Les enfants somaliens continuent à souffrir de la faim

À l’heure actuelle, le monde entier a les yeux rivés sur les guerres, le terrorisme et la situation désespérée des réfugiés, dont le flux ne semble pas décroître. Il n’est donc pas surprenant que les souffrances des enfants somaliens aient été largement oubliées. La dernière fois que le pays a fait la une des journaux, c’était il y a cinq ans, lorsque l’insuffisance des pluies et l’absence de mesures politiques efficaces avaient entraîné la famine. Quelques mois plus tard, lorsque la famine a été jugée officiellement terminée, des centaines de milliers de personnes avaient péri et des millions d’autres avaient été déracinées.

Mais depuis, la vie et la mort des enfants somaliens ont été largement ignorées par les médias. Très souvent, on entend dire que le manque de couverture médiatique est un signe de progrès. Mais l’expression « pas de nouvelle, bonnes nouvelles » peut-elle vraiment s’appliquer à la Somalie ?

Il y a trois semaines, j’ai fait une visite de terrain à Baidoa, une des plus grandes villes dans le sud de la Somalie, mais aussi l’épicentre de la famine. Il était encore très tôt le matin, mais déjà, un grand nombre de mères, accompagnées de leurs jeunes enfants se pressaient à l’intérieur du centre d’alimentation thérapeutique pour patients ambulatoires soutenu par Deeg-Roor Medical, un partenaire de l’UNICEF.

À l’intérieur de cet édifice d’un étage – d’une surface équivalente à la moitié d’un terrain de basket – plusieurs activités se déroulaient en même temps. Dans un coin, on pesait des enfants sur une balance. Juste à côté, des médecins et des infirmières examinaient chaque enfant et notaient soigneusement chaque détail concernant leur état de santé. De l’autre côté de la salle, un jeune agent de santé donnait un cours à un groupe de mères et d’enfants sur l’alimentation et l’hygiène. Elle utilisait un tableau-papier à feuilles mobiles avec des illustrations de couleur lui permettant de renforcer son message concernant l’allaitement, le lavage des mains et la vaccination.

À l’extérieur, des mères et des enfants faisaient la queue tout en essayant de se protéger du soleil, cherchant l’ombre des murs ou des arbres, ou en se protégeant la tête avec un foulard.

Depuis la famine, la malnutrition a quelque peu baissé. Le nombre d’enfants atteints de malnutrition et  âgés de moins de cinq ans est passé de 18 % pendant la saison Gu de 2011 (la saison des pluies en Somalie, qui s’étend d’avril à juin) à 13 % pendant la saison Gu de 2015. Cependant, cette amélioration n’a pas permis de protéger des centaines de milliers d’enfants de la crainte – et de la réalité – de la faim. Les dernières données indiquent qu’il existe encore 308 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë, dont près de 56 000 de malnutrition sévère.

Cela signifie qu’en ce moment, un enfant somalien sur sept souffre de malnutrition.

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Barmin et son enfant dans le centre d’alimentation. L’enfant souffre de malnutrition depuis longtemps, avec des vomissements et de la diarrhée. Il se rétablit peu à peu depuis qu’il prend des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi.

« Mon mari vit de petits boulots, comme ramasser du bois de chauffage. En ce moment, il ne travaille pas », dit Magami, 19 ans, l’une des mères que j’ai rencontrées dans le centre. Elle tenait dans ses bras le petit Ridwan, son bébé de 11 mois qui souffre de malnutrition, avec de fortes fièvres et des épisodes diarrhéiques. À la sortie de l’hôpital, on lui a conseillé ce centre pour qu’il puisse continuer son traitement. Ce jour-là, Ridwan n’allait pas bien. Il émettait parfois de petits cris, comme s’il voulait attirer l’attention de sa jeune mère.

« Le père de mes enfants est handicapé depuis plusieurs années et il ne peut pas travailler. Il reste à la maison toute la journée », affirme une autre mère, Barlin Ali, 34 ans, qui est venue avec l’un de ses neuf enfants.

Pour ces familles, le chômage est un problème majeur. Et pourtant, elles ne sont pas les plus mal loties. Les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays sont encore plus vulnérables et leurs droits encore moins respectés. Dans les deux camps de déplacés internes que j’ai visités, aucun homme, ou presque, n’avait un travail. Ce sont souvent les femmes qui pourvoient aux besoins de la famille en lavant les vêtements des familles plus aisées de la ville, ou en cherchant du bois de chauffage pour le vendre à l’extérieur du camp, ce qui les expose aux dangers de la violence sexuelle.

« La plupart d’entre nous viennent de la campagne. Nous ne sommes pas habitués à la vie dans les camps », explique Hawa Abukar Waladi, agent de santé communautaire dans le camp de déplacés internes de Salamey Idale. Nous voyons partout des huttes recouvertes de chiffons et de draps qui s’étendent à perte de vue. Des amas de déchets sont éparpillés dans ce paysage poussiéreux. Les enfants se promènent sans chaussures et bien des fois sans pantalon.

« L’assainissement et l’hygiène sont de vrais problèmes ici. Un grand nombre d’enfants souffrent de malnutrition et ont la diarrhée, et beaucoup de femmes enceintes sont atteintes d’anémie », dit Hawa.

Hawa et ses collègues fournissent des informations essentielles aux mères sur l’alimentation et l’hygiène. Elles traitent les maladies infantiles les plus courantes et offrent des services d’orientation. Grâce aux fonds des donateurs, l’UNICEF apporte son soutien à Hawa et ses collègues pour qu’elles poursuivent leurs efforts et continuent à sauver des vies. Il y a peu de temps, le service de l’Union européenne à l’aide humanitaire et à la protection civile (ECHO) a promis 2,8 millions de dollars É.-U. pour soutenir les interventions de l’UNICEF dans plusieurs domaines, notamment celui de la nutrition, de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène.

Tant qu’il n’y a pas de complications, le traitement contre la malnutrition est simple. S’ils consomment des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi, 90 % des enfants pourront être sauvés. Mais chaque fois qu’un cas est traité avec succès, un nouveau cas apparaît… Telle est la triste réalité. Si nous ne luttons pas contre la pauvreté, le chômage ou les conditions de vie déplorables, et si nous ne trouvons pas une solution pour les déplacés internes, les enfants somaliens vont continuer à vivre (et mourir) sous la menace de la faim.

Kun Li travaille pour UNICEF Somalie en tant que Spécialiste en communication. Chinoise de naissance, américaine, africaine et citoyenne du monde de cœur.

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