“Grâce à l’éducation, les enfants autochtones deviendront des leaders”

Entretien avec Marius Biyekele, Spécialiste de la protection de l’enfance pour l’UNICEF et point focal du Partenariat des Nations Unies pour les peuples autochtones (UNIPP) en République du Congo. L’UNIPP est un partenariat entre l’Organisation internationale du travail (OIT), le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) et le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA). Le partenariat met en œuvre des initiatives en faveur des peuples autochtones au niveau national, régional et international. Read this interview in English. 

Les populations autochtones de la République du Congo sont une minorité ethnique menant une vie semi-nomade dans les parties reculées des forêts profondes du pays. Très marginalisées, ces populations souffrent d’une extrême pauvreté et d’un manque d’accès aux services sociaux de base (soins de santé, éducation, protection etc.), ainsi qu’aux ressources et à l’information dont elles ont besoin pour exercer leurs droits. Les enfants autochtones sont touchés de manière disproportionnée par le manque de services de santé et d’une alimentation nutritive : environ 50 pour cent souffrent de malnutrition chronique et plus de 25 pour cent meurent avant l’âge de cinq ans.

Marius Biyekele, Spécialiste de la protection de l’enfance pour l’UNICEF au Congo, détaille le travail de l’UNICEF pour améliorer la vie des populations autochtones à travers ses programmes et son rôle d’institution coordinatrice au niveau national de l’UNIPP.

Que fait l’UNICEF pour améliorer les conditions de vie des populations autochtones au Congo, et plus particulièrement celles des enfants?

L’UNICEF est actif sur la question des peuples autochtones au Congo depuis le début des années 2000, en soutenant au niveau national la documentation de la situation et la définition de politiques et stratégies nationales inclusives. Sur le terrain, l’UNICEF met en œuvre dans des zones pilotes un ensemble de services essentiels dont les communautés autochtones ont urgemment besoin. Cet ensemble comprend les soins de santé, la vaccination, les services liés à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène, l’éducation de base pour les enfants, l’enregistrement des naissances, et la diffusion de l’information sur les droits fondamentaux et comment faire appliquer ces droits. Ce dernier point est très important, car de nombreuses communautés autochtones ignorent l’existence de leurs droits.

Pour les enfants, la priorité porte bien sûr sur les services de santé, et sur l’accès à l’éducation. L’éducation est extrêmement importante, car elle est la clé pour développer les capacités des communautés à revendiquer leurs droits et améliorer leur vie de manière durable.

A registration worker completes birth registration forms for indigenous children. © UNICEF/NYHQ2009-0832/Williams
Un travailleur chargé de l’enregistrement des naissances complète des formulaires pour des enfants autochtones. © UNICEF/NYHQ2009-0832/Williams

L’UNIPP a récemment organisé une conférence à New York dans le cadre de la treizième session du Forum permanent des Nations Unies sur les questions autochtones. Quelles sont les initiatives de l’UNIPP en faveur des populations autochtones au Congo et quel rôle joue l’UNICEF au sein du Partenariat?

L’UNICEF joue un rôle majeur au sein de l’UNIPP au Congo en tant qu’institution coordinatrice du Partenariat au niveau national. Le Partenariat travaille en amont pour produire des informations stratégiques sur les enjeux auxquels font face les peuples autochtones ; pour accroître la visibilité de ces questions au niveau national; et pour catalyser les politiques et l’action gouvernementale. Par exemple, l’UNICEF, avec l’ensemble des partenaires concernés, a joué un rôle clé dans
l’intégration des questions relatives aux populations autochtones dans le Plan national de développement 2012-2016.

Récemment, le pays a réalisé un grand pas en avant avec l’adoption par le gouvernement d’un plan d’action national d’amélioration de la qualité de vie des populations autochtones 2014-2017. Ce plan a été élaboré sur la base de consultations nationales avec les populations autochtones organisées par l’UNIPP en août 2013. Les domaines prioritaires de ce plan d’action ont été déterminés par les peuples autochtones eux-mêmes : la santé, l’éducation, la citoyenneté, le développement économique et l’accès à la justice et à la terre.

Le gouvernement a également adopté en 2011 une loi pour la protection des populations autochtones, la première en Afrique. Cette loi a été élaborée sur la base des consultations nourries avec les populations autochtones elles-mêmes, du plaidoyer intense et du dialogue constructif avec les institutions du pays. L’UNIPP soutient maintenant le gouvernement pour appliquer cette loi. En ce sens et en partenariat avec le Réseau National des Populations Autochtones du Congo (RENAPAC), l’UNICEF a également aidé à établir, huit projets de décrets ont été élaborés, discutés et finalisés, en attente de publication par le gouvernement. Au demeurant, notre objectif est que le gouvernement alloue les fonds nécessaires afin d’appliquer effectivement et efficacement cette loi.

À cet égard, nous voulons, pour la prise de conscience par tous, sensibiliser à cette loi les magistrats, les juges, les travailleurs sociaux et de la santé et, par-dessus tout, les populations autochtones elles-mêmes et l’ensemble des citoyens congolais.

A woman from the indigenous Baka settlement holds her sleeping baby. © UNICEF/NYHQ2009-2528/Williams
“L’éducation est au cœur de la question. Avec l’éducation, nous aurons des enfants autochtones qui auront eu l’occasion d’aller à l’école, qui seront conscients des problèmes auxquels font face leurs communautés, qui seront conscients de leurs droits, et qui pourront devenir des porte-paroles et des dirigeants.” – Marius. © UNICEF/NYHQ2009-2528/Williams

Quels ont été pour vous les faits saillants de la treizième session du Forum permanent des Nations Unies sur les questions autochtones?

Cet événement a été très utile car il nous a permis de faire part de nos expériences au Congo, et d’en apprendre plus sur les défis et les avancées dans d’autres pays, en particulier en Amérique latine, où la question des peuples autochtones est importante et mieux avancée. En fait, les peuples autochtones font face à des problèmes similaires de par le monde.

Nous avons également été en mesure de relayer les voix des populations autochtones à la communauté des bailleurs de fonds et de mettre en valeur notre travail. A ce stade, nous avons besoin de recueillir leur soutien financier afin de continuer à bâtir sur les acquis et l’élan établi, et de raffermir davantage l’action de notre gouvernement.

Comment aimeriez-vous voir évoluer la situation pour les populations autochtones du Congo à l’avenir et quelles innovations seraient-elles utiles pour faire avancer les choses?

Il y a un peu plus de dix ans, nous ne parlions même pas des populations autochtones au Congo, le sujet était trop sensible. Mais notre gouvernement a eu le courage de reconnaître l’injustice sociale historique à laquelle ces populations sont confrontées. La reconnaissance sociale et politique de ces communautés est désormais acquise.

Mais nous en sommes encore au tout début. A l’heure actuelle, les innovations les plus élémentaires seraient utiles, tels que des outils simples pour enregistrer des naissances lorsque les communautés se déplacent, et pour documenter les faits de discrimination afin de pouvoir y remédier. Il serait également utile de répertorier, de créer des cartes indiquant les sites sacrés des communautés autochtones afin que ces lieux ne soient pas détruits par l’exploitation non maîtrisée de la forêt.

Pour l’instant, nous devons mobiliser les ressources nécessaires pour apporter des solutions concrètes. Le développement humain est un processus de longue haleine et nous devons continuer à investir. Avant tout, nous devons investir dans l’éducation et dans le renforcement des capacités des populations autochtones, afin que celles-ci connaissent leurs droits et sachent les faire valoir, et qu’elles aient le pouvoir de participer activement dans le processus de leur propre développement.

Je suis convaincu que dans les années à venir, le Congo ouvrira la voie pour faire avancer les droits des peuples autochtones.

* Source of data: Analyse de la situation des enfants et des femmes autochtones, UNICEF 2008 (p.14)

Pour plus d’informations sur le rôle de l’UNICEF au sein de L’UNIPP, veuillez contacter Nicola Brandt: nbrandt@unicef.org

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