En Afrique, une étude démontre que les transferts monétaires font augmenter la scolarisation

Un récent rapport de l’Institut de statistique de l’UNESCO et de l’UNICEF estime qu’actuellement 63 millions d’adolescents de 12 à 15 ans ne sont pas scolarisés. C’est un chiffre énorme et les obstacles à la scolarisation – pauvreté, conflits, discrimination sexuelle et travail des enfants – ne sont pas faciles à surmonter.

Cependant, des chercheurs travaillent à identifier ce qui en termes de protection sociale contribue efficacement à accroître la scolarisation au niveau secondaire en Afrique, particulièrement parmi les ménages les plus pauvres, dont les ménages ruraux – les groupes qui dans ce nouveau rapport sont caractérisés comme ayant les plus grands besoins.

Un des outils dans l’arsenal des stratégies de protection sociale à la disposition d’un gouvernement national est constitué par les programmes de transfert monétaire grâce auxquels les ménages reçoivent une allocation en espèces sur une base mensuelle. Les programmes de transfert monétaire ont fait augmenter les taux de scolarisation au niveau secondaire de 5 à 12 % au Ghana, au Kenya, au Lesotho, au Malawi, en Afrique du Sud et en Zambie. La plupart des programmes de transfert monétaires africains ne sont soumis à aucune condition.

De plus, les données recueillies démontrent que ces programmes ont la capacité d’encourager les élèves ayant abandonné l’école à reprendre leurs études. Les transferts monétaires sont susceptibles de faire augmenter la scolarisation des enfants de différentes manières.

  • Premièrement, une augmentation de revenu sur le court terme par des transferts monétaires peut aider les ménages à payer les frais d’inscription, les uniformes, les fournitures scolaires et les transports scolaires.
  • Deuxièmement, ils peuvent diminuer le besoin de faire travailler les enfants, ce qui leur permet de fréquenter une école.
  • Finalement, ils ouvrent la possibilité de modifier la manière dont les membres d’un ménage envisagent l’avenir et les décisions d’investir dans la scolarisation des enfants.

Une meilleure scolarisation ne permettra pas seulement aux adolescents d’obtenir de meilleurs emplois et de briser le cycle de la pauvreté intergénérationnelle, elle a aussi des effets protecteurs contre la violence et le VIH/SIDA. Une étude a montré qu’une prolongation d’un an de la scolarité faisait baisser la probabilité qu’une femme adulte se révèle séropositive de 6 % au Malawi et de 3 % en Ouganda. Les femmes et les hommes qui ont eu une scolarité plus longue déclarent avoir commencé à être sexuellement actifs plus tardivement et sont les plus enclins à utiliser des préservatifs, des comportements qui réduisent le risque de contracter le VIH.

En outre, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a mené une enquête dans dix pays et montré que la probabilité d’avoir subi des violences dans l’intimité de la part de leur partenaire était plus faible chez les femmes qui avaient suivi une scolarité secondaire (ou dont les partenaires avaient eu une éducation secondaire)

Les effets des transferts monétaires en Afrique ont été résumés dans une note publiée cette semaine par le Projet transfert, un partenariat de recherche dont le but est de fournir des données factuelles au moyen d’évaluations d’impact rigoureuses, afin de permettre aux gouvernements nationaux de concevoir et de mettre en œuvre des programmes de transfert améliorés. Les chercheurs analysent actuellement les programmes sociaux de transfert monétaire appliqués dans un certain nombre de pays africains en étudiant leurs effets sur l’éducation ainsi que dans d’autres domaines non traditionnellement pris en compte comme les activités économiques, les moyens d’existence et la résilience des ménages, la prévention du VIH, la violence, le développement au stade de la petite enfance, la prise de décision dans le cadre du ménage, la santé mentale, le bien-être subjectif, la préférence temporelle.

« Réaliser la promesse non tenue de l’éducation pour tous », le rapport publié par l’UNESCO et l’UNICEF, met en lumière les défis que présente la réduction du nombre d’adolescents non scolarisés et note que les enfants les plus marginalisés sont fréquemment ceux qui sont pauvres, handicapés, qui vivent dans des zones de conflit, ainsi que les filles. Les programmes sociaux de transfert monétaire africains ciblent plusieurs de ces groupes vulnérables de la population et ils ont manifesté des effets prometteurs pour les ménages les plus pauvres ou qui souffrent d’autres vulnérabilités, comme ceux qui comprennent des aidants naturels handicapés, ou ceux qui ont la charge d’orphelins ou d’enfants vulnérables.

Des investissements accrus et des engagements réaffirmés en faveur de ces programmes de protection sociale sont des mesures importantes pour pouvoir surmonter les obstacles identifiés ci-dessus.

Tia Palermo est Spécialiste de politique sociale à la section Politique économique et sociale du Centre de recherches Innocenti de l’UNICEF où elle mène des recherches avec le Projet transfert.

Le Projet transfert travaille à fournir des données factuelles rigoureuses sur l’impact des transferts monétaires de manière à informer la conception et l’extension des futurs programmes. Pour de plus amples informations sur les recherches effectuées par le Projet transfert sur les transferts monétaires, nous vous invitons à consulter ces notes d’information.

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