Gaza : l’apprentissage dans l’ombre du conflit

« Je suis soulagé d’avoir terminé mes examens, j’ai le sentiment d’avoir surmonté une période difficile », me confie Mohammad dans la cour du lycée.

Ce jeune de 18 ans originaire de la ville de Gaza vient de sortir de sa dernière épreuve, qui marque aussi la fin de ses années d’enseignement secondaire. Les résultats de Mohammad l’aideront à choisir une voie pour son avenir mais le simple fait d’arriver jusqu’à l’examen de fin d’études, le Tawjihi, est un événement particulièrement important dans le contexte très tendu de Gaza.

Des épisodes de violence réguliers et la détérioration des conditions de vie affectent tous les aspects du quotidien, y compris l’éducation. La semaine précédant l’examen final de Mohammad, l’escalade rapide des hostilités a failli aboutir à une nouvelle guerre dans la bande de Gaza. Les enfants de 10 ans et plus qui y vivent ont déjà connu trois périodes de conflit.

Ils sont comme nos propres enfants, nous devons tout faire pour leur donner une éducation

L’infrastructure est vieillissante et l’on y manque de place pour faire classe, en partie à cause des dommages subis par les bâtiments scolaires mais aussi en raison de la rapide croissance démographique. Plus de 90 % des écoles de Gaza organisent un roulement pour libérer de l’espace mais cela réduit le temps que les enfants passent en classe et diminue la capacité des enseignants à aider ceux qui présentent des difficultés d’apprentissage et ont du mal à suivre.

Malgré les conditions difficiles, de nombreux enseignants font tout ce qui est en leur pouvoir pour améliorer l’avenir des enfants de Gaza. Mohammad est l’un d’entre eux ; il vient de finir de surveiller les examens du Tawjihi.

« Ils sont comme nos propres enfants, nous devons tout faire pour leur donner une éducation », me dit-il. Sa passion et celle de nombre de ses collègues est inébranlable : il n’a pourtant pas touché de salaire complet depuis 18 mois. Son père a été professeur pendant 40 ans et Mohammad entre lui dans sa 18e année d’enseignement.

Un jeune homme en t-shirt et en jean, tenant une feuille de papier pliée à la main, au milieu d’un terrain de basket en extérieur.
© UNICEF/Gaza/2019/Anas El BabaSoulagement pour Mohammad, 18 ans, originaire de la ville de Gaza, qui vient de passer le Tawjihi, son examen de fin d’études.

La valeur accordée à l’éducation dans la bande de Gaza et dans l’ensemble de l’État de Palestine est manifeste. Selon une nouvelle étude de l’UNICEF, State of Palestine Country Study: Out of School Children, près de 99 % des enfants vont à l’école élémentaire (de la première à la quatrième année).

Cependant, la probabilité qu’ils interrompent leur scolarité double entre 12 ans et 15 ans – à cet âge, un garçon sur quatre ne va plus à l’école.

Toucher les enfants les plus susceptibles d’arrêter l’école

Des enfants comme Saleh, ce garçon de 14 ans que je rencontre au centre de protection de l’enfance à Beit Lahiya, après un trajet de trente minutes en voiture en direction du nord dans la tentaculaire banlieue de Gaza. Il y suit des cours de remise à niveau.

« Mes parents se sont séparés, et puis les enseignants ne nous traitaient pas bien en classe », explique Saleh quand on lui demande pourquoi il a arrêté d’aller à l’école.

Dans le nouveau rapport de l’UNICEF, on apprend que plus de deux tiers des élèves de la première à la dixième année de leur scolarité sont exposés à la violence à l’école. Ce facteur joue un rôle majeur dans la rupture scolaire.

Après avoir abandonné l’école, Saleh a commencé à travailler 12 heures par jour dans les champs près de chez lui. Mais les travailleurs sociaux sont rapidement intervenus pour l’encourager à prendre des cours de rattrapage et à retourner à l’école. Son père a donné son accord et Saleh a réintégré le système scolaire sans avoir à redoubler.

« Je vis mieux aujourd’hui. Cette année, j’ai eu 70 sur 100 à mes examens. Je n’ai pas beaucoup travaillé, alors je ne sais pas comment j’ai fait », explique-t-il avec modestie. Son histoire montre qu’avec un peu d’aide, on peut réussir. Maintenant, il ne pense qu’à une chose : « Mon avenir ? Pour l’instant, tout ce que je veux, c’est continuer à étudier. »

Se forger des compétences pour un avenir plus prospère

Nous rencontrons Moussa dans une petite cabane au bord d’une route sinueuse qui mène à la clôture avec Israël. Ce garçon de 17 ans est en train de réparer le moteur d’une moto avec son père dans l’atelier familial.

C’est un changement d’établissement qui l’a conduit à rompre avec l’école. Il avait alors 15 ans. « Au départ, j’étais un des meilleurs élèves de ma classe. Et puis, j’ai été transféré », explique-t-il. « Je me suis retrouvé dans un nouvel endroit, avec des nouveaux élèves. J’ai subi des violences et j’ai été harcelé, que ce soit par mes camarades ou par les profs. Parfois, ils me battaient. »

C’était le bon moment pour entamer une formation professionnelle

Encore aujourd’hui, il est difficile pour Moussa d’évoquer cette expérience mais sa vie a repris du sens lorsqu’il a commencé à apprendre un métier. « C’était le bon moment pour entamer une formation professionnelle, j’avais déjà quelques connaissances », dit-il en faisant référence au temps passé avec son père dans l’atelier.

Un jeune homme équipé de lunettes de soudeur et tenant un fer à souder dans les mains regarde les étincelles et les flammes qui jaillissent de la soudure.
© UNICEF/Gaza/2019/Anas El BabaMoussa travaille comme mécanicien dans un petit atelier aux côtés de son père. Le garçon de 17 ans, originaire de Beit Layiha, dans le nord de Gaza, a abandonné l’école après être entré au collège, il y a deux ans.

Il est difficile pour les jeunes de Gaza de se projeter dans l’avenir, alors que le taux de chômage des 15-24 ans atteint 60 %. Je repense à ce que Mohammad m’a dit lorsque je l’ai vu à Gaza à la sortie de ses examens. « Je vais observer quels sont les secteurs porteurs dans ma communauté et choisir une matière en conséquence, une matière qui me permette de trouver un travail à l’issue de mes études, comme l’ingénierie ou la santé. »

Ses propos témoignent de l’importance d’une éducation appropriée, y compris l’acquisition de compétences personnelles et l’existence d’opportunités professionnelles, dont les jeunes ont désespérément besoin pour partir avec les meilleures chances dans la vie. Plus que jamais, cela pourrait avoir son importance

 

Toby Fricker est spécialiste de la communication au sein de l’Équipe d’intervention d’urgence. Il met son expertise en communication et en plaidoyer au service de la préparation et de l’intervention humanitaires.

 

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