Face aux conséquences de l’ouragan Dorian pour les enfants des Bahamas

Malgré le bruit assourdissant des pales, je parviens à entendre Jahmaurae Moreau, 11 ans, déclarer que c’est « trop cool » de prendre l’hélicoptère. S’il sourit sur le moment, je vois des larmes couler sur ses joues quelques minutes plus tard, lorsque nous laissons l’île derrière nous.

Sa mère Marianise et sa sœur de 4 ans, Katheleh, sont assises en face de nous. Sous nos pieds, l’île d’Abaco s’éloigne peu à peu pour n’être plus qu’un point à l’horizon. Bientôt, les eaux turquoise de la mer des Caraïbes s’étendent à perte de vue alors que nous nous dirigeons vers Nassau, la capitale des Bahamas.

À cet instant, devant le visage de Jahmaurae, j’ai envie de pleurer moi aussi. Je sais à quoi il pense.

Une mère et sa fille assises dans un hélicoptère.
UNICEF/UN0341858/Moreno GonzalezLe 6 septembre 2019, Katheleh, 4 ans, et sa mère Marianise sont évacuées de l’île d’Abaco et quittent Marsh Harbour pour Nassau, aux Bahamas. L’ouragan Dorian s’est abattu pendant 40 heures sur cette île, détruisant leur maison au passage.

Cela fait seulement trois jours que l’ouragan Dorian de catégorie 5 a frappé les Bahamas, déchaînant des vents atteignant 297 km/h. C’est à cette vitesse record qu’il a touché terre pour stationner 48 heures au-dessus des îles de Grand Bahama et d’Abaco, les plus dévastées de l’archipel.

Jahmaurae a quitté son père, son petit frère, ses amis. Sa maison et son école ont été détruites. Il abandonne derrière lui sa vie d’avant. Comme Jahmaurae, de nombreux enfants et leur famille sinistrée ont perdu des proches et vu leur vie anéantie, se retrouvant avec très peu d’eau et de nourriture pour subvenir à leurs besoins. Après une catastrophe d’une telle ampleur, enfants et adolescents ont besoin de soutien psychologique pour surmonter le choc.

« C’est tout ce qu’il nous reste », constate Marianise en me montrant les quelques sacs qu’ils ont emportés. Jahmaurae en tient un serré contre lui. « À part ça, nous n’avons plus rien », ajoute-t-elle.

Aujourd’hui, j’ai pu constater l’ampleur des dégâts vus du ciel et sur le terrain.

Depuis les airs, l’île d’Abaco n’est qu’inondation et chaos à des kilomètres à la ronde : toitures arrachées, débris éparpillés, voitures renversées, conteneurs d’expédition et bateaux sur le flanc.

Dans les rues chauffées à blanc, seuls quelques bâtiments ont résisté et se dressent au milieu des décombres. Un entremêlement de ferraille et de planches cassées jonche le sol, au milieu des bateaux et des voitures disséminés un peu partout.

Si la catastrophe a fait d’immenses dégâts, Mash Harbour a été la plus durement touchée. C’est au détour d’une rue fracturée de cette ville que je fais la connaissance de Benson Etienne, 15 ans, qui tente de se frayer un chemin à vélo à travers les décombres.

Un adolescent à vélo devant un amas de débris.
UNICEF/UN0341853/Moreno GonzalezBenson Etienne, 15 ans, à vélo dans les rues de Marsh Harbour, sur l’île d’Abaco, après le passage de l’ouragan

Il se trouvait dans une maison à un étage avec sa famille lorsque la tempête s’est abattue sur l’île. La toiture n’a pas résisté longtemps, laissant les huit occupants à la merci des vents violents et des pluies diluviennes. Ce sont ensuite les fenêtres qui ont cédé. La famille a réussi à sortir avant que les murs ne s’effondrent.

« Nous avons dû nager dans l’eau sale, à contre-courant, pour en réchapper », raconte-t-il. « Maintenant, tout est détruit. Nous n’avons plus d’école ni d’eau potable. »

À l’appui des efforts du Gouvernement et des organismes partenaires des Nations Unies, l’UNICEF se mobilise 24 heures sur 24 pour distribuer aux familles dans le besoin des fournitures indispensables à leur survie. La première cargaison de l’UNICEF pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement devrait arriver aujourd’hui (le 7 septembre) aux Bahamas. Elle comprend notamment des pastilles pour purifier l’eau à destination de quelque 9 500 personnes.

À son arrivée à Nassau avec sa famille, Jahmaurae Moreau a vite séché ses larmes en découvrant son autre frère qui l’attendait, tout sourire. Enfin réunis, ils vont pouvoir s’installer chez un proche.

Si l’avenir reste incertain, je garde espoir en voyant cette famille réunie. Comme Jahmaurae me l’a montré, l’heure n’est pas aux pleurs, mais à l’action. Il faut se montrer forts et se serrer les coudes.

Manuel Moreno Gonzalez est Spécialiste de la communication au bureau régional de l’UNICEF pour l’Amérique latine et les Caraïbes.

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