Un grand jour pour l’Afrique : l’éradication de la polio est proche

Il y a un an aujourd’hui que le dernier cas de poliovirus sauvage a été détecté en Afrique. Le dernier signalement remonte au 11 août 2014 en Somalie.

Quelle réussite extraordinaire ! Voilà un vrai symbole des progrès accomplis sur le continent africain ces dernières années.

Mais ce n’est pas uniquement grâce à un vaccin que nous avons accomplis cette tâche ; c’est aussi grâce au travail inlassable de centaines de milliers de bénévoles, dirigeants traditionnels et religieux au niveau de la communauté, conjugués à l’engagement et la détermination des gouvernements locaux et nationaux. Sur le plan international, on compte de nombreux partenariats entre l’OMS, le Rotary International, les Centres for Disease Control, la Fondation Bill et Melinda Gates et l’UNICEF, ainsi que de généreuses contributions provenant de donateurs publics et privés.

Monyaguek, âgée d’un mois, au Soudan du Sud, dans les bras de sa mère pendant qu’elle reçoit une dose de vaccin oral contre la polio
© UNICEF/NYHQ2011-2460/SokolMonyaguek, âgée d’un mois, au Soudan du Sud, dans les bras de sa mère pendant qu’elle reçoit une dose de vaccin oral contre la polio

Le mois dernier, nous avons félicité le Nigéria pour avoir réussi à passer un an sans le moindre cas de polio sauvage, malgré les défis considérables posés par l’insécurité dans le nord-est du pays. Nous avons également constaté une interruption de l’épidémie de polio au Cameroun, en Guinée équatoriale et dans la Corne de l’Afrique, et cela grâce au professionnalisme, au savoir-faire et au courage du personnel de l’UNICEF et de ses partenaires.

Au niveau mondial, nous sommes sur le point d’éradiquer complètement une maladie pour la seconde fois dans l’histoire. En attendant l’approbation des Objectifs de développement durable par l’Assemblée générale, nous avons là une merveilleuse occasion d’encourager la communauté internationale à se fixer des objectifs ambitieux et reconnaître que de tels objectifs peuvent être atteints… si nous y croyons.

En novembre, je finis près de 40 ans de carrière dans le domaine du développement. Je suis parti pour Khartoum le 15 août 1977. J’ai beaucoup voyagé au Soudan au cours des mois et des années qui ont suivis (sur le toit des camions, en train, au volant d’une Land Rover sur des routes quasiment impraticables, ou à bord d’un bateau à aubes sur le Nil). Lors de ces voyages, j’ai pu apprécier l’étendue de ce grand pays mais j’ai aussi compris les épreuves et l’isolement subis par un grand nombre de sa population. J’ai quitté le Soudan en 1983 au moment où la guerre civile éclatait, et je suis revenu en 2007 en tant que Directeur des programmes de l’UNICEF dans la région sud du pays (encore unifié à l’époque).

En 2008, une épidémie de polio a fait son apparition dans l’État de Jonglei, près de la frontière éthiopienne. Il est difficile de décrire à quel point cette région est isolée : une grande étendue de marais, de vastes plaines pour la culture du coton qui deviennent infranchissables après la pluie, de grands espaces depuis longtemps en butte à l’insécurité. Malgré tous ces défis (insécurité et conflit en continu encore à ce jour), l’épidémie de polio a été contenue et pas le moindre cas de polio sauvage n’a été signalé dans ce pays, que nous connaissons aujourd’hui comme la nation indépendante du Soudan du Sud.

De telles réalisations extraordinaires, également observées un peu partout en Afrique, sont à l’origine de la célébration d’aujourd’hui.

C’est une étape importante mais le travail n’est pas terminé. Le Nigéria doit encore attendre deux ans sans le moindre cas de polio sauvage pour obtenir la certification « sans polio », tout comme le reste du continent africain. Pour atteindre cet objectif, le Nigéria – ainsi que tous les autres pays à risques – devront maintenir une surveillance forte, œuvrer plus que jamais à améliorer les campagnes de vaccination, et prendre des mesures décisives en cas de nouvelles épidémies. Tous les pays doivent redoubler d’efforts pour améliorer la vaccination de routine.

Maintenant que l’Afrique est sur le bon chemin, il ne reste que deux pays dans lesquels la transmission de la polio n’a jamais été interrompue : le Pakistan et l’Afghanistan. Malgré de nombreux défis dans ces deux régions, les communautés, les gouvernements et les partenaires travaillent avec courage et détermination pour éradiquer la polio une bonne fois pour toutes. L’anniversaire que nous fêtons aujourd’hui en Afrique nous donne raison de croire qu’ils peuvent y arriver, eux aussi.

Peter Crowley est responsable du programme polio de l’UNICEF.

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Commentaires :

  1. c’est véritablement un très grand soulagement que l’on puisse réellement éradiquer la polio de nos contrées. je vie avec les séquelles de la polio depuis l’âge de 2 ans. je regrette un peu de n’avoir pas pu naître à cette époque. malgré le deuil que j’ai fait de mon handicap, les séquelles démeurent pour me rappeler cette période sombre de ma vie.
    je nourris maintenant l’espoir que dans un avenir proche, on puisse trouver un remède pour guerrire les séquelles de la polio.