En Zambie, des enfants pagaient pour se rendre à l’école

La ville de Mongu, en Zambie, est située sur une petite colline. De sa modeste hauteur, on jouit d’une vue dégagée sur toute la plaine inondable de Barotse, qui compte parmi les terres humides les plus étendues d’Afrique. Bien que le Zambèze en crue semble immobile, l’eau s’écoule progressivement vers le sud et finira par prendre de la vitesse pour se déverser majestueusement dans les chutes Victoria. Cette terre de 200 km de long, inondable au gré des saisons, abrite près de 250 000 personnes qui, depuis plusieurs siècles, vivent de la pêche et de l’élevage bovin.

La vie sur la plaine représente un défi sans pareil pour les enfants, en particulier à la lumière des nouvelles incertitudes induites par les changements climatiques. Une école primaire a retenu l’attention des « Ambassadeurs face aux changements climatiques » de Zambie, membres d’un projet de plaidoyer dirigé par des enfants et soutenu par l’UNICEF. En 2010, un groupe d’élèves de cinq établissements secondaires de la province a commencé à faire pression sur le gouvernement et l’UNICEF afin d’empêcher la fermeture annuelle de l’école primaire de Malabo pendant la saison des crues. Leur projet d’adaptation aux changements climatiques a été remarqué par le Comité national de l’UNICEF au Danemark, qui lui a octroyé un financement.

Après quelques négociations sur les quais de Mongu pour trouver un hors-bord, nous partons à la visite de la plaine inondable. Le commun des mortels n’y voit que de vastes terres humides uniformes, mais des siècles d’occupation humaine ont créé un réseau complexe de canaux et de voies navigables non signalés. Quinze minutes plus tard, nous quittons le canal principal. Nous avançons de plus en plus lentement tandis que le pilote fait de son mieux pour éviter que le moteur ne s’enchevêtre dans la multitude de plantes aquatiques. En chemin, nous dépassons plusieurs pêcheurs en pirogue, à peine visibles au milieu des roseaux. La nuée d’insectes sert de festin à des oiseaux de toutes les couleurs.

Un homme sur un bateau avec un gilet de sauvetage
© UNICEF/Zambia/2018/JamesNotre arrivée aux quais de l’école primaire de Malabo. Sa position surélevée la protège des crues provoquées par les changements climatiques.

Peu à peu, nous voyons l’école primaire émerger des eaux. Mon collègue, Gibson Nchimunya, n’a pas remis les pieds ici depuis la cérémonie d’inauguration de l’établissement, en 2015, et se réjouit immédiatement de voir que l’école est en bon état. Tandis que nous traversons la plaine, nous passons devant des petits groupements de deux ou trois maisons situées quelques centimètres seulement au-dessus de la surface de l’eau, aujourd’hui à son niveau le plus élevé de l’année. Avant d’être totalement reconstruite sur une rive surélevée, l’école avait des murs et un sol en terre séchée. À cette époque de l’année, elle est complètement encerclée par les eaux. Les enfants, pagayeurs et nageurs expérimentés, sont tous arrivés sur des pirogues, amarrées en rang d’oignons aux quais de l’école. Des échelles, dont les premiers barreaux sont désormais submergés, permettent d’accéder à la principale cour de l’établissement, située près de deux mètres au-dessus du niveau de l’eau.

« C’est formidable que les inondations ne bloquent plus l’école et ne nous obligent plus à fermer », se réjouit un élève, Mwangubia Njekwa, 12 ans. Mme Kapui Susiku, enseignante principale, nous explique qu’avant, au plus haut de la crue, l’école était contrainte de fermer ses portes plusieurs mois par an, ce qui pénalisait énormément les élèves. « Les enfants étaient obligés de rester chez eux. Après une pause de deux mois, il fallait tout reprendre de zéro », nous explique-t-elle. Depuis, les inscriptions – initialement de 200 élèves environ – ont bondi de 50 %. « La communauté apprécie vraiment la présence de l’école », nous confie l’enseignante.

Une excellente idée, comme en témoigne l’augmentation du nombre d’inscriptions.

Nous sommes accompagnés de M. Liwakala Muyoba, représentant du bureau de l’éducation du district. C’est la première fois qu’il se rend dans cette école. « C’est une réussite, c’est une très grande réussite », déclare-t-il. « Initialement, les communautés locales vivaient sur la plaine et se déplaçaient vers l’intérieur des terres pendant la saison des crues. Avec le temps et l’évolution des activités socioéconomiques, il leur est devenu plus difficile de se déplacer. C’était donc une excellente idée, comme en témoigne l’augmentation du nombre d’inscriptions. Le calendrier scolaire n’est plus interrompu, si bien que les élèves peuvent se préparer pour les examens, tout comme n’importe quel élève dans le monde. C’est une véritable réussite, car les enfants ont accès à l’éducation tout au long de l’année. »

Un groupe d'enfants assis sur les ponts
© UNICEF/Zambia/2018/JamesLes élèves de l’école primaire de Malabo aiment se retrouver sur les quais de l’école pendant la récréation. L’école a été reconstruite en 2014-2015 sur une rive surélevée à l’abri des inondations saisonnières.

Tandis que notre bateau repart, nous regardons un jeune garçon mener habilement sa pirogue en direction de l’école. C’est certainement l’un des moyens de transport scolaire les moins conventionnels. Cependant, l’investissement réalisé dans « l’école flottante » permet à la communauté de bénéficier d’une scolarité moderne sans renoncer à ses modes de vie ancestraux.

Le projet « Ambassadeurs face aux changements climatiques » est actuellement financé par le Fonds des États-Unis pour l’UNICEF.

 

John James est Responsable Communication, UNICEF Zambie.

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