Éradication de la polio : Raisons d’être optimiste

Voici trente ans, on relevait plus de 350 000 cas de poliovirus sauvage par an. En 2014, il y en a eu seulement 359 et, jusqu’à présent pour cette année, seulement 51. Ceci représente une diminution de 99,9  %, une performance vraiment remarquable. Au début de l’année, le Nigéria – qui avait enregistré 122 cas de paralysie en 2012 et était considéré comme l’un des endroits les plus difficiles du monde où éradiquer la poliomyélite – est devenu exempt de poliomyélite. Les bons résultats obtenus par le Nigéria ont pour conséquence que l’Afghanistan et le Pakistan sont les deux derniers pays du monde à devoir éliminer leurs souches locales de poliovirus.

L’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite prévoit de mettre fin à la transmission de la polio en 2016 et de déclarer l’éradication de la maladie en 2019. Le 0,1 % restant se situe dans les endroits les plus difficilement accessibles et il reste donc encore beaucoup à faire. Cependant, des raisons évidentes permettent à l’UNICEF d’être optimiste en ce qui concerne l’éradication de la polio – et d’être un partenaire enthousiaste. Voici ici, selon moi, les trois principales :

  1. Plus de personnes que jamais auparavant veulent que leurs enfants soient vaccinés !

Plus de 17 000  agents de mobilisation sociale, auxquels se sont joints au Pakistan, au Nigéria et en Afghanistan les chefs communautaires et religieux, sont à pied d’œuvre pour stimuler la demande en vaccins contre la polio. La plus grande partie des 4 000 vaccinateurs récemment recrutés au Pakistan sont des femmes qui ont été choisies par les communautés et formées pour encourager, au-delà de la prise du vaccin oral contre la polio, les bonnes habitudes en matière de santé. Le nombre de personnes élevant des enfants qui pensent qu’administrer des gouttes de vaccin contre la polio est une « bonne idée » atteint aussi un niveau record. Récemment, 96 % des personnes élevant des enfants interrogées lors d’une enquête menée au Nigéria ont affirmé qu’elles pensaient que le vaccin contre la polio est bon pour leurs enfants, la proportion étant de 98 % au Pakistan. La part de familles qui refusent que leurs enfants soient vaccinés est plus faible que jamais dans l’histoire du programme d’éradication de la polio : moins de 0,6 %  dans l’ensemble des pays où la poliomyélite existe à l’état endémique.

  1. Nous dirigeons nos efforts de manière à toucher chaque dernier enfant !

La poliomyélite est toujours présente, non pas parce que les gens ne veulent pas du vaccin mais parce qu’il existe des endroits où le vaccin n’a pas été capable de parvenir. Afin de toucher chaque enfant, nous devons mieux comprendre les raisons sous-jacentes pour lesquelles certains enfants continuent d’échapper à la vaccination et mettre en place des stratégies soigneusement adaptées pour remédier à cette situation. Même dans les régions où l’insécurité est très élevée, les obstacles à la vaccination sont en train d’être surmontés grâce à la ténacité et aux capacités d’innovation des communautés, du personnel qui se trouve en première ligne de la lutte contre la polio, des gouvernements et de leurs partenaires de l’initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite. L’innovation permet aussi d’améliorer les résultats. Au Pakistan, nous utilisons le SMS vocal pour aider les chefs de communautés à sensibiliser la population. Au Nigéria, nous utilisons le partage de fichiers vidéo via Bluetooth et la cartographie numérique au Liban pour faciliter la localisation de tous les endroits où le vaccin oral contre la polio est disponible. L’utilisation, de façon créative, des technologies nous permet de localiser toujours mieux les tout dermiers enfants et de vraiment pouvoir aller les vacciner.

  1. Nous enrayons la propagation du virus !

Non seulement nous touchons bien plus d’enfants qu’auparavant mais le virus est pris au piège et est à présent en train de perdre rapidement ses capacités de survie. Lorsque des épidémies éclatent, nous sommes capables, cela comme jamais auparavant, d’intervenir plus rapidement et plus efficacement et, aujourd’hui, une seule des trois souches du poliovirus reste en circulation. En septembre 2015, le type 2 (WPV2) a été déclaré éradiqué par l’OMS tandis que le type 3 (WPV3) n’a pas été détecté depuis novembre 2012.

La poliomyélite peut être éradiquée et le sera. Nous sommes sur le point de faire date dans l’histoire.

Peter Crowley est Responsable de l’équipe du programme de lutte contre la poliomyélite au Siège de l’UNICEF et dirige les programmes de l’UNICEF destinés à garantir que le vaccin contre la polio est disponible pour tous les enfants et que ceux-ci sont vaccinés.

 

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