La vaccination contre la polio assure un avenir pour chaque enfant

Il est midi lorsque j’arrive au site de la campagne de vaccination contre la polio à Manono, dans la province du Tanganyika, dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC). Un groupe de musiciens divertit la foule rassemblée pour l’occasion. Des hommes, des femmes, des jeunes, des personnes âgées et des enfants de la région sont présents.

Un jeune homme prend la parole pour faire part de son expérience de la polio, une maladie contagieuse et invalidante qui est pourtant facilement évitable. Touché par son témoignage et impressionné par son implication dans la lutte contre la polio, je décide de partir à sa rencontre.

Remy Muyombi est un exploitant artisanal de coltan et de cassitérite, deux minerais précieux dont regorge la province. Marié et père de trois enfants, Remy a longtemps été opposé à la vaccination, convaincu qu’elle était un poison administré dans le but de transmettre des maladies aux enfants, voire même de les tuer. Lui et sa femme refusaient catégoriquement de faire vacciner leurs enfants lors des visites de relais communautaires dans le quartier.

Mais, un matin de janvier, Justin, le fils cadet de Remy, est tombé malade. Il n’arrivait plus à se mettre debout et même si une personne essayait de l’aider, il tombait. Remy l’a tout de suite conduit au dispensaire, pensant que le petit garçon avait une fracture des jambes.

Le diagnostic était en réalité tout autre. Justin était atteint de poliomyélite et condamné à ne plus jamais marcher. Après avoir longuement discuté avec le personnel soignant, Remy a réalisé qu’il s’était inutilement opposé à un vaccin qui sauve des vies d’enfants. A cause de croyances populaires, il avait refusé de faire vacciner ses enfants et maintenant l’un d’eux était malade. Il se sent responsable de n’avoir pas su protéger son fils.

Chaque parent devrait prendre en exemple ce qui est arrivé à mon enfant

Le petit Justin, qui a à peine trois ans, ne pourra plus jamais marcher, courir, ou jouer au foot avec ses amis. Depuis qu’il a appris que son fils n’aurait plus une enfance comme les autres, Remy s’est engagé auprès des relais communautaires de sa zone de santé pour sensibiliser les familles réfractaires à la vaccination.

Un enfant est assis sur les genoux de son père.
© UNICEF/DRC/2018/WingiRemy Muyombi, auparavant opposé à la vaccination, soutient la campagne de vaccination contre la polio depuis que son fils de 3 ans, Justin, a été atteint de poliomyélite.

Remy se rend de maison en maison pour rencontrer ces familles, leur expliquer l’importance de la vaccination et leur faire comprendre que la polio résulte de l’absence de cette dernière et non d’un acte de sorcellerie. Si besoin, Remy suspend ses activités professionnelles pour se consacrer à temps plein aux campagnes de sensibilisation et de mobilisation de la communauté.

Plus de trois millions d’enfants ont été vaccinés lors de la récente campagne de vaccination dans les provinces du Haut-Lomami, du Tanganyika, du Haut-Katanga et de Lualaba.

Cependant, un grand nombre d’enfants ne sont toujours pas protégés de maladies évitables à cause de la méfiance de certaines communautés envers la vaccination.

« Chaque parent devrait prendre en exemple ce qui est arrivé à mon enfant », souligne Remy. « En refusant de faire vacciner leurs enfants, les parents risquent de faire face au même drame. »

Serge Wingi est Chargé de Communication à l’UNICEF en République Démocratique du Congo.

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