La rose blanche de Syrie

« Je retournerai chez moi, l’amour reviendra », chante la voix mélodieuse d’Ansam devant une salle comble à l’opéra de Damas.

L’auditoire est subjugué par la voix de la petite chanteuse de 10 ans et l’harmonie du chœur d’une quarantaine d’enfants qui l’accompagne.

Née aveugle, Ansam vit dans la capitale syrienne après avoir dû quitter son foyer aux abords de la ville en raison des combats. La plupart des enfants du chœur ont eux aussi été déplacés au moins une fois.

La rose blanche que je tiens m’a été donnée à l’arrivée des enfants dans le théâtre. Elle est assortie aux tenues blanches des jeunes chanteurs et donne une sensation de calme, par opposition à la violence qui ravage le pays. C’est une scène élégante, bien loin du chaos de la guerre qui bouleverse la vie de ces enfants depuis près de six ans.

À l’extérieur de la salle de concert, des dessins d’enfants reflètent la réalité de la peur, de la souffrance et d’un besoin désespéré de retour à la normalité. L’expérience de la violence se juxtapose aux dessins de fleurs, rivières et maisons des temps heureux. Ces dessins ont été réalisés dans le cadre des activités psychosociales soutenues par l’UNICEF qui visent à aider les enfants à gérer les horreurs auxquelles ils sont exposés.

Le cauchemar de la guerre peut ressurgir chaque jour, à tout moment. Les combats se poursuivent sans relâche à quelques kilomètres de là, dans les banlieues assiégées de Damas. Pour ces enfants, pour tout le monde, l’incertitude de cette vie au cœur du conflit est insupportable.

L’absurdité de la guerre, cette tragédie, est toute entière dans ce moment : les enfants qui chantent devant le public en cette soirée réalisent leur rêve d’enfant tandis qu’ailleurs dans le pays, d’autres se cachent dans des caves pour rester en vie. Malheureusement, de nombreux enfants, y compris ceux qui se trouvent aujourd’hui sur scène, ont fait cette expérience à un moment ou un autre durant le conflit syrien.

Ansam et les enfants à travers le pays font de leur mieux pour continuer à vivre et surmonter leur peur. Finalement, ils ont les mêmes attentes que n’importe quel enfant. Ils n’ont pas de préjugés et ne se préoccupent pas de savoir qui vient de Damas, d’Alep ou d‘Idlib.

Je fais la connaissance de Mohammed et de Mahmoud, 12 ans, dans un centre géré par une ONG avec le soutien de l’UNICEF dans une banlieue située au sud de Damas. Ils ont accompagné leur mère pour toucher l’allocation mensuelle en espèces à laquelle ils ont droit en tant que personnes déplacées dans cette zone. Les 5 000 livres syriennes (10 dollars) allouées à chaque enfant sont d’un grand secours pour couvrir les besoins essentiels de la famille.

Les deux garçons vivaient dans la ville assiégée de Madaya, où la lutte pour survivre au quotidien a fait de nombreuses victimes. Elle est située à 30 minutes à peine de Damas mais seuls quelques convois humanitaires atteignent sporadiquement la ville et il faut négocier pendant des heures pour passer les points de contrôle.

Le chœur des enfants en train de chanter.
UNICEF/FrickerLe concert des enfants à Damas à l’occasion des 70 ans de l’UNICEF.

Au cours de la dernière distribution d’aide humanitaire à la ville – médicaments, nourriture et fournitures scolaires –, le 28 novembre 2016, le personnel de l’UNICEF a pu se rendre compte de lui-même de la façon dont les enfants luttent pour survivre.

Des enfants dont la situation nutritionnelle se détériore en permanence tandis que l’approvisionnement régulier en biens essentiels pour la santé se fait de plus en plus difficile. Des enfants malades ou blessés qui ne peuvent accéder aux soins médicaux dont ils ont besoin, à quelques centaines de mètres à peine.

D’une certaine façon, Mohammed et Mahmoud ont eu de la chance : ils ont pu fuir quand il était encore temps. Ils sont aujourd’hui fiers d’annoncer qu’ils vont à l’école. Tout espoir n’est pas perdu. C’est une quête de normalité à laquelle les enfants refusent de renoncer, même dans les zones assiégées où ils sont obligés de se réfugier dans des caves pour pouvoir étudier et jouer dans une sécurité relative.

Ayant toute leur vie devant eux, les enfants de Syrie peuvent encore s’imaginer un avenir. Qui ne peut être que plus radieux. Comme le chante Ansam : « tout ce que nous traversons prendra fin ».

 

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