L’eau propre : un don, de Vientiane à Bangui

Lorsque Linsavanh Inthaphonedeth, un ingénieur de forage de 26 ans de la République démocratique populaire lao, est arrivé à Bangui, il a été choqué par la quantité de soldats et de véhicules militaires présents dans les rues. Le reste, dit-il, s’est bien passé malgré les inquiétudes de sa famille par rapport à la nourriture et aux moustiques.

Linsavanh, qui voyage pour la première fois hors de son pays, Kanya Insisoulath (37 ans), également ingénieur, et Sisouphanh Somsanith (45 ans), interprète du lao vers l’anglais, sont en RCA depuis mars dans le cadre d’une mission très innovante.

Linsavanh et Kanya sont spécialistes en forage manuel et en construction de pompes manuelles. Il s’agit d’une technique peu coûteuse et abordable qui a fait ses preuves et permet de s’approvisionner en eau propre via de petits puits dans leur pays natal depuis des décennies.

La formation est basée sur l’apprentissage par l’exemple. Le fait de ne pas parler la même langue n’est donc pas aussi problématique qu’ils l’imaginaient.
© UNICEFCAR/2015/LE DULa formation est basée sur l’apprentissage par l’exemple. Le fait de ne pas parler la même langue n’est donc pas aussi problématique qu’ils l’imaginaient.

 

D’après les estimations, en RCA, seulement un tiers de la population aurait accès à l’eau propre. Pourtant, ici, l’eau ne manque pas : les pluies sont abondantes et les eaux souterraines sont présentes en quantité. Mais à cause de plusieurs années de conflits et d’instabilité politique, beaucoup des installations ont été endommagées ou détruites.

Avant, la RCA avait recours au forage mécanique pour multiplier le nombre de trous de forage dans le pays. Mais cette pratique est très coûteuse. Le forage mécanique coûte 20 000 dollars des États-Unis par trou de forage contre 1 000 dollars des États-Unis pour le forage manuel. Le forage mécanique pose en plus le problème de l’accès. La RCA ne dispose que de deux pour cent de routes pavées, et pendant la saison des pluies (au moins six mois de l’année), plus de la moitié du pays se retrouve isolé ou inaccessible. Les problèmes de sécurité dans le pays rendent également le transport de gros équipements très difficile.

Les formateurs laotiens proposent une formation aux techniques de forage manuel et à la construction de pompes manuelles à 50 adolescents : des jeunes hommes et femmes, parmi lesquels certains ont récemment été libérés de groupes armés. L’objectif est de créer 30 nouveaux points d’eau, dans le cadre de formations, pour environ 15 000 personnes. Puis à partir de septembre, ce travail sera renforcé afin d’approvisionner en eau salubre plus de 100 000 personnes. Il s’agira ainsi d’une intervention à très faible coût et à fort impact. Mieux encore, 100 % du matériel nécessaire pour construire les outils de forage et équiper les trous de forage proviennent du marché local.

De jeunes apprentis forent un trou dans le sol dans un quartier de Bangui. Une fois fini, ce point d’eau permettra de fournir de l’eau propre à environ 200 personnes des environs
© UNICEFCAR/2015/LE DUDe jeunes apprentis forent un trou dans le sol dans un quartier de Bangui. Une fois fini, ce point d’eau permettra de fournir de l’eau propre à environ 200 personnes des environs.

La communication entre les formateurs et les apprentis a été moins compliquée que prévu, bien que la chaîne soit un peu longue : les formateurs parlent en lao,  puis leur interprète traduit en anglais, et un autre interprète traduit de l’anglais au français ou au sango, la langue locale.

« Nous arrivons à échanger grâce à nos expressions faciales et à des gestes, comme le veut la formation, » explique Kanya.

« Et les jeunes apprentis sont très sympathiques avec nous : dès que nous avons besoin d’aller quelque part ils marchent avec nous ; ils ont dit qu’ils voulaient s’assurer que nous soyons  en parfaite sécurité. »

Kanya se souvient du premier point d’eau qui a été construit, à Ouango, un quartier de Bangui : « les villageois se sont montrés d’abord très prudents, lorsque nous sommes arrivés avec nos tubes de bambou et nos perceuses manuelles. Après quelques jours de dur labeur, quand l’eau est enfin arrivée, tout le voisinage s’est mis à applaudir, chanter et danser. Nous nous sommes sentis très fiers. »

Un autre forage en cours de réalisation. Tous les équipements sont disponibles localement, l’entretien est donc également facile
© UNICEFCAR/2015/LE DUUn autre forage en cours de réalisation. Tous les équipements sont disponibles localement, l’entretien est donc également facile.

Le projet de forage manuel ne représente qu’une petite partie de la stratégie d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH) de l’UNICEF en RCA. Les approches contextuelles comme celle-ci sont cruciales pour garantir une bonne viabilité. L’objectif principal est d’adapter les solutions techniques à des réalités comme le marché local, l’accessibilité, et la volonté de la population d’investir dans des infrastructures d’eau et d’assainissement. Le second objectif est de s’assurer que les coûts opérationnels des services publics en charge de l’entretien des biens collectifs soient couverts par les frais de participation et si non, d’adapter la structure de l’entreprise publique aux coûts que peut supporter la population.

Au total, 1 057 000 personnes, soit 22 % de la population nationale, bénéficieront de la combinaison des approches UNICEF-WASH en RCA en 2015.

Donaig Le Du est responsable de la communication de l’UNICEF en RCA.

Réagir à cet article

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont annotés « obligatoire. »

Commentaires :

  1. Une très belle initiative surtout la créativité des fils africains. C’est le moment du come back de l’élite africain, les populations d’Afrique ont besoin de ces fils éparpillés un peu dans le monde. Le développement c’est nous d’abord, mais jamais avec la fuite des cerveaux. Pourquoi ne pas élargir cela partout en Afrique et partager les expériences. Former les jeunes dans ce domaine avec l’encadrement de ces jeunes ingénieurs. Serait super, au lieu de quitter l’école à ne plus rien faire…