Enfants du Burundi : L’optimisme, malgré les violences

Pendant longtemps, tout ce que je savais du Burundi provenait des gros titres de la presse : des articles du New York Times et du Guardian qui parlaient d’instabilité politique et de coups d’État, d’une liberté de la presse qui se réduisait rapidement, de viols et de charniers, de maladie et de famine. Mais quand je suis venue aider UNICEF Burundi pendant deux semaines, ma première visite dans un Bureau Pays, je me suis dit que je me trouvais dans une zone de combat. Il s’avère que la crise au Burundi est une double crise : derrière les flambées permanentes de violence, se dissimule une crise à long terme, celle d’un pays en train de connaître un effondrement lent, régulier de ses systèmes.

Selon le dernier Indice de développement humain, le Burundi est l’un des cinq pays les plus pauvres du monde, le signe d’une pauvreté écrasante qui a gagné en intensité depuis le début des dernières crises politiques, en avril 2015 ; ce mois-ci, le Rapport sur le bonheur mondial classait le Burundi comme le pays le plus malheureux du monde, derrière des pays déchirés par la guerre comme la Syrie et l’Afghanistan. Les tensions politiques sont vives, aboutissant à des périodes prolongées de violences terribles : 4 700 atteintes aux droits de l’homme ont été signalées depuis avril dernier dont des meurtres, des arrestations et des détentions arbitraires, des actes de violence extrêmes et des disparitions forcées.

Roger, 13 ans, dans un espace ami des enfants à Bujumbura, où il apprend à faire face au traumatisme qu’il a subi.
UNICEF Burundi/2016/E. Luthi Roger, 13 ans, dans un espace ami des enfants à Bujumbura, où il apprend à faire face au traumatisme qu’il a subi.

Les enfants ont énormément été touchés par la crise : près de 250 d’entre eux ont été détenus de façon arbitraire, et parfois emprisonnés, aux côtés de délinquants adultes et plus de la moitié des 250 000 Burundais qui ont se sont enfuis dans des pays voisins sont des enfants. À ce jour, vingt-six enfants ont été tués au cours d’évènements violents et des milliers d’autres ont été blessés et ont assisté à des scènes de violence qui, sans aucun doute, les hanteront pendant des années.

Les traumatismes liés à la crise actuelle sont importants, dépassant largement le seul cas des enfants qui, dans la capitale, Bujumbura, ont été éprouvés ou de ceux qui ont franchi les frontières à la recherche de sécurité. À  cause de la situation politique, les donateurs internationaux sont en train de supprimer les aides financières. Et c’est là où l’effet à long terme de la crise devient évident.

Le Burundi dépend déjà fortement de l’aide étrangère avec 80 % de ses ministères du secteur social ayant recours à l’aide extérieure. Alors que les principaux donateurs se retirent, l’accès pour les enfants burundais à une nutrition adéquate, aux établissements de soins et à une éducation de qualité est menacé. Dans un pays où près de trois enfants âgés de moins de cinq ans sur cinq sont atteints de retard de croissance, les conséquences du retrait des aides seront désastreuses.

Malgré le climat terrible généré par la crise politique, les jeunes que j’ai rencontrés dans tout le pays m’ont sidérée par leur optimisme et leur détermination à faire du Burundi un endroit meilleur, plus sûr et plus sain pour les enfants. Les enfants représentent plus de la moitié des 10,7 millions d’habitants du Burundi et ils sont touchés de façon disproportionnée par les crises politiques et économiques. Même avant la crise, 58 % des enfants âgés de moins de cinq ans étaient malnutris. Les prix alimentaires sont élevés, les récoltes sont mauvaises et, parfois, les enfants ne mangent qu’une fois par jour, s’ils peuvent le faire.

 

Et pourtant, les jeunes que j’ai rencontrés durant ma mission m’ont étonnée avec leur connaissance des problèmes touchant les enfants et leur détermination à aider leurs semblables.

Les représentants du Forum national des enfants du Burundi se sont exprimés avec beaucoup de compétence et avec passion sur un certain nombre de questions qui pourraient donner du fil à retordre à des politiciens expérimentés. Gilbert, 17 ans, a parlé avec passion de l’exploitation des enfants qui, n’ayant pas les moyens de payer leurs frais de scolarité, sont retirés de l’école par leurs tuteurs pour travailler  – beaucoup comme employés de maison – ou pour faire la mendicité. Donavine, 17 ans, m’a parlé de violences sexuelles sur des adolescents de son âge – notamment les filles – commises par des enseignants qui promettent de bonnes notes en échange de rapports sexuels et par des hommes  fortunés du pays qui promettent la lune à ces jeunes filles si elles offrent leur corps. Au Burundi, notamment  dans les campagnes, ces problèmes sont fréquents bien que, avec Gilbert et Donavine agissant comme avocats passionnés pour les enfants, les enfants exploités aient une voix et puissent se faire entendre du Ministère des affaires sociales. Il est cependant important d’observer que le Forum national des enfants ne s’est pas réuni à Bujumbura depuis le début de la crise, voici près d’un an, et qu’il est impossible de savoir quand il pourra de nouveau le faire.

Alors que Gilbert et Donavine représentent les enfants au sein du Forum, de jeunes journalistes, Kathia, 19 ans, et Charmel, 17 ans, donnent littéralement une voix aux enfants du Burundi grâce à une émission de radio. Je les ai rencontrés alors qu’ils animaient leur jeu habituel de questions-réponses dans une école primaire de Gitega où une foule d’enfants enthousiastes se disputaient entre eux pour répondre à des questions sur les droits de l’enfant. Kathia me dira plus tard que deux des sujets dont ils parlent le plus sont les problèmes d’accessibilité pour les enfants handicapés et l’exploitation des enfants. Dans le contexte politique actuel du Burundi, Kathia et Charmel maintiennent fermement l’attention sur les enfants.

U-Report, un service utilisant les SMS, constitue un moyen d’expression essentiel pour les enfants et les jeunes du Burundi. Avec un taux d’électrification de 5 % et seulement 22 % de la population disposant de téléphones mobiles, U-Report connaît un succès énorme avec 45 000 U-Reporters et montre clairement que les jeunes Burundais aspirent à de nouveaux moyens pour pouvoir s’exprimer.

La Convention relative aux droits de l’enfant affirme explicitement que tous les enfants ont le droit d’être nourris et de disposer d’eau potable, d’avoir un accès régulier à des soins de santé et à une éducation de qualité, de pouvoir vivre leurs vies en paix et sans crainte pour leur sécurité. Malgré les gros titres alarmants dans la presse, les enfants du Burundi sont largement ignorés par le reste du monde ; ils ne doivent pas l’être.

En tant que Représentant de l’UNICEF au Burundi, Bo Viktor Nylund a récemment déclaré :« ll est AUJOURD’HUI temps d’investir en faveur des enfants du Burundi » Ici, les enfants sont prêts à faire bouger les choses. Apportons-leur le soutien dont ils ont besoin pour voir se réaliser les changements qu’ils souhaitent.

Sarah Pilchick est Spécialiste des médias sociaux auprès du Bureau régional de l’UNICEF pour    l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe, à Nairobi. Elle a écrit ce document alors qu’elle se trouvait en mission au Burundi, son tout premier déplacement sur le terrain.

 

 

 

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Commentaires :

  1. J’ai trouvé l’article très touchant à l’idée de savoir que les enfants, la couche la plus vulnérable, et le potentiel espoir de tout pays se retrouvent dans une situation qui hypothèque dangereusement leur avenir par le fait des adultes. Je me permets ainsi de donner un « carton rouge » à cette crise pour que reviennent enfin un environnement aimant et sécurisant pour le bonheur des enfants. Je terminerai sur cette note d’espoir qu’on exprimée les enfants eux-mêmes pour dire qu’au delà de tous « chers enfants » l’espoir est là et doit rester. Merci beaucoup Sarah Pilchick! Vive les enfants de tout le monde entier.