Ebola prive les enfants de leur identité au Libéria

Je suis irlandaise.

Ma naissance a été officiellement enregistrée et je possède donc un certificat de naissance qui m’identifie comme une citoyenne irlandaise. Ce simple morceau de papier m’a permis de bénéficier d’un certain nombre de droits – m’inscrire à l’école, avoir accès au système de santé et aux services sociaux, bénéficier de la protection de l’État.

J’ai commencé à travailler à l’UNICEF cette année, quelques mois avant le lancement d’une campagne d’enregistrement des naissances organisée après la fin de l’épidémie d’Ebola. C’est seulement durant les préparatifs de cette campagne que j’ai vraiment commencé à réfléchir à cette procédure. J’ai demandé à ma propre mère comment les naissances étaient enregistrées par l’état civil en Irlande. « Je ne me rappelle pas vraiment. La procédure est essentiellement automatique, » m’a-t-elle répondu.

Malheureusement, ce n’est pas toujours aussi simple. Plus de 70 000 enfants du Libéria dont la naissance n’a pas été enregistrée pendant l’épidémie du virus Ebola n’existent pas officiellement. De nombreux enfants du Libéria et ailleurs un peu partout dans le monde sont privés d’accès à des services essentiels en raison de l’absence de toute trace de leur existence sur un document. Le monde compte près de 230 millions d’enfants de moins de cinq ans dont la naissance n’a jamais été officiellement enregistrée.

Un poste d’état civil installé à la clinique de Totota pendant la campagne d’enregistrement des naissances.
UNICEFLiberia/2015/S.GrileUn poste d’état civil installé à la clinique de Totota pendant la campagne d’enregistrement des naissances.

Je n’avais jamais auparavant considéré l’enregistrement de la naissance sous l’aspect d’un droit, probablement parce que je n’ai jamais eu à y penser. Mais tout enfant, quel que soit l’endroit où il est né, a droit à l’enregistrement de sa naissance, droit à une éducation, droit à une identité, comme le stipule la Convention relative aux droits de l’enfant. Les droits de l’homme ne doivent pas être des privilèges, mais doivent être rendus obligatoires et accessibles pour tous les enfants.

Au Libéria, l’enregistrement des naissances a progressé régulièrement après la reconstruction et le rétablissement du système d’état civil à travers le pays en 2011 : 48 408 naissances enregistrées en 2011 ; 57 085 en 2012 ; 80 284 en 2013 et 53 031 en 2014.

L’épidémie Ebola a anéanti une grande partie de ces progrès.

Pendant la crise, les parents avaient trop peur de faire enregistrer la naissance de leurs enfants dans des établissements de santé, par crainte qu’ils ne contractent le virus Ebola. Tous leurs efforts étaient consacrés à protéger leur famille de l’Ebola.

En outre, étant donné que cette situation d’urgence avait abouti à faire suspendre ou même fermer les services d’état civil, les parents n’avaient aucun moyen de faire enregistrer leurs enfants même quand ils le désiraient. Autre conséquence, quand des enfants avaient été enregistrés dans des comtés éloignés du pays, les documents ne pouvaient pas être transmis au fichier central de l’état civil.

J’ai été amenée à me demander ce que cela signifiait pour les milliers d’enfants non enregistrés à travers le pays.

Un certificat de naissance libérien
UNICEFLiberia/2015/S.GrileUn certificat de naissance libérien.

Étant donné qu’ils n’ont pas d’existence administrative, ces enfants sont plus vulnérables à l’exclusion, ne peuvent pas obtenir de papiers d’identité ou d’accès aux services sanitaires et sociaux les plus élémentaires. Ils courent également un plus grave danger d’être victimes de la traite d’êtres humains ou d’être adoptés illégalement. Sans certificat de naissance, un enfant ne pourra pas être reconnu comme citoyen ni se prévaloir de la protection de l’État.

Les services de l’état civil sont maintenant encore plus surchargés, car ils doivent rattraper les retards accumulés tout en relançant les procédures d’enregistrement. En mai de cette année, selon les chiffres du Ministère libérien de la santé, seulement 705 enfants avaient pu être enregistrés. Maintenant que nous sommes en octobre, grâce aux mesures de rattrapage soutenues par l’UNICEF, le nombre de naissances enregistrées s’établit à 17 705.

Des progrès ont été réalisés, mais il reste encore énormément à faire.

En ce moment au Libéria, la campagne d’enregistrement des naissances est organisée dans deux comtés : Grand Bassa et River Cess. Ces comtés ont été choisis en raison d’un manque global de sensibilisation de la population à cette question et du faible nombre de naissances enregistrées. La campagne, qui a débuté le 11 novembre et qui se poursuivra jusqu’au 12 décembre, cible les enfants de 12 ans et moins. L’inscription à l’état civil est gratuite pour les enfants âgés de 0 à 12 ans.

À l’UNICEF, nous travaillons avec le Ministère de la santé pour veiller à ce que le pays puisse mettre en place tous les dispositifs nécessaires — personnel qualifié équipé du matériel requis, formulaires de certificat de naissance, timbres officiels, ordinateurs et logiciels adaptés — et que les crédits nécessaires soient disponibles pour permettre aux fonctionnaires spécialisés de l’état civil de se déplacer à travers le pays, d’enregistrer les naissances et de sensibiliser la population à l’existence de cette campagne.

Cette campagne d’enregistrement des naissances sera étendue au reste du pays et des plans ont été préparés pour essayer de procéder à cet élargissement dans les mois à venir. Cependant, tous ces efforts exigent un financement plus important et nous espérons obtenir des crédits supplémentaires pour aider le Libéria à mettre en œuvre une campagne à l’échelle nationale qui permette d’enregistrer tous les enfants.

Mon identité de citoyenne irlandaise n’a jamais été mise en question et cela m’attriste de penser que d’autres sont privés de ce droit parce que leur naissance n’a pas été enregistrée. J’ai bon espoir que tous les enfants, où qu’ils soient nés dans le monde, pourront éventuellement avoir accès aux registres d’état civil et la possibilité de se réclamer d’une identité officiellement attestée.

Alvina Lim est Chargée de communication à l’UNICEF du Libéria. Elle travaille dans le cadre de l’intervention contre l’épidémie du virus Ebola depuis mars 2015.

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