L’éducation pour la paix contribue à un avenir meilleur en RD Congo

« Nous sommes des enfants ! Nous voulons la paix ! Nous voulons l’école ! Faisons la paix entre nous ! »

Regarder un groupe d’enfants de l’Ecole Primaire Lumbwe chanter et danser sur des slogans de paix était amusant, jusqu’à ce que je découvre les blessures physiques et émotionnelles que chaque enfant du groupe portait.

« La jeune fille qui chantait au milieu du cercle a été violée à plusieurs reprises et forcée de porter des amulettes et des gri-gris pour les milices pendant les violents combats. La fille derrière elle a vu ses deux parents se faire tuer lors de l’attaque contre son village, puis sa petite sœur a été emmenée sous ses yeux. »

Nos aînés ont combattu dans le passé et tout le monde en a souffert

En écoutant les témoignages, mon collègue m’a gentiment mis en garde contre toute question potentiellement blessante que je pourrais leur poser par inadvertance.

La province du Tanganyika, située le long du lac Tanganyika au sud-est de la République Démocratique du Congo (RDC), a été le théâtre de violents affrontements entre les groupes ethniques bantou et twa (Pygmées) qui ont provoqué le déplacement de plus de 630 000 personnes et la perte de nombreuses vies de 2016 à 2017. Bien que la paix semble être revenue, de nombreux enfants sont aujourd’hui traumatisés par les souvenirs des horribles violences.

A man in a UNICEF tee shirt with his arms around the shoulder of a young boy. Both look into the distance.
© UNICEF/Chad/2019/Kim Akil (prénom modifié), 12 ans, traumatisé par le conflit et par son calvaire en tant qu’enfant soldat, a pu petit à petit se remettre de son traumatise avec le soutien de l’UNICEF. Il participe dorénavant activement au Comité de la Paix de son école.

L’UNICEF et ses partenaires encouragent l’éducation à la paix en créant des Comités de Paix dans les écoles qui accueillent des enfants déplacés. Chaque comité est dirigé par des élèves comme ceux que j’ai rencontrés à l’école primaire Lumbwe. En tant que membres du comité, les élèves acquièrent des compétences pratiques et jouent un rôle clé dans la diffusion de la culture de la paix dans leur école et leur communauté. Des représentations théâtrales, des chansons et des poèmes les aident aussi à panser leurs blessures psychologiques. Le comité est aussi responsable de la prévention et de la médiation des conflits entre les camarades de classe afin de les aider à surmonter leurs différences.

L’éducation pour la paix est un moyen d’investir dans un avenir sans conflit, en transformant les expériences tragiques des enfants en une force positive favorisant la compréhension mutuelle et la réconciliation, au lieu de les laisser dégénérer en violence et en souffrance.

Akil*, 12 ans, a commencé à raconter son histoire en décrivant le moment où il a dû fuir son village après le meurtre de son père.

A closeup of the bottom half of a male figure sitting on the ground with his hands clasped around what appear to be his bruised legs.
© UNICEF/Chad/2019/Kim« Vous voyez la profonde cicatrice sur mon genou due à un coup de couteau ? Je saignais abondamment. Quelqu’un m’a transporté à l’hôpital à moto et c’est de cette façon que j’ai été libéré de la milice. » Akil se souvient dans les moindres détails du jour où il a fui son village. « Malgré tout ce qu’il s’est passé, j’ai appris à pardonner et à accepter l’autre. Après tout, il n’y a que la paix qui me permettra de retrouver mon village qui me manque tant. »

« J’aidais ma mère au champ quand mon petit frère est arrivé en pleurant et en criant « Maman ! Des pygmées sont entrés dans la maison et ont égorgé papa ! » On a tous commencé à s’enfuir. Trois de mes frères et sœurs, dont ma sœur unique, ont été tués. Je ne sais pas si ma mère et mes deux autres frères sont encore en vie. »

L’histoire d’Akil ne s’arrête pas là. Alors qu’il fuyait son village, il a été arrêté par des miliciens bantous qui l’ont enrôlé pour combattre. À l’âge de 9 ans, il a vu des gens découpés en morceaux et des femmes violées devant lui. Lui-même a tué les « ennemis » qui ont détruit la vie de sa famille.

En racontant son parcours, Akil bégayait fréquemment ce qui indiquait qu’il était encore traumatisé. Aujourd’hui, il croit toujours fermement que de puissantes amulettes le protégeaient des flèches et le rendaient invisible lors des combats. Après sa libération de la milice, Akil est resté hanté par les images des atrocités et traumatisé par le sang.

Alors qu’il surmontait progressivement le traumatisme grâce au soutien psychosocial et au suivi assuré par l’UNICEF, Akil a volontairement rejoint le Comité de Paix dans son école. Cela l’a aidé à se maîtriser et à développer de l’empathie pour éviter de laisser ses émotions se retourner contre les autres. Les activités de groupe lui ont également permis de cultiver un esprit de solidarité en lui apprenant qu’il n’avait plus à tout supporter seul et que d’autres personnes étaient là pour le soutenir.

A boy wearing a cardboard box mask takes aim with a bow and arrow as other school children look on.
© UNICEF/Chad/2019/Kim A travers des performances théâtrales, le Comité pour la Paix de l’école primaire de Mulange aide les élèves à comprendre l’importance de la paix dans leur école et dans leur communauté.

« Il y a des enfants bantous comme moi ainsi que des enfants Twa dans Comité de Paix. Ce sont tous mes amis. Nos aînés ont combattu dans le passé et tout le monde en a souffert. Nous devrions pardonner et nous accepter mutuellement pour avancer ensemble. Nous, les enfants, pouvons aider les adultes de nos communautés à le comprendre. »

Dans la province du Tanganyika, de nombreux enfants et jeunes non scolarisés n’ont accès au soutien psychosocial et à l’éducation pour la paix au lendemain du conflit. L’histoire d’Akil nous laisse avec l’espoir que les enfants qui, grâce à l’éducation pour la paix, ont les moyens de définir leur propre avenir en tant que promoteurs de la paix dans et autour des écoles.

En collaboration avec le Gouvernement et ses partenaires, l’UNICEF vise à atteindre un plus grand nombre d’enfants et de jeunes affectés par des conflits violents grâce à l’éducation pour la paix tout en développant les programmes de soutien psychosocial et d’éducation alternative.

* Le prénom a été changé pour des raisons de protection.

 

Yera Kim est spécialiste de l’éducation à l’UNICEF au Tchad (en mission en RDC)

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