Inondations au Soudan du Sud : le cauchemar continue

Après les pluies abondantes de la nuit précédente, elle portait dans ses bras un bébé enveloppé dans un châle rose. Elle restait silencieuse, au milieu de l’agitation de ses voisins en plein nettoyage. Appareil photo à la main, je suis allée vers elle en pataugeant péniblement dans une eau boueuse m’arrivant jusqu’aux cuisses. Read this article in English.

« Je suis restée debout toute la nuit à porter mon bébé », m’a-t-elle expliqué, « je ne pouvais le poser nulle part à cause de la hauteur des eaux de crue ».

Alors que je retournais vers le principal cours d’eau, un homme portant sur son dos un sac de de 100 kg de céréales s’enfonçait dans la boue argileuse. Il avait du mal à rester debout, mais n’a pas une seule fois fait tomber les céréales, aidé par un autre homme.

Les abris du site de protection des civils de Bentiu restent en grande partie inondés, aggravant les conditions de vie des – environ – 40 000 personnes déplacées du site et le risque de maladies transmises par l’eau.
© UNICEF/NYHQ2014-1304/NesbittLes abris du site de protection des civils de Bentiu restent en grande partie inondés, aggravant les conditions de vie des – environ – 40 000 personnes déplacées du site et le risque de maladies transmises par l’eau.

Une bagarre a éclaté, un jeune garçon en a blessé un plus âgé à la cheville avec une brouette. L’esprit échauffé, usés par le manque de sommeil sur le site, ses habitants commencent la reconstruction au lendemain des dégâts causés par les tempêtes.

Peut-être n’était-ce qu’une autre journée en enfer pour les personnes en quête de protection à Bentiu ? Elles sont venues vivre dans ce marécage suite aux terrifiantes journées qui ont suivi le 15 décembre 2013, lorsque le malaise politique a tourné à la violence à Djouba et s’est rapidement étendu aux dix États du Soudan du Sud.

Le site de protection des civils de Bentiu.
© UNICEF/NYHQ2014-1304/NesbittLe site de protection des civils de Bentiu.

Quand la population de Bentiu s’est ruée aux portes de l’enceinte des Nations Unies et quand ses portes se sont ouvertes, personne n’aurait pu imaginer le caractère si inhospitalier de ce sol marécageux. Mais forcés de choisir entre une mort violente presque certaine ou la vie derrière des barbelés protecteurs, beaucoup ont choisi d’essayer de survivre. Certaines journées sont pires que d’autres, même ici.

Une partie du site de protection des civils qui n’était que très boueuse la veille, se trouvait désormais recouverte d’eau à hauteur des genoux. La saison des pluies a apporté une eau sale, peu hygiénique, à peine plus propre que des eaux usées.

Le 24 août, deux jours après des pluies abondantes, une vue aérienne montre que les inondations à l’intérieur et autour du site de protection des civils de Bentiu, au Soudan du Sud, restent importantes.
© UNICEF/NYHQ2014-1304/NesbittLe 24 août, deux jours après des pluies abondantes, une vue aérienne montre que les inondations à l’intérieur et autour du site de protection des civils de Bentiu, au Soudan du Sud, restent importantes.

Tout autour, j’ai vu des personnes faire des barrages de boue pour retenir l’eau, et écoper l’eau avec, au mieux, un seau, et, au pire, une assiette à soupe. Les enfants et les adultes travaillaient ensemble, chaque foyer rebâtissant un endroit sûr, au moins jusqu’à la prochaine saison des pluies.

Une des associations de femmes du camp de Bentiu a parlé d’un choix plus difficile à faire pour les femmes, à cause du risque de viol et de mort à l’extérieur du camp en allant chercher le bois; ou du fait de voir leurs enfants mourir de faim puisqu’elles n’avaient pas de quoi préparer la nourriture obtenue via leur carte de rationnement.

Le 23 août, Mayok Kulang Ket, équipé de galoches, est assis sur un lit du bureau inondé de l’UNICEF WASH du site de protection des civils à Bentiu.
© UNICEF/NYHQ2014-1304/NesbittLe 23 août, Mayok Kulang Ket, équipé de galoches, est assis sur un lit du bureau inondé de l’UNICEF WASH du site de protection des civils à Bentiu.

Deux jours après mon départ de Bentiu, un hélicoptère des Nations Unies s’est écrasé, probablement abattu. Mon cœur s’est serré. Combien de temps allait-il falloir avant que ces vols d’hélicoptères pour la survie ne fonctionnent à nouveau ? La population du site est dépendante des approvisionnements par voie aérienne de l’extérieur.

Vers la fin de cette journée sur le site, je suis allée retrouver la mère qui portait son bébé dans un châle rose. Elle était partie chercher un endroit plus sec où construire son abri. Je savais qu’il y avait peu de chances qu’elle en trouve un. L’herbe qui semblait si accueillante autour de l’enceinte de la MINUSS (Mission des Nations Unies au Soudan du sud) baignait en réalité dans l’eau jusqu’à hauteur de la poitrine, par endroits. Encore des marécages.

Les personnes vivent ici par crainte de ce que leur réserve la vie à l’extérieur du site, même si cela implique de devoir rester debout toute la nuit.

Christine Nesbitt est Directrice de la photographie à l’UNICEF. Elle était à Bentiu, au Soudan du sud, du 20 au 24 août 2014.

Pour voir plus d’images de l’UNICEF, rendez-vous sur UNICEF Photography.

Mots-clés :

Réagir à cet article

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont annotés « obligatoire. »