Donner la possibilité aux enfants d’être à nouveau des enfants

Tandis que de plus en plus d’enfants réfugiés et migrants arrivent en Europe, il est plus important que jamais de donner la possibilité aux enfants d’être à nouveau des enfants, et aux mères de se reposer et d’allaiter leurs bébés tranquillement, ne serait-ce que quelques heures. Ma visite en Serbie, la semaine dernière, à confirmé à quel point cela était important.

Au point de transit, à Sid, les bus arrivaient les uns après les autres, déversant des familles avec de jeunes enfants, dont des bébés et des nourrissons. Désorientés et épuisés, les parents rassemblaient leurs affaires, calmaient les enfants agités et boutonnaient leurs manteaux pour se protéger des températures glaciales avoisinant les -14°C. Les travailleurs humanitaires les dirigeaient à l’aide de haut-parleurs puissants vers une file qui allait de la gare à l’autre côté de la route.

Éblouis par le soleil ,venant à peine d’avoir récupéré leurs bagages, certains avaient l’air hébétés par leur voyage. D’autres étaient clairement heureux d’être sortis du bus.

Un garçon, qui avait très envie de parler anglais, m’a dit « je viens de Syrie ; jai  douze ans. » Lorsque je lui ai demandé où il allait, il m’a répondu, sûr de lui « Serbie Croatie Autriche puis Allemagne ! ».

Une lettre écrite par un enfant.
UNICEF/MortDans l’espace ami des enfants du centre de réception de Presevo, des lettres de bienvenue d’enfants serbes aux enfants réfugiés et migrants tapissent les murs.

À l’inverse, une jeune mère syrienne portant un bébé de quatre mois, a demandé « Dans quel pays sommes-nous ? » En montrant d’un signe de la tête le train qui attendait, elle a ajouté « Où nous emmènent-ils maintenant ? » Ses questions m’ont interloquée ; j’avais du mal à m’imaginer ne sachant pas dans quel pays j’étais ni où j’allais. C’est pourtant ce que vivent des centaines de réfugiés et de migrants dont le destin est à présent entre les mains de quelqu’un d’autre. Ces questions reflétaient également la durée du voyage de cette mère.

À Sid, les services pour les réfugiés et les migrants offrent le strict minimum. Les dortoirs sont sinistres, malodorants et sales ; et surtout, ils ne disposent pas encore de radiateurs. Il faisait meilleur dehors que dedans. Et je n’ai pas été surprise d’apprendre que les femmes et les enfants étaient réticents à partager l’espace avec les hommes.

Toutefois, ici, l’UNICEF et son partenaire, World Vision, avec l’appui de l’Aide humanitaire et protection civile de la Commission européenne (ECHO), ont mis en place un petit espace ami des enfants, avec notamment un coin pour les mères et leurs bébés. Mais l’espace est petit, les fenêtres doivent être remplacées et le chauffage amélioré pour pouvoir permettre un véritable répit aux familles fatiguées et traumatisées.

Alors que des centaines de personnes faisaient la queue pour présenter aux autorités serbes les documents d’enregistrement leur permettant de monter dans un train pour la Croatie, des jeunes, les épaules affaissées, étaient redirigés vers un bus à destination d’un centre d’accueil pour demandeurs d’asile. Soit ils n’avaient pas de documents d’enregistrement, soit ils venaient de pays autres que la Syrie, l’Iraq ou l’Afghanistan. Où finiraient-ils ?

Heureusement, les services pour les réfugiés et les migrants du point d’aide pour les réfugiés de Miratovac, à la frontière avec l’ex-République yougoslave de Macédoine, sont mieux.

À la fin de la longue marche dans la boue depuis la gare, en ex-République yougoslave de Macédoine, du personnel des autorités locales, d’ONG et d’organismes internationaux accueillent les réfugiés et les migrants avec des vêtements d’hiver, de la nourriture et des boissons chaudes. Des rangées de préfabriqués chauffés et propres peuvent si nécessaire accueillir des centaines de personnes. Et bien que les réfugiés et les migrants ne restent généralement ici que quelques heures, l’UNICEF, ECHO et le Conseil danois pour les réfugiés, entre autres, ont installé des espaces amis des enfants colorés où les enfants peuvent jouer, et où les mères peuvent allaiter et changer les couches.

 

Des lits superposés dans un dortoir.
UNICEF/MortLes dortoirs du centre de réception de Presevo. Le responsable du camp n’aime pas utiliser les «réfugiés» et «migrants». Il leur préfère «personnes ayant des besoins»

D’ici, des bus emmènent les femmes et les enfants au point d’enregistrement de Presevo pour commencer le processus d’enregistrement officiel. Ce qui a commencé sous la forme de quelques tentes et cabines en préfabriqué l’an dernier est en train de se développer rapidement sous la direction du Ministère du travail, de l’emploi, des vétérans et des affaires sociales. J’ai rencontré le responsable du camp, M. Nikic, un homme exceptionnel, qui m’a reprise lorsque j’ai employé le terme de « réfugiés et migrants ; » lui préférant le terme de « personnes dans le besoin. » Avec le responsable de la construction, ils m’ont fait visiter une usine de tabac abandonnée qu’ils sont en train de convertir avec fierté en dortoirs chaleureux, propres et chauffés, avec des cuisines bien équipées, des douches et des toilettes, des laveries, des espaces de socialisation et un dispensaire. C’est une opération bien pensée : des panneaux en arabe orientent les réfugiés et les migrants vers les bus, les trains et les points d’enregistrement. M. Nikic a même l’intention de faire construire un terrain de jeu pour les enfants dans les mois qui viennent.

Dans l’espace ami des enfants de Presevo, également appuyé par ECHO, de jolies lettres de bienvenue d’enfants serbes aux enfants réfugiés et migrants couvrent les murs. J’y ai rencontré Mohammed, père de Khadija*, 16 ans, et d’Omar*, 13 ans. Dans l’incapacité de continuer leur voyage parce que Khadija avait besoin de soins hospitaliers urgents, ils restaient au centre le temps qu’elle soit suffisamment en forme pour voyager. Tous les trois avaient bon moral : le personnel aidait Khadija à finir un puzzle pendant que son frère dessinait avec des bénévoles. Je me suis souvenue de ce que m’avait dit M. Vulin, le Ministre du travail, de l’emploi, des vétérans et des affaires sociales lors de notre rencontre à Belgrade la veille : « Lorsque vous regardez les yeux de ces enfants, ils sont trop adultes. Mais si vous les mettez dans un espace ami des enfants, ils redeviennent enfants. »

La vitesse et l’ampleur du défi des réfugiés et des migrants en Europe est étourdissante, cela ne fait aucun doute, et une solution politique durable doit être trouvée de toute urgence. Mais en attendant, les mots du Vice-Premier ministre et Ministre des affaires étrangères, M. Ivica Dacic, me viennent à l’esprit : « Nous sommes tous des enfants ; nous sommes tous lenfant de quelquun. » Et lorsque cela sert de principe directeur dans l’intervention d’un pays face à un afflux de réfugiés et de migrants sans précédent, une situation critique peut être nettement améliorée. En traitant les personnes avec dignité, gentillesse et respect, un voyage terrifiant peut devenir plus facile à gérer, surtout pour les enfants. Cela peut susciter de l’espoir, qui, pour beaucoup de réfugiés et de migrants, constitue la plus grande richesse.

*Les noms ont été changés

Yoka Brandt, Directrice générale adjointe de l’UNICEF

 

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