Histoires de vie et de mort des enfants migrants en Italie

Pour une fois, l’anxiété et le désespoir ont laissé place à la célébration. Pour une fois, nous avons applaudi devant une vie nouvelle, un espoir nouveau dans le drame de la vie et de la mort qui se joue pour les enfants migrants en Méditerranée centrale.

L’équipage du Luigi Dattilo, un navire de la garde côtière italienne qui a sauvé des milliers de réfugiés et de migrants en les empêchant de sombrer dans les eaux traîtresses de la Méditerranée centrale, nous a appris la bonne nouvelle au petit matin : ils ont aidé deux Érythréennes à accoucher à bord. Une femme a elle aussi accouché d’un petit garçon juste après être arrivée à Catane. Les garde-côtes étaient aux anges et ont voulu partager leur joie avec nous. Ils nous ont raconté que l’espace ami des enfants que l’UNICEF a aménagé sur le navire leur avait bien servi et qu’ils avaient distribué aux mamans quelques poupées fournies par l’UNICEF pour leurs bébés.

À Catane, le personnel de santé s’est occupé des trois bébés et des très jeunes mères, qui se portent bien et les naissances ont été enregistrées. Les bébés nés en Italie prennent la nationalité de leur mère, mais obtiennent un certificat de naissance italien.

Dans un lit de camp, un garçon dort avec un ourson
L’un des adolescents seuls qui arrivent par centaines au centre de Reggio chaque semaine.

Ce genre d’heureux événements est trop rare. Le plus souvent, il s’agit de tragédies. Quelques heures après la naissance des petits Érythréens, une mère nigériane était en deuil, en larmes, et racontait à ses sauveteurs que la vie ne valait plus la peine d’être vécue sans ses deux enfants. Dans le chaos de sa funeste traversée, elle avait pourtant tenté de toutes ses forces de retenir par la main ses deux petits garçons, âgés de trois et quatre ans, mais ils ont glissé dans la mer, qui sera désormais leur dernier repos. Ceux qui prennent soin d’elle à Reggio Calabria disent que la douleur est en train de lui faire perdre la tête. Une douleur trop lourde à porter.

Les centaines d’adolescents seuls qui arrivent ici chaque semaine ont subi de dures épreuves, eux aussi. De prime abord, ils semblent forts, énergiques, déterminés. Ils me montrent l’étiquette de plastique, autour de leur cou, qui porte le nom de leurs proches au Royaume-Uni, en Suède, en Allemagne. Ils me disent qu’ils veulent étudier, travailler, aussi, s’intégrer à la société italienne. Mais à la fin de leur voyage impossible, après avoir échappé au naufrage et connu les coups, la violence et l’horreur, ils s’effondrent et se recroquevillent sur les lits de camp du centre d’accueil, un ourson à la main. On comprend alors qu’ils ne sont encore que des enfants. Déracinés de surcroît, face à un avenir incertain et inquiétant, dans un pays étranger, entourés de langues qu’ils ne comprennent pas.

On les loge dans des centres si surpeuplés qu’il est impossible d’y assurer des normes acceptables. Les disputes sont inévitables : ces derniers jours, 40 nouveaux arrivants à Reggio Calabria ont été emmenés dans un centre où d’autres enfants non accompagnés vivaient depuis des mois. La violence a éclaté, on les a chassés, ils ont dû occuper un abri temporaire, dehors. Il leur faudra aussi attendre leur audience, plus que les 60 jours prévus par la loi italienne, pour que leur intérêt supérieur soit déterminé et qu’un tuteur soit nommé, un processus ce qui peut prendre jusqu’à un an. Alors ils partent seuls vers d’autres régions d’Europe. Pour répondre à leurs besoins, les provinces méridionales de l’Italie, qui accueillent la majeure partie des enfants non accompagnés et séparés de leurs parents, devraient nommer sept nouveaux tuteurs par jour. Mais elles peinent à composer avec le problème. L’UNICEF fait tout son possible pour renforcer les systèmes afin de déterminer les besoins de ces enfants, trouver des familles d’accueil et nommer des tuteurs plus rapidement. C’est un rude combat pour les autorités.

Tout cela peut être accablant, mais quand on s’extasie devant un nouveau-né, on ne peut que chérir la vie. C’est ce qui nous motive à faire toujours plus, à faire toujours mieux.

Sabrina Avakian est spécialiste de la protection de l’enfance à Reggio Calabria, en Italie.

 

 

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