La santé des enfants au Kasaï s’améliore enfin !

Depuis août 2016, je vis et travaille dans une zone de guerre où les pires atrocités et massacres se déroulent, touchant indistinctement femmes, enfants, civils et vieillards. Au fil des mois, la région du Kasaï a été aspirée par la violence. Cette crise nous a obligé à orienter notre plan sur les urgences, la situation d’insécurité a restreint nos missions sur le terrain, rendant difficile le suivi des activités.

Ce n’est pas la première fois que je suis confronté à la crise. Depuis des années, j’ai fait de la santé des femmes et des enfants mon cheval de bataille, dans des pays où la survie des populations est menacée par les violences et les affrontements. J’étais aux côtés de l’UNICEF Côte d’Ivoire lors des crises de 2002 et 2010 qui ont profondément ébranlé le pays. Nous avons assisté les milliers d’enfants et de femmes dans les camps de déplacés. Plus tard, en 2014, je suis venu en appui du bureau de l’UNICEF au Cameroun pour répondre aux urgences VIH à l’est et au nord du pays : plus de 20 000 réfugiés centrafricains étaient arrivés en trois semaines, fuyant les violences de leur pays d’origine. Il fallait organiser une réponse dans les camps et agir vite.

Ici au Kasaï, la crise est particulière. Des milliers de personnes ont fui suite aux pillages, à l’insécurité et à la violence. Elles se sont retrouvées dépourvues de leurs biens, sans toit où dormir et sans nourriture à donner à leurs enfants. Mais, face à cette violence, le peuple a répondu par la solidarité. Des milliers de personnes ont trouvé refuge auprès d’amis, de la famille, de connaissances et même auprès d’inconnus qui leur ont ouvert leur porte. On parle souvent de la « solidarité africaine » ; il faut venir au Kasaï pour en saisir le sens.

Mais la crise est tellement profonde que l’immense solidarité du peuple ne suffit malheureusement pas. La survie de l’enfant y est menacée. Les centres de santé ont été pillés et ne sont plus approvisionnés en vaccins et intrants médicaux, privant ainsi plus de 53 000 enfants de moins de 5 ans de soins adéquats. En outre, le personnel médical a fui et la population a peur de se déplacer.

Les enfants au Kasaï se trouvaient déjà dans une situation de vulnérabilité avant la crise. Un enfant sur cinq souffre de malnutrition chronique, un sur trois ne bénéficie pas de traitement contre le paludisme, la diarrhée et les infections respiratoires. 83% des enfants n’ont pas accès à  des vaccins de qualité. La crise actuelle ne fait qu’amplifier la vulnérabilité de ces enfants, mettant en péril leur survie et l’avenir d’une génération toute entière.

C’est là que nous devons intervenir et que je peux aider en appuyant la réponse santé et nutrition de l’UNICEF. Nous nous sommes concentrés sur Kabeya Kamuanga, au Kasaï Oriental. Située à 45 kilomètres de Mbuji-Mayi, cette zone de santé a fortement été touchée par les affrontements entre miliciens et forces de l’ordre. La santé des enfants se détériorait.

 

Nous avons alors assuré l’approvisionnement des centres de santé en médicament et matériels, le personnel médical a été formé. Très rapidement, nous avons lancé des campagnes de vaccination contre la rougeole et la polio et les cas de malnutrition ont été pris en charge dans des centres nutritionnels. Les services de maternité ont été réhabilités pour assurer que chaque naissance soit assistée et nous avons formé des relais communautaires pour atteindre les populations les plus éloignées de la zone.

Plus de 20 000 nouveaux cas de maladie ont été pris en charge gratuitement dans les différents centres de santé. En moins de 3 mois, 98% des enfants de moins de 5 ans ont été pris en charge pour le paludisme, 93% pour des infections respiratoires et 87% pour la diarrhée. Les cas les plus graves ont été référés vers l’Hôpital Général, faisant ainsi chuter la mortalité dans les communes et les centres de santé.

Grâce à la gratuité des soins, la santé des enfants et des femmes s’améliore enfin au Kasaï. Les enfants sont notre avenir. Investir pour leur santé et leur survie, c’est investir pour assurer un avenir paisible au Kasaï !

Moriba Kone est spécialiste santé au bureau UNICEF de Mbuji Mayi, en Réplique démocratique du Congo.

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Commentaires :

  1. Merci Dr pour votre dévouement à la cause humanitaire. Pour nous tous agents de santé, vous êtes un exemple. Puisse Dieu vous inspirer davantage et vous guider dans votre vie professionnelle.