Gifler un enfant : discipline ou maltraitance?

Du côté législatif, on progresse vers l’élimination des punitions violentes infligées aux enfants dans leur famille, à l’école et dans d’autres contextes. Fin 2014, les punitions corporelles au sein de la famille étaient interdites dans 44 pays, dans les crèches et autres lieux accueillant des enfants dans 50 pays, dans les écoles dans 122 pays, et dans les institutions pénitentiaires dans 130 pays.Pratiquement toutes les cultures et toutes les religions enseignent aux enfants une version ou une autre de la « règle d’or » – il faut traiter les autres de la même manière qu’on souhaite soi-même être traité. Qu’apprenons-nous par conséquent aux enfants quand nous avons recours à des châtiments corporels pour les discipliner ? Que recourir à l’agression est une manière valide de résoudre un problème ? Que si quelqu’un fait quelque chose qui nous déplaît, il est acceptable de les frapper ?

Ces questions sont trop importantes pour être traitées judicieusement dans le cadre d’une entrée de blogue aussi brève, mais ce sont des questions que de nombreux téléspectateurs des États-Unis se posent probablement à eux-mêmes et les uns les autres à la lumière de la diffusion du nouveau mini-feuilleton de la chaîne NBC intitulé The Slap (« La gifle »), qui a commencée jeudi 12 février dans ce pays.

Le ressort dramatique de l’émission, qui s’inspire d’un roman et d’un feuilleton télévisé australiens, repose sur un incident qui se produit pendant un barbecue dans le jardin d’une maison : un adulte corrige un enfant déchaîné – qui n’est pas son propre fils – en lui donnant une gifle. L’intrigue qui se développe ensuite sur huit épisodes voit la famille et les amis choisir leur camp, certains étant d’accord que cet enfant turbulent avait besoin d’être ramené fermement dans le droit chemin, les autres protestant que l’usage de la force par un adulte contre un enfant n’est jamais justifié. Le groupe d’amis très proches à l’origine se trouve rapidement profondément divisé par ce qui arrive ensuite.

Bien qu’il s’agisse d’une fiction inventée pour le petit écran, nous avons des preuves que son contenu illustre un scénario habituel et inquiétant dans de nombreux pays du monde. L’UNICEF a publié l’année dernière l’ensemble de données le plus exhaustif sur les punitions violentes des enfants recueilli jusqu’à maintenant. Les chiffres démontrent clairement que les châtiments corporels sont la forme de violence la plus commune subie pendant l’enfance.

Les résultats de cette enquête menée dans 62 pays indiquent que près d’un milliard d’enfants âgés de 2 à 14 ans avaient subi une forme ou une autre de châtiments corporel à la maison dans le mois précédent la collecte de ces données.

L’utilisation de la force physique aux fins de discipline, aussi connue sous la désignation de punitions corporelles, est définie par le Comité de l’ONU sur les droits de l’enfant comme « tous châtiments impliquant l’usage de la force physique et visant à infliger un certain degré de douleur ou de désagrément, aussi léger soit-il. »

Environ quatre enfants sur cinq avaient été punis physiquement ou soumis à une agression psychologique, alors que 17 % d’entre eux avaient subi un châtiment corporel sévère (par ex. être frappés à tête, au visage ou sur les oreilles, ou frappés durement et de manière répétée).

 

Les effets de nombreuses formes de violence peuvent se faire sentir tout au long de la vie et même passer de génération en génération. Il existe de nombreuses preuves qui montrent que la violence exercée aux fins de discipline est associée entre autres conséquences négatives à une mauvaise santé physique ou mentale plus tard dans la vie, une augmentation de la violence et des agressions et une détérioration des rapports familiaux.

Un fait intéressant révélé par notre analyse de ces données est que de nombreux enfants sont soumis à des châtiments corporels même quand les parents ne l’estiment pas vraiment nécessaire. Cela semble défier la logique, mais cela peut s’expliquer par le fait que de nombreux parents sont dépourvus d’alternative, faute de méthodes disciplinaires non violentes.

C’est la raison pour laquelle l’UNICEF fait la promotion de stratégies qui consistent par exemple à aider les parents, les aidants naturels et les familles à mieux comprendre les premières étapes du développement de l’enfant et à leur enseigner comment établir des interactions positives entre parents et enfants, y compris en utilisant des méthodes de discipline non violentes.

Un de ces programmes ciblait des familles de quartiers à bas revenu d’Istanbul ayant des enfants de 3 à 5 ans pour leur offrir des formations et organiser des discussions sur le développement de l’enfant et le métier de parent. Une évaluation effectuée deux ans plus tard a constaté que les mères communiquaient mieux avec leurs enfants ; que les enfants manifestaient moins de problèmes de comportement et que les cas de punition corporelle avaient diminué de 73 %, un résultat étonnant Une étude de suivi a découvert que ces enfants avaient plus tard obtenu de meilleurs résultats scolaires et connu plus de succès dans leurs carrières professionnelles que ceux dont les familles n’avaient pas bénéficié de ce programme.

Gifler un enfant

Du côté législatif, on progresse vers l’élimination des punitions violentes infligées aux enfants dans leur famille, à l’école et dans d’autres contextes. Fin 2014, les punitions corporelles au sein de la famille étaient interdites dans 44 pays, dans les crèches et autres lieux accueillant des enfants dans 50 pays, dans les écoles dans 122 pays, et dans les institutions pénitentiaires dans 130 pays.

 

 

Gifler un enfantLe rythme des réformes s’accélère rapidement dans le domaine du droit et pour la seule année 2014, 10 pays ont ajouté leur nom à la liste de ceux qui interdisent les châtiments corporels au sein de la famille et dans tous les autres contextes. D’autres États ont aussi affirmé leur engagement de procéder à des réformes dans ce sens ; fin 2014, 45 pays avaient pris un engagement clair d’interdire ces pratiques.

Bien que ce soit là des nouvelles encourageantes, 91 % des enfants à travers le monde sont encore privés de protection légale contre les punitions corporelles dans la famille, et 23 pays n’ont pas de lois interdisant ces punitions dans quelque contexte que ce soit.

La violence n’est pas inévitable. Elle peut être prévenue et il est crucial d’agir dès maintenant afin de créer des environnements sûrs pour les enfants, des environnements où ils pourront grandir sans peur.

Pour obtenir de plus amples informations sur les progrès réalisés dans votre pays pour éliminer les punitions corporelles, visitez le site : www.endcorporalpunishment.org. Pour de plus amples informations sur l’initiative mondiale de l’UNICEF visant à mettre fin à la violence, rendez-vous sur le site : http://www.unicef.org/endviolence.

Susan Bissell est Chef de la Protection de l’enfance au siège de l’UNICEF à New York.

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