Grâce à l’éducation, Hadiza et Moustapha se projettent dans l’avenir

Moustapha aime retrouver ses amis pour un petit match de football avant le début des cours dans ce camp qu’il considère maintenant comme son foyer. Sa mère et ses frères et sœurs ont fui ici lorsque des partisans de Boko Haram ont détruit leur maison et tué son grand-père puis son père, qui essayait de sauver quelques affaires dans leur boutique.

Lorsque Moustapha, 12 ans aujourd’hui, est arrivé dans le camp, il faisait des cauchemars – un mélange confus de rêves dans lesquels son père le poursuivait et essayait de le tuer –, signe évident du traumatisme qu’il avait vécu.

L’école a procuré un moyen d’évasion à Moustapha et à ses jeunes amis qui ont tous fait l’expérience d’une violence épouvantable sous la coupe de Boko Haram. Mais le conflit qui touche le nord-est du Nigéria est d’une telle complexité que les réponses traditionnelles aux besoins des personnes déplacées, en particulier des enfants comme Moustapha, sont ici sans effet.

Un jeune garçon devant un bâtiment, qui regarde le photographe
La mère de Moustapha lui dit qu’il a besoin de s’instruire pour pouvoir réussir dans la vie..

Les enfants déplacés n’ont pas seulement besoin d’apprendre à lire et écrire

Depuis le début du conflit en 2009, les rebelles de Boko Haram ont commis des actes d’une violence inouïe. Plus de 2,3 millions de personnes, dont une majorité d’enfants, ont été contraintes de quitter leur foyer.

Au-delà des menaces quotidiennes liées au conflit, les enfants sont extrêmement vulnérables au recrutement et à l’exploitation par des forces armées et endurent les effets les plus brutaux de cette politique de violence. Il est donc très difficile de protéger les enfants dans cette région et de les aider à se reconstruire lorsqu’ils ont réussi à fuir.

La mère d’Hadiza fait partie des nombreux parents qui tentent de protéger leurs enfants de cette violence. Elle a dû fuir avec sa fille le jour où Boko Haram a attaqué leur maison et tué son mari. Après l’attaque, elles ont réussi à trouver le chemin de Muna Garage, un camp de déplacés.

« Nous menions une vie paisible avant Boko Haram. Un jour, ils sont arrivés et ont commencé à tuer des gens », se souvient-elle. « Nous étions dans une situation de crise, ça ne me plaisait pas de voir ma fille déscolarisée. »

Après l’attaque de leur village par Boko Haram, Hadiza et sa mère ont fui vers le camp de Muna Garage où Hadiza a finalement pu retourner à l’école.l.
Après l’attaque de leur village par Boko Haram, Hadiza et sa mère ont fui vers le camp de Muna Garage où Hadiza a finalement pu retourner à l’école..

Lorsqu’elles sont arrivées dans le camp et ont commencé à se remettre du traumatisme direct de leur calvaire, la mère d’Hadiza l’a immédiatement inscrite à l’école. L’école est devenue une force et un ancrage dans leurs vies à toutes les deux, et Hadiza est une élève modèle.

« Je suis tellement fière de la voir enfiler son uniforme le matin », se réjouit sa mère, rayonnante. « Le soir, elle fait ses devoirs, assise à côté de moi. »

Pour des enfants comme Moustapha et Hadiza, le retour à l’école offre un semblant de structure et de sécurité dans leur vie. En plus des cours quotidiens, leurs professeurs dévoués utilisent des jeux et des activités manuelles pour les aider à se remettre des événements et leur permettre de commencer à penser à l’avenir. Hadiza rêve de devenir docteur et de laisser loin derrière elle le traumatisme de son expérience. Moustapha, lui, a une approche plus philosophique : il pense que l’éducation est le moyen de ramener la paix au Nigéria.

 

Patrick Rose est le spécialiste de la communication de crise auprès du bureau régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et centrale qui couvre les situations d’urgence dans la région, y compris le bassin du lac Tchad

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Commentaires :

  1. Petite contribution à votre article : plasticienne j’ai réalisé une oeuvre intitulée « Hommage à Malala » sur les terribles enlèvements des jeunes lycèennes par Boko Haram, en écho au grand combat pour l’éducation des filles de Malala Yousafzai. Une installation que j’ai pu présenter à 400 lycéens français pour la Journée des Femmes 2018. L’action est aussi la pédagogie et le débat.

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