État du Kerala : revenir chez soi après avoir tout perdu dans les inondations

Après neuf heures d’un voyage éreintant, me voilà enfin arrivé à Kozhikode (Calicut). Les scènes observées au cours de ce périple sont à fendre le cœur. Quelque 2 000 enfants sont entassés dans des camps de réfugiés avec leurs parents et leurs proches, qui ont perdu toutes leurs possessions en raison des pluies diluviennes et des inondations.

Demain – le deuxième jour – risque d’être plus long encore, nous devons nous y préparer. Kuttanadu (région du Kerala célèbre pour ses rizières, et que l’on surnomme la Venise de l’Est) va devoir revenir progressivement à la normalité. Mon trajet, d’à peine 30 kilomètres, m’a pris deux heures.

Plus tôt dans la journée, j’ai visité quatre camps de fortune qui abritent 8 000 personnes à Alappuzha. Dans son malheur, la population locale trouve encore l’énergie de célébrer et d’honorer les pêcheurs qui se sont mobilisés pour sauver des vies. Dans les camps, on n’entend ni pleurs, ni jurons, ni silence stoïque. Ce sont plutôt le calme et la détermination qui prédominent sur la plupart des visages. Dans cette lutte pour la vie, la survie et la gestion des provisions, les besoins des enfants sont parfois quelque peu négligés. On espère que les travaux de reconstruction à Kuttanadu permettront à la population de repartir sur de meilleures bases.

Un groupe d'hommes marchent dans une rue inondée
© UNICEF/India/2018Des hommes se frayent un chemin dans les rues inondées de Panadala, dans le district de Pathanamthitta, au Kerala.

En traversant Ernakulam, à 80 km d’Alappuzha et à 200 km de Thiruvananthapuram (la capitale de l’État), à bord de ma voiture de location, je tombe sur une scène d’un tout autre ordre. Les eaux se sont retirées et les camps ferment. Les personnes qui sont revenues chez elles à Paravur réalisent les défis qui les attendent. Leurs maisons sont remplies de boue et il n’y a pas d’eau pour l’évacuer. Plus de meubles. Plus d’électricité. Plus d’ustensiles. Plus de livres ni de jouets pour les enfants. Un sentiment de perte totale.

À leur retour, les habitants découvrent que, de leur bétail attaché dans les étables, de leurs chiens enchaînés et de leurs volailles en cage, il ne reste plus que des carcasses. Et puis, il y a la puanteur. Pour autant, on ne peut pas enterrer les animaux morts car l’eau n’a pas encore fini de se retirer.

Lorsque mes parents sont revenus hier soir après être allés voir notre maison, leurs larmes et leur chagrin m’ont brisé le cœur.

Les nuages qui ont apporté le déluge et la désolation sont visibles sur les visages des gens qui, tête baissée, rentrent au camp.

« Je n’avais aucun problème jusqu’à hier. Mais lorsque mes parents sont revenus dans la soirée après être allés voir notre maison, leurs larmes et leur chagrin m’ont brisé le cœur », m’a confié Saraswathy, une petite fille de 12 ans originaire de Paravur.

L’UNICEF et son partenaire gouvernemental Childline ont dépêché une équipe sur place pour se rendre dans les camps et installer des aires de jeux destinées aux enfants, afin d’atténuer leur traumatisme. Une équipe de l’Institut national de psychologie et de neurosciences est également arrivée hier et une évaluation des besoins psychosociaux est en cours.

Une ambulance se fraye un chemin dans une rue inondée de Pandalam, dans le district de Pathanamthitta, au Kerala.
© UNICEF/India/2018Une ambulance se fraye un chemin dans une rue inondée de Pandalam, dans le district de Pathanamthitta, au Kerala.

Bien que le Kerala n’ait pas connu d’inondations depuis un siècle, cette catastrophe rappelle la nécessité d’une planification à long terme, dont d’autres États ont déjà bénéficié, comme le Bihar et l’Odisha, où les inondations provoquent chaque année le chaos. On arrive cependant à en contenir les effets grâce à des interventions durables et pensées sur le long terme.

Certes, le chemin sera long, mais en se fixant des objectifs et des jalons clairs, nous parviendrons à assurer sécurité et protection à chaque enfant du Kerala.

 

Sonykutty George est spécialiste de la protection de l’enfance pour l’UNICEF à Hyderabad, en Inde ; il participe actuellement aux actions de secours en réponse aux inondations qui ont touché le Kerala.

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