« Enseigner aux autres qu’une fille a de l’importance »

Cette semaine, nous rendons hommage à une voix extraordinaire pour les enfants du Burundi, qui nous a quitté trop tôt.

 L’UNICEF est extrêmement triste d’annoncer que Carlène Kaneza, 16 ans, enfant journaliste de l’UNICEF Burundi et U-Report, est décédée la semaine dernière à la suite d’une longue maladie.

 Courageuse, intelligente, dotée d’une grande curiosité, ses reportages en faveur des enfants du Burundi se démarquaient par leur qualité impressionnante. Un reportage sur les enfants qui travaillaient dans les mines lui a valu le prix du meilleur reportage sur des sujets d’enfants de la Radio Bonesha en 2015.

 Pour honorer le travail de Carlène, nous republions une de nos interviews préférées: une interview en l’honneur Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes le 25 novembre dernier. A cette occasion, Bo Viktor Nylund, Représentant de l’UNICEF au Burundi, et Carlène ont inversé leurs rôles. Mr. Nylund, en tant que journaliste pour la journée, a tendu le microphone à Carlène sur les violences infligées aux filles au Burundi, notamment au sujet de la non-réalisation de leurs droits.

 Carlène, tes amis à l’UNICEF feront tout pour continuer ton plaidoyer en faveur des enfants du Burundi.

A l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes qui a lieu le 25 novembre et des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes, Bo Viktor Nylund, Représentant de l’UNICEF au Burundi, et Carlène Kaneza, 16 ans, enfant journaliste à Bujumbura, ont inversé leurs rôles. Mr. Nylund, en tant que journaliste pour la journée, a tendu le microphone à Carlène sur les violences infligées aux filles au Burundi, notamment au sujet de la non-réalisation de leurs droits.


Bo Viktor Nylund : Quelle est la situation des filles à Bujumbura?

Carlène Kaneza : A Bujumbura il y a beaucoup de problèmes, surtout pour les filles. Il y a des enfants qui restent dans la rue, qui mendient. D’autres parce qu’elles n’ont pas de parents ne peuvent pas payer leurs frais de scolarité, ou pour manger, elles font la prostitution. Elles errent dans la rue pour pouvoir trouver un homme.

BVN : Est-ce les filles sont plus vulnérables que les garçons ?

CK : Oui. Ici en ville, c’est un peu développé. Mais si on regarde à l’intérieur du pays, quand les filles arrivent à l’école secondaire, elles sont obligées d’interrompre, car elles n’ont pas l’argent pour payer leurs études secondaires. Les parents disent, la place de la fille, c’est à la maison, dans les travaux ménagers. Alors que c’est faux ! Les filles sont toujours les premières en classe. Ce sont elles qui sont intelligentes. On dirait que la fille n’a pas une bonne place dans la société.

Carlène Kaneza, 16 ans, enfant journaliste à Bujumbura
Carlène Kaneza, 16 ans, enfant journaliste à Bujumbura.

BVN : Comment changer la société pour que les filles soient plus reconnues?

CK : Je pense que c’est la méthode de gratuité de l’éducation que le Président a mis en place qui a poussé les gens à envoyer leurs filles à l’école. Sinon je crois qu’ils diraient, si je paie des études pour les filles, c’est des centimes dépensés pour rien. Ils pensent que s’ils ont un garçon, il pourra être président ou ministre. Ils pensent que les filles n’auront pas de place dans le gouvernement.
BVN : En tant qu’enfant journaliste, quel est ton rôle pour promouvoir la place de la fille?

CK : Avant je faisais des émissions mais malheureusement, on n’a plus de médias [les médias indépendants au Burundi ont été détruits en mai, ndrl.] Mais on peut le faire aussi sur les réseaux sociaux. Je peux rédiger quelque chose et le poster sur Facebook et Twitter pour qu’il y ait un changement. Je n’ai rien de matériel, mais je peux avoir une idée ou un conseil et le mettre sur les réseaux sociaux.

BVN : Si tu travaillais avec l’UNICEF, comment ferais-tu pour améliorer la situation des jeunes filles?

CK : C’est le dialogue qui compte avant toute chose. On doit avoir des personnes qui enseignent aux autres, surtout à la campagne, qu’une fille a de l’importance. Je pense que c’est la pauvreté qui fait tout ça [la non reconnaissance des filles, ndlr]. Il faut lancer aux parents des projets qui leur aident à avoir de l’argent, à se développer.

Je compte beaucoup sur l’éducation des filles. Je vois plusieurs filles qui errent dans la rue parce qu’elles n’ont pas une éducation. Ce serait mieux qu’elles aillent à l’école plutôt qu’errer dans la rue. Plusieurs filles qui ont étudié ont arrêté en 6ième année parce qu’elles n’ont pas le droit de gratuité dans l’école secondaire. Il faut faire multiplier les écoles et avoir une gratuité de l’école primaire et secondaire.

 

 

Texte soumis par Eliane Luthi, spécialiste en Communication au sein de la section Communication et Participation de l’UNICEF Burundi.

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Commentaires :

  1. Pour commencer à enseigner aux autres que la fille a une valeur, il faudra commencer de parler de l’équité du genre. Les responsabilités données aux hommes soient les mêmes données aux femmes.
    Que le genre ne soit pas un critère de répartition ou de sélection des tâches dans le travail, les cotations ou les évaluations soient objectives en ne distinguant pas le genre.
    L’homme et la femme soient considérés au même pied d’égalité.

  2. C’est une bonne idée carlène une chose que je peux ajouter faut aussi que l’Etat met une loi qui égalise les garçons et les fille.là où que je suis je vois que c’est une grande problème surtout dans le partage des biens ruraux

  3. Vraiment ce qui se passe en ce qui concerne l’éducation des filles est désastreuse.

  4. Il faudrait inclure dans les programmes scolaires, dans les prédications religieuses, dans les discussions d’ordre social, des thèmes qui insistent sur la non discrimination des filles. Organiser aussi des séances de sensibilisation dans les milieux ruraux parce que je présume que l’origine de tout cela, ce sont des préjugés liés à la culture et, pour éliminer ou diminuer cela, il faudrait se rendre dans les communautés locales que je peux appeler « réservoirs des conservateurs de la tradition »