« Impossible de rentrer chez nous, alors il nous faut une école pour nos enfants. »

Le village de Hasansham, qui, il y a quelque mois encore, était le théâtre de violents combats, a pris un air surréaliste.

Il se situe dans une belle vallée apparemment calme, où d’austères rochers affleurent çà et là. Ses maisons de couleur sable un peu terne ou en béton non recouvert se fondent dans le paysage. Quand on arrive sur place en voiture, il faut donc quelques instants pour comprendre ce qui ne va pas : certaines maisons sont intactes, tandis que d’autres ne sont plus qu’un champ de ruines et que bon nombre se sont effondrées sur leurs fondations, comme si soudain elles étaient lasses de se tenir debout.

Une file de gens dans une rue poussiéreuse.
UNICEF Iraq/2016/NilesUn jeune garçon fait la queue pour obtenir des services essentiels au camp de Khazir.

Mais le village est désert, car il est encore dangereux d’y retourner.

En revanche, il y a foule dans le nouveau camp bien éclairé de Hasansham, situé à environ un kilomètre de là.

Des véhicules particuliers sont garés un peu au hasard sur la colline qui jouxte l’entrée principale. Leur plaque d’immatriculation verte indique qu’ils viennent de Mossoul. Plusieurs sont remplis à ras bord de biens personnels et affichent toujours le drapeau blanc des non-combattants.

Dans le camp, on voit des files partout.

Les gens font la queue pour obtenir de la nourriture, de l’eau, des couvertures et des matelas. La rue principale, tracée récemment, est pleine de monde qui ploie sous le poids d’eau en bouteille, de sacs de riz et d’appareils de chauffage. Dans une rue adjacente, l’UNICEF et ses partenaires distribuent rapidement plus de 500 trousses d’urgence qui contiennent assez d’articles ménagers pour servir 2 204 personnes pendant une semaine.

Nous avons visité l’espace d’apprentissage temporaire du camp, aménagé dans des tentes qui servent aussi de logements, à cause de la pénurie d’abris. Apparemment peu soucieux de cet inconvénient, des dizaines d’enfants jouent gaiement sous le faible soleil d’automne, les garçons pratiquant la gymnastique et les filles, la corde à sauter, soulevant de petits nuages de poussière sous leurs pieds.

Il ne fera plus si chaud et sec bien longtemps, car les hivers iraquiens sont froids et humides. Et comme la vallée a un sol argileux, elle ne sèche pas facilement.

L’inquiétude face au changement de saison était évidente plus tôt ce matin-là, lorsque nous avons visité le camp voisin de Khazir, qui est plein à craquer. Conçu pour quelque 6 000 personnes, il en loge à peu près 8 500, qui sont arrivées en quelques jours seulement. La veille, 2 500 d’entre elles y sont entrées en masse et les autorités du camp ont dû se précipiter pour loger tout le monde.

Nous avons rencontré Bushra dans l’une de ces longues files d’attente. Arrivée au camp depuis moins d’une semaine avec ses cinq jeunes garçons, elle a marché pendant sept heures pour s’y rendre. Elle manque de tout, notamment d’un réchaud pour cuisiner. Elle s’inquiète aussi de ce que vont porter ses enfants quand le froid s’installera. Certaines de ses camarades dans la file d’attente soulèvent leur abaya pour nous montrer leurs pieds chaussés de simples sandales, puisqu’elles sont venues là sans chaussures.

Il est difficile pour moi de rendre justice à la grâce, la résilience et la bonne humeur étonnante dont font preuve les Iraquiens face à cette crise qui malmène leur pays depuis deux ans. Bushra et ses amies en sont des exemples parfaits.

Il est vrai qu’elles se plaignent de leurs conditions de vie. Il est vrai aussi qu’elles ont littéralement tout laissé derrière elles et doivent faire la queue pour obtenir tout ce qu’il faut pour vivre. Pourtant, elles n’ont pas perdu leur gaieté, leur ouverture d’esprit et leur amabilité, et gardent les yeux résolument tournés vers l’avenir. Quand nous leur avons demandé ce qui les inquiétait le plus pour leurs enfants, elles nous ont répondu à l’unisson, sans l’ombre d’une hésitation : « l’éducation ».

Même si elles n’ont pas de chaussures, de douche, de réchaud ou de toilette bien à elles, leur premier souci reste l’éducation de leurs enfants. « Notre priorité absolue, c’est l’école », affirme Bushra. « Impossible de rentrer chez nous, alors il nous faut une école pour nos enfants. »

Chris Niles est spécialiste de la communication d’urgence au bureau de l’UNICEF en Iraq.

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