La vaccination prise pour cible

Dans les régions touchées par des conflits, les vaccins indispensables ne parviennent pas jusqu’aux enfants

Toute personne ayant accès à un téléviseur, ou même un simple smartphone, dispose d’un accès illimité aux images de la destruction que les conflits armés entraînent partout dans le monde. Nous pouvons voir en détail comment la guerre et la violence bouleversent et mettent en danger la vie des enfants.

Mais les conflits mettent également à mal les mécanismes qui soutiennent les routines de la vie quotidienne. Même si les flashs d’information ne le mentionnent pas souvent, les conflits paralysent aussi les services de santé, de nutrition, d’eau, d’assainissement et d’hygiène. L’effondrement de ces systèmes essentiels bloque trop souvent l’accès à ces vaccinations indispensables. En conséquence, lors d’un conflit, des millions d’enfants ne disposent pas des vaccins de base dont ils ont besoin pour rester en bonne santé et prendre un bon départ dans la vie. Le plus souvent, ce sont les enfants touchés par les conflits qui sont les plus vulnérables aux maladies.

Le début de la Semaine mondiale de la vaccination, observée cette année du 24 au 30 avril, offre l’occasion de mettre en lumière le sort des enfants qui se voient refuser l’accès aux vaccins indispensables pendant les périodes de conflit.

La vaccination et les conflits

Quelque 18,7 millions d’enfants du monde entier ne bénéficient pas de l’ensemble complet des vaccins de base et sont donc exposés à des maladies potentiellement mortelles. On estime que 1,5 million d’entre eux mourront au cours de leur enfance de maladies qu’on aurait pu facilement éviter avec des vaccins d’un coût abordable.

Tous les enfants, où qu’ils vivent et quelle que soit leur situation, ont le droit de survivre et de s’épanouir. Les enfants touchés par les conflits font partie de ceux qui risquent le plus de se voir refuser ce droit. Près des deux tiers de tous les enfants non vaccinés vivent dans des pays touchés par un conflit.

Les pays en conflit comprennent le Soudan du Sud, où seulement 39 pour cent des enfants bénéficient des vaccins infantiles de base – le taux de vaccination le plus faible de tous les pays du monde. En Somalie, seulement 42 pour cent des enfants sont vaccinés et, au Tchad, 46 pour cent.

En Syrie, cinq années de conflit ont fait chuter les taux de vaccination, compromettant la santé des enfants. En 2010, avant le début du conflit, plus de 80 pour cent des enfants étaient vaccinés. En 2014, les taux de vaccination avaient plongé, passant à 43 pour cent. Résultat, la polio est réapparue dans le pays en 2013 après 14 années d’absence.

Un homme marque une porte à la craie tandis qu'une petite fille le regarde
UNICEF/UN011645/HoltUn agent de santé bénévole marque à la craie la porte d’une maison après avoir procédé à une vaccination dans le cadre d’une campagne de vaccination nationale de 4 jours ; ici à Tunkia, près de Kenema, en Sierra Leone.

De multiples dangers

Il est certain qu’un conflit présente de multiples dangers pour les enfants, comme le surpeuplement et l’accès limité à des services de base tels que la nourriture, l’eau et des abris. Mais quand l’effondrement des systèmes de santé aggrave encore les dangers, les enfants deviennent particulièrement vulnérables à ces maladies mêmes que les vaccins peuvent prévenir. Prenez par exemple les zones touchées par le conflit au Pakistan et en Afghanistan. Dans ces zones, la polio paralyse encore des enfants pour toute leur vie. Le virus a été pourtant éliminé dans tous les autres pays de la planète grâce à la vaccination.

Il existe un autre danger, que les enfants vivant dans des situations de conflit échappent aux services de prévention réguliers, comme les services de vaccination, et qu’ils ne puissent donc pas être soignés correctement s’ils tombent malades. Dans ces situations, les enfants sont plus susceptibles de mourir ou de souffrir de complications de maladies infantiles communes qui pourraient être traitées facilement et à peu de frais s’il n’y avait pas de conflit. La rougeole, la diarrhée, les infections respiratoires, le paludisme et la malnutrition sont par conséquent les principales causes des maladies infantiles et des décès dans les situations d’urgence. Dans les camps de réfugiés, par exemple, nous avons vu quelquefois que jusqu’à 30 pour cent des enfants infectés par la rougeole mouraient.  Dans un environnement paisible où les services de santé et de vaccination fonctionnent, une fraction seulement des enfants touchés par la rougeole risquent de mourir.

Nous devons également penser aux agents de santé et aux vaccinateurs qui risquent souvent leur vie dans ces situations. Nombre d’entre eux sont expressément ciblés et ont perdu la vie ces dernières années. Une grande partie de nos efforts de plaidoyer, à l’UNICEF, consiste à demander que les agents de santé puissent circuler et travailler en toute sécurité lorsqu’ils exercent leurs responsabilités dans ces communautés touchées par un conflit.

Un outil essentiel

La vaccination sauve jusqu’à 3 millions d’enfants par an.

Depuis 1990, la vaccination a été l’une des principales raisons de la forte baisse de la mortalité infantile. Pourtant, près d’un nourrisson sur cinq dans le monde — souvent les plus pauvres et les plus vulnérables – ne bénéficie pas des vaccins dont il a besoin pour rester en bonne santé et prendre un bon départ dans la vie.

L’UNICEF sait d’expérience comment les campagnes de vaccination dans les pays touchés par un conflit peuvent enrayer la propagation des maladies. Au Nigéria, malgré un conflit acharné dans le nord, les campagnes de vaccination ont effectivement mis fin aux cas de polio sauvage depuis 2014, alors que ce pays représentait la moitié de tous les cas de polio en 2012. Au Yémen, un pays déchiré par la guerre, les campagnes de vaccination soutenues par l’UNICEF ont permis de vacciner 2,4 millions d’enfants contre la rougeole et la rubéole en janvier et 4,6 millions d’enfants contre la polio en avril 2016.

Les enfants touchés par les conflits sont entraînés dans un véritable engrenage qui compromet leur santé et, par extension, leur avenir même. Les vaccins peuvent aider à briser ce cercle vicieux. Outre qu’elles protègent les enfants contre les maladies, les chaînes d’approvisionnement en vaccins, la main d’œuvre chargée de la vaccination et les infrastructures en la matière qui sont présentes dans les régions isolées de la planète peuvent aussi servir de plate-forme pour offrir d’autres services de santé et construire également des systèmes de santé.

Avec un financement spécifique et l’engagement de la communauté internationale en faveur de la sécurité des agents de santé, les programmes de vaccination peuvent sauver des vies lors d’un conflit et aider à reconstruire les systèmes qui permettront de protéger les enfants à l’avenir.

Robin Nandy est Conseiller principal et responsable des programmes de vaccination à l’UNICEF. Il a occupé de multiples fonctions à l’UNICEF et a notamment été Chef d’équipe pour la santé dans les situations d’urgence.

 

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