. Tous ceux qui vivent dans ces camps ont fui ce groupe qui terrorise la partie nord-est du pays. Au total, 1,4 million d’enfants sont soit déplacés soit réfugiés dans les pays voisins.

En arrivant à Maiduguri, Sarah a réussi à retrouver sa mère
© UNICEF Nigeria/2015/PorterEn arrivant à Maiduguri, Sarah a réussi à retrouver sa mère.

Dans l’un de ces camps, j’ai rencontré Sarah, 14 ans. Il ne s’agit pas de son vrai prénom, mais pour des raisons de sécurité je ne peux ni utiliser son vrai prénom ni montrer son visage en photo. La jeune fille fluette, intimidée, regarde par terre en jouant avec sa jupe. Mais quand elle se décide à me regarder, je remarque dans ses yeux et son sourire une énergie qui enthousiasmerait des pierres !

En m’expliquant comment Boko Haram est arrivé dans son village il y a six mois, elle baisse à nouveau les yeux. J’apprends que dans le camp, on n’utilise pas le nom complet du groupe ; on utilise des noms de code comme « les types » ou « BH » pour éviter d’attirer inutilement l’attention.

« Ils ont annoncé leur arrivée en tirant en l’air, j’ai entendu les coups de feu, » explique Sarah.

« Puis ils ont rassemblé des gens et les ont tués. Ceux qui essayaient de sauter par-dessus la barrière pour s’enfuir ont été abattus sur le champ. »

Parmi les personnes tuées ce jour-là se trouvaient son beau-père et un de ses petits frères. Elle ne savait pas où était passée sa mère. Sarah a tenté de s’enfuir en enjambant des cadavres – de femmes et d’ enfants. Mais très vite « BH » l’a rattrapée et l’a ramenée dans le village où elle a été placée dans une maison avec d’autres jeunes femmes. Elles ont toutes été violées.

« À chaque fois que j’y pense, mon cœur s’arrête de battre. J’étais persuadée qu’ils allaient me tuer. Nous avons prié. »

Au cours de la deuxième nuit dans la maison, « les types » ont oublié de fermer la porte et un groupe de filles et de jeunes femmes a réussi à s’échapper. « Nous avons escaladé la barrière aussi vite que nous avons pu » explique Sarah en me montrant sur sa cuisse une cicatrice datant de cette nuit-là.

Le groupe a marché pendant trois jours dans la jungle en pleine chaleur et sans nourriture. Elles ont bu de l’eau avec leurs mains lorsqu’elles croisaient un cours d’eau ou une flaque. Sarah et les autres sont arrivées affamées, assoiffées et épuisées à Maiduguri. Elles ont commencé à chercher d’autres personnes déplacées de Bama et Sarah a retrouvé sa mère dans l’un des camps.

« J’ai pleuré et elle a pleuré. C’était des larmes de joie » explique Sarah en souriant, et en ajoutant que c’est dans ce camp qu’elle s’est sentie en sécurité pour la première fois.

Mais la sécurité dans cette région du Nigéria n’est que relative. Au cours de ma visite, Boko Haram a effectué quatre attaques à Maiduguri, tuant plus d’une centaine de personnes. J’ai parlé à beaucoup de filles au cours de ma visite et elles avaient toutes des histoires semblables. Sarah a réussi à s’enfuir, d’autres ont été emmenées de force dans des bases dans la forêt. Elles ont immédiatement été mariées à des membres de Boko Haram et ont été violées chaque nuit jusqu’à l’arrivée de l’armée nigériane qui les a libérées.

Sarah et moi avons joué avec mon Polaroid pendant notre rencontre.
© UNICEF/Helene Sandbu Ryeng Sarah et moi avons joué avec mon Polaroid pendant notre rencontre.

Ce genre d’histoires est très difficile à entendre mais nous avons la responsabilité de les écouter et de faire en sorte que la voix de Sarah et des autres soient entendues, et de les aider à surmonter leurs traumatismes.

C’est exactement ce que fait l’UNICEF en apportant un soutien psychosocial et une formation scolaire dans les camps. En allant à l’école, les enfants peuvent construire ce qui leur servira de base pour l’avenir mais aussi penser à autre chose qu’aux souvenirs qui les hantent.

L’UNICEF garantit également des services de base, notamment l’eau salubre, l’assainissement, et l’hygiène pour éviter les maladies.

Avec Sarah, nous avons joué avec un Polaroid que j’avais amené pour qu’elle garde des souvenirs de cette visite. Nous avons pris des photos de nous, et elle a montré à son amie comment cadrer et prendre des photos, et nous avons essayé de prendre quelques « selfies », mais au final nos têtes dépassaient toujours du cadre de la photo.

« J’espère que leur passé ne restera qu’un mauvais souvenir et ne sera pas un élément déterminant de leur vie » dit Gerida. « Pour ce faire, nous devons remplacer les vieux souvenirs par de nouveaux souvenirs : de bons souvenirs. »


Helene Sandbu Ryeng est spécialiste en communication. Elle travaille avec l’UNICEF en Norvège.

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