« Que vois-tu quand tu fermes les yeux ? »

J’ai répondu que je revoyais encore tout, comme si c’était encore là…

Oui, il y avait une maison à cet endroit précis. Sur le littoral de la ville de Jérémie, dans le département de Grand’Anse. On y habitait, mon père, ma mère, mon frère et moi.

Mon père est quelqu’un de bien. Il travaille dur, il est fort et généreux. Ma mère aime sa famille, c’est quelqu’un de bien, elle prend soin de tout le monde. Pareil pour mon frère ; s’il a quelque chose, il le partage avec tout le monde.

Un garçon assis sur un tas de décombres.
Dicejour Gelin, 13 ans, devant sa maison, détruite par l’ouragan Matthew dans la ville de Jérémie, dans le département de Grand’Anse, en Haïti. « Les toits et les branches des arbres se sont envolés. L’eau a commencé à rentrer, il y avait des choses qui volaient partout… personne ne pouvait rien faire », explique Dicejour.

On vivait tous ensemble dans cette maison.

Les murs étaient hauts. Dans l’entrée, et dans chaque pièce, il y avait une porte. Dans la chambre de mes parents il y avait un lit, une table et une commode dans l’angle. Ma mère et mon père dormaient dans leur lit et je dormais avec mon petit frère dans une autre pièce juste en face de la leur. La vaisselle et les autres ustensiles de cuisine étaient bien rangés sur une étagère dans la cuisine. Il y avait une petite véranda à l’entrée.

C’était une vieille maison avec un toit de tôle. On voulait faire quelques réparations mais on n’avait pas encore les moyens. On allait couler une nouvelle dalle pour pouvoir construire un nouveau mur ; on allait créer une autre pièce et si possible un autre étage.

J’aimais cette maison, parce que c’était la nôtre, et qu’il n’y avait pas d’ouragan.

Ce jour-là, je suis allé à l’école tôt le matin avec mon frère. D’abord on a eu cours de religion, puis de mathématiques et de français. Après la récré, on a eu cours d’anglais, de compréhension écrite, de grammaire, d’histoire et de créole. J’aime l’école.

Une fois rentré de l’école l’après-midi, je suis allé faire une sieste. Quelques minutes plus tard, des vents violents ont commencé à souffler. J’ai rejoint mes parents dans leur chambre avec mon frère, et nous sommes restés là tous ensemble. C’est à ce moment-là qu’on a vu la maison s’effondrer au-dessus de nous.

Soudain, une vague énorme a frappé la maison avec beaucoup de force. Les murs ont été détruits et le toit de tôle s’est envolé et a disparu dans les airs. Les gens criaient et couraient partout. On a cherché notre famille et nos voisins et aidé les personnes en difficulté. On s’est regroupés et on a bravé la tempête en laissant tout derrière nous.

Mon père nous a pris et on a couru vers un endroit plus élevé, pour nous abriter dans une école. Il y avait de la pluie, des vagues, du vent et des cris.

J’ai cru que les vents violents allaient emporter ma famille et que je ne la reverrais plus jamais.

On a vraiment couru de toutes nos forces mais le sol cédait sous nos pas. On est arrivés à l’école et la grille s’était écroulée. Ils l’ont ouverte et nous ont emmenés dans la cour puis dans l’une des salles de classe. Même là-bas le vent était assourdissant.

Une fois la tempête passée, on n’avait que nos vêtements mouillés à porter. J’avais tellement froid.

Nous avons dormi dans un coin. Les gens n’avaient nulle part où aller, alors ils sont restés dans le refuge.

Maintenant on ne sait pas ce qu’on va faire. J’ai appris que mon école avait été détruite et cela me rend très triste. L’éducation c’est important, parce que sans école on ne peut pas survivre. C’est ce qui permet de trouver un travail.

Je continue d’étudier mais mes livres sont fichus. D’autres enfants vivent en haut de la colline alors j’emprunte leurs livres.

Je voudrais devenir président. Je viendrais en aide au pays, créerais des emplois, des écoles et des hôpitaux gratuits, et je construirais des écoles et des routes et tout ce dont le pays a besoin. Parce que j’aime mon pays.

Garantir que les enfants ont accès à l’éducation constitue une priorité pour l’UNICEF. Au moins 300 écoles dans les départements de Grand’Anse et du Sud ont été endommagées par l’ouragan, affectant plus de 100 000 enfants.

 Dicejour a 13 ans et vit à Jérémie, dans le département de Grand’Anse, en Haïti.

Manuel Moreno est Consultant en communication pour le Bureau régional de l’UNICEF pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Il est actuellement en Haïti. Cet article est composé d’extraits d’un entretien réalisé avec Dicejour Gelin le 9 octobre 2016, quatre jours après le passage de l’ouragan Matthew dans le pays.

 

 

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