Les enfants de la Grande Récession – Le grand bond en arrière

A peine six ans après l’effondrement soudain de Lehman Brothers, la crise économique mondiale continue à faire parler d’elle sur toute la planète. Mais l’impact sur les ménages va bien au-delà des gros titres. Aucune famille ou presque n’a échappé aux douloureuses conséquences de ce qu’on a appelé la Grande Récession mais, bien sûr, ce sont les enfants qui en souffert le plus. Ce sont également eux qui risquent le plus d’en subir les effets dévastateurs à long terme.

Ces effets dévastateurs à long terme pourraient bien être le thème dominant du nouveau Bilan Innocenti « Les enfants de la récession : l’impact de la crise économique sur le bien-être des enfants dans les pays riches ». Le Bilan Innocenti est la publication phare de l’UNICEF consacré aux enfants du monde développé. Ce rapport ne décerne pas beaucoup de notes satisfaisantes.

Ce rapport, brutal rappel à la réalité, permet d’étudier la façon dont la pauvreté des enfants a changé par rapport aux niveaux fixes de 2008 et il introduit une mesure plus affinée de l’évolution de la situation des enfants depuis ce moment critique. On peut redouter que l’élargissement des écarts de pauvreté, le fait que tant de jeunes aient quitté l’école, ne suivent pas de formation ou soient sans emploi, et la perte stupéfiante d’années de progrès de revenu ne soient à l’origine de changements structurels à long terme qui vont considérablement détériorer la situation des enfants dans le monde développé.

Dans 23 des 41 pays étudiés, la pauvreté des enfants a augmenté. Dans plusieurs pays, cette aggravation a été considérable, en particulier dans la région méditerranéenne. Dans 18 pays, la pauvreté des enfants a diminué, mais ce sont surtout les pays plus petits du groupe, l’Allemagne représentant l’exception notable.

A noter un élément inhabituel, même pour la série des Bilans Innocenti, la présence d’une section spéciale sur les changements survenus dans le domaine de la pauvreté des enfants dans les Etats des Etats-Unis. On y constate quelques résultats surprenants. Les programmes de relance économique ont assez bien fonctionné et ont probablement empêché qu’un grand nombre d’enfants ne sombrent dans la pauvreté. Dans certains États traditionnellement les plus pauvres comme le Mississippi et la Virginie occidentale, les taux de pauvreté des enfants se sont améliorés, tandis qu’ils se sont fortement aggravés dans l’Idaho et le Nevada. Des augmentations moins importantes dans certains grands États dissimulent l’important nombre d’enfants qui sont devenus pauvres en Californie, (221 000) et en Floride (183 000) par exemple.

L’un des principaux éléments à retenir de ce Bilan 12 est que la crise économique a été une récession pour les enfants. Les données les plus révélatrices de cette affirmation se trouvent dans la façon dont les différents groupes vulnérables ont été touchés. Dans 28 des 31 pays européens, le taux de pauvreté a augmenté plus rapidement (ou a diminué plus lentement) pour les jeunes que pour les personnes âgées.

Sans surprise, le secteur de l’emploi des jeunes a subi la crise de plein fouet dans le monde développé. Ce qui est plus inquiétant concerne les jeunes âgés de 15 à 24 ans qui ont quitté l’école, ne suivent pas de formation ou sont sans emploi. La proportion de ces jeunes est restée la même ou a augmenté dans 35 des 41 pays de l’étude.

Le « Grand Bond en arrière » résume de manière frappante l’impact de la récession sur les enfants. Le nombre d’années de perte de progrès de revenu est particulièrement édifiant dans de nombreux pays de l’OCDE. Ainsi, entre 2008 et 2012, les familles grecques ont perdu l’équivalent de 14 années de progrès ; l’Irlande, le Luxembourg et l’Espagne ont perdu une décennie entière ; et quatre autres pays ont perdu presque autant.

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