L’Afrique en 2050 : jeune et optimiste… avec une réserve

L’Afrique, déjà le deuxième contient le plus peuplé avec plus d’un milliard d’habitants, est en train de connaître une évolution démographique sans précédent en terme d’ampleur et de rapidité selon Afrique/Génération 2030, un nouveau rapport publié par l’UNICEF sur la démographie des enfants sur le continent.

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Réfléchissez à ceci : en se basant sur les tendances actuelles, dans 35 ans :

  • 1,8 milliard de bébés naîtront en Afrique ;
  • La population des moins de 18 ans du continent augmentera de deux tiers pour atteindre presque 1 milliard de personnes ;
  • La taille de la population totale de l’Afrique doublera, atteignant 2,4 milliards d’habitants.

D’ici 2050, selon les projections, l’Afrique abritera un habitant sur quatre de la planète et presque 40 % des enfants âgés de moins de 18 ans.

Le dividende démographique

La poussée démographique de l’Afrique est majoritairement concentrée en Afrique subsaharienne et favorisée par une fertilité élevée et une mortalité en déclin. Bien qu’en diminution, les taux de fertilité restent élevés : en moyenne, chaque femme africaine en âge d’avoir des enfant (15-49 ans) aura 4,5 enfants en 2015, un chiffre très au-dessus de la moyenne mondiale qui est de 2,5. Le taux de fertilité des adolescentes africaines est le double de la moyenne mondiale.

Bien que l’Afrique représente actuellement plus de la moitié des décès chez les enfants de moins de cinq ans et doive accélérer les progrès pour sauver la vie d’enfants, elle a réalisé des avancées remarquables dans la réduction des décès d’enfants depuis 1990 et, particulièrement, depuis 2000 en Afrique de l’Est et en Afrique australe.

La croissance actuelle de la population africaine est une chance sans précédent mais aussi la source de plusieurs difficultés. La chance réside dans le potentiel de ce qu’on appelle le dividende démographique de la croissance économique rapide et soutenue pour les décennies à venir.

Alors que les taux de fertilité baissent, la population africaine en âge de travailler croîtra plus rapidement que les populations combinées d’enfants et de personnes âgées, produisant plus de travailleurs potentiels par personne dépendante. Si cette main-d’œuvre en pleine expansion peut être employée de façon productive, le potentiel d’une production plus importante et d’une réduction des coûts plus grande est immense et pourrait soutenir une expansion économique durable qui contribuerait à réduire considérablement la pauvreté en Afrique. Actuellement,  70 % de la population de l’Afrique subsaharienne vit avec moins de 2 dollars US par jour.

Mais le dividende démographique de l’Afrique est loin d’être garanti par la seule évolution de sa démographie ; en recueillir les fruits nécessitera des conditions préalables favorables. Si les jeunes enfants d’aujourd’hui – qui entreront dans la vie active dans exactement une décennie et demie – sont qualifiés, dynamiques, font preuve d’esprit d’entreprise et peuvent être employés à temps complet de façon productive, l’Afrique sera récompensée.

L’opposé est également vrai. Sans des conditions préalables favorables, l’expansion démographique de l’Afrique peut se transformer en problème démographique avec des carences généralisées, la pénurie, le chômage et une faible productivité, cela  avec des retombées négatives pour la stabilité et la sécurité du continent.

Quelles sont ces conditions préalables ?

Investir dans les enfants africains est le meilleur espoir pour les conditions préalables favorables à ce dividende démographique aux gigantesques capacités potentielles de changement. Un investissement dans le développement de la petite enfance sera essentiel ; la recherche scientifique souligne le caractère essentiel des toutes premières années de la vie d’un enfant pour qu’il soit en meilleure santé, réussisse dans sa scolarité et soit productif durant sa vie adulte.

Un système de soins de santé de base est indispensable pour se protéger des maladies infectieuses durant la prime enfance et assurer la survie. Les enfants les plus jeunes établissent généralement 700 connexions neuronales par seconde (article en anglais) et demandent à être stimulés et protégés. Une nutrition adaptée est par conséquent essentielle.

© UNICEF/MLIA2012-00575/Bindra;
Il faut être particulièrement attentif à investir dans les filles et les jeunes femmes d’Afrique et à leur donner plus de moyens. © UNICEF/MLIA2012-00575/Bindra

Les enfants du continent auront également besoin d’un apprentissage de qualité leur offrant une éducation à la fois pertinente pour leur vie, et leur donnant les compétences nécessaires pour le marché du travail de l’Afrique du 21e siècle.

La protection contre la violence, les conflits, la violence et l’exploitation sont impératives pour que les enfants puissent atteindre leur plein potentiel. La prise en compte des enfants marginalisés et défavorisés dans les services essentiels et de protection grâce à des programmes et des politiques d’équité augmentera le potentiel de l’Afrique à se développer, à épargner et à investir. Soutenir les connaissances des enfants en ce qui concerne les droits de l’homme et de la citoyenneté permettra de réduire le risque de futurs conflits et de discrimination.

Une attention particulière doit être accordée à l’investissement dans l’autonomisation et les filles et des jeunes femmes afin de freiner le taux de fécondité des adolescentes, de gérer la transition démographique, et de bâtir une Afrique véritablement inclusive. Donner priorité à l’éducation des filles en élargissant l’accès à des services de santé reproductive adaptés à chaque culture, et en abordant les obstacles culturels, sociaux et économiques qui perpétuent la marginalisation des femmes est impératif pour que l’Afrique récolte pleinement les fruits de la prospérité qu’un dividende démographique peut lui apporter.

Même avec ces investissements, d’importants défis demeureront. Parmi les 54 pays d’Afrique, beaucoup sont marqués par des contextes fragiles et touchés par un conflit, l’extrême pauvreté et/ou une iniquité généralisée. Une attention prioritaire doit être accordée à la résolution de ces questions alors même que le continent se développe rapidement. Les pays riches en ressources doivent adopter des politiques visant à assurer que les pauvres et les défavorisés bénéficient également de la croissance.

Un nouveau discours est en train d’émerger sur la façon de faire valoir les avantages et les opportunités de l’Afrique et de s’attaquer à ses défis. Le récent sommet des dirigeants États-Unis/Afrique, ainsi que les précédents sommets entre l’Afrique et la Chine, le Japon et l’Union européenne, pour n’en nommer que trois, soulignent que l’Afrique est de plus en plus considérée comme une puissance émergente sur la scène mondiale. Investir en faveur des enfants et les placer au cœur de son programme de développement est la meilleure opportunité pour l’Afrique de consolider les acquis sociaux et économiques de ces dernières années, et de maximiser son dividende démographique au 21e siècle.

Leila Gharagozloo-Pakkala est Directrice régionale de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe. Manuel Fontaine est Directeur régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique central.

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