Dans un camp de réfugiés du Tchad, un jeune garçon trouve une nouvelle famille

Le camp de Dar es Salam, au Tchad, abrite plus de 7 000 réfugiés venus du Nigéria. Ici, chaque individu a fui les atrocités et la violence qui règnent dans leur pays. Récemment, j’ai rencontré deux habitants du camp : Ibrahim, 10 ans, et Adamu Yahaya, 38 ans, dont le courage et la résilience illustrent ceux de tant d’autres personnes qui vivent là.

Au Nigéria, Ibrahim vivait avec sa grand-mère, parce que son père était mort des suites d’une maladie et sa mère s’était noyée l’année dernière en essayant fuir l’attaque de Boko Haram contre un village voisin. Le 3 janvier 2015 au matin, une nouvelle tragédie a fait irruption dans sa vie, quand la petite ville où il vivait a été attaquée. Il a été obligé de s’enfuir seul de chez lui, abandonnant derrière lui sa grand-mère incapable de faire le voyage.

20150415SC_521_sml
©UNICEF Chad/2015/CherkaouiPlus de 1,4 million d’enfants comme Ibrahim ont été obligés de fuir le conflit qui se déroule au Nigéria et autour.

Le même matin, pas très loin de là, Adamu a été réveillé par des coups de feu et, avec sa femme et ses trois enfants, a pris la fuite à toute vitesse.

Ibrahim est finalement arrivé au Tchad, dans la ville frontière de Ngouboua. « Une femme m’a pris avec elle mais au bout de plusieurs jours, elle n’avait plus les moyens de me nourrir. Elle m’a mené à un homme de mon village que je connaissais mais il a dit que, lui aussi, il n’avait pas les moyens de s’occuper de moi. À la fin, je suis arrivé au camp, de nouveau seul. »

Par la suite, Ibrahim s’est retrouvé à l’Espace ami des enfants mis en place dans le camp par l’UNICEF.  Les agents communautaires et les conseillers psychosociaux envoyés par l’UNICEF ont réuni les chefs de la communauté pour voir s’ils étaient capables de reconnaître Ibrahim. Dans la foule, une femme l’a reconnu et a fait savoir aux conseillers qu’un fils des voisins se trouvait aussi dans le camp. Il s’est avéré que ce voisin était Adamu.

Adamu, qui est à présent le tuteur légal d’Ibrahim, m’a parlé du jour où ils se sont rencontrés dans le camp : « Ils sont venus me chercher, je m’en souviens, c’était un après-midi et le vent amenait du sable. J’ai aperçu Ibrahim, son visage s’est illuminé. Les agents communautaires m’ont demandé si je pouvais m’en occuper et, immédiatement, j’ai dit oui. Vous savez, nous avons subi la même expérience et, pour cette raison, je me sens responsable envers lui. »

À son tour, Ibrahim a souri et ajouté : « Quand j’étais à Doro, j’étais ami avec les enfants d’Adamu, nous étions voisins. Aujourd’hui, je me sens en sécurité et c’est comme une nouvelle famille pour moi. » Les agents de l’UNICEF passent régulièrement dans sa tente pour surveiller sa santé et les conditions dans lesquelles il vit.

La dernière fois que je les ai rencontrés, Ibrahim était sur le point se rendre à l’Espace ami des enfants où ses camarades l’attendaient : l’activité du jour était consacrée au dessin, celle qu’il préfère. J’ai rejoint Ibrahim au cours de dessin et j’ai été accueilli par une trentaine d’enfants qui étaient impatients de commencer. Leurs dessins montraient les atrocités du conflit mais représentaient aussi ce qui, de chez eux, leur manquait le plus : leurs amis, leurs vêtements, leurs jouets et des choses simples comme le fait de manger des ananas. Ce sont juste des enfants mais où est donc leur enfance ?

20150415SC_564-sml
©UNICEF Chad/2015/CherkaouiAdamu et Ibrahim.

Ibrahim m’a dit qu’il n’avait jamais été à l’école auparavant car celle de son village était fermée. Depuis 2012, au nord-est du Nigéria, plus de 300 écoles ont subi de graves dégâts ou ont été détruites à la suite du conflit. Plus de 1,4 million d’enfants comme Ibrahim ont été obligé de fuir les hostilités, au Nigéria et autour. Ce chiffre ne fait que croître chaque mois et cela m’oblige à m’interroger : combien d’enfants continueront de dessiner les atrocités qu’ils ont vues ? Combien d’enfants ne retourneront pas à l’école cette année ?

Au début du mois, le 15 septembre, Ibrahim est allé à l’école pour la première fois et a entamé le long périple qui accompagne la découverte des lettres et des chiffres.

« Quand je suis arrivé, je ne voulais pas aller à l’école : j’avais peur. Mais cette année, j’irai et j’espère apprendre à lire et à écrire », a-t-il dit.

Après avoir parlé avec Ibrahim et Adamu, je suis resté un peu dans l’Espace ami des enfants pour parler avec les enfants et examiner leurs dessins. Je me suis rendu compte combien il était difficile d’extraire un peu d’espoir de ce désespoir. Seule l’éducation peut leur apporter les aptitudes dont ils auront besoin lorsqu’ils seront adultes afin qu’ils puissent créer un avenir meilleur pour eux-mêmes et leurs communautés.

 

Badre Bahaji est responsable de la  communication et travaille au Tchad pour l’UNICEF.

L’Espace ami des enfants du camp de réfugiés de Dar es Salam offre des activités récréatives et psychosociales à plus de 1 100 enfants. 174 enfants non accompagnés ou séparés de leurs familles ont été immatriculés par l’intermédiaire de l’Espace ami des enfants. Selon l’OCHA, pour le Tchad seulement, plus de 77 000 personnes, pour la plupart des enfants et des femmes, ont été déplacées par la violence depuis le début du conflit au nord-est du Nigéria. Malgré les conditions d’insécurité, l’UNICEF est à pied d’œuvre avec ses partenaires pour apporter aux enfants et aux femmes vulnérables le soutien qui leur est indispensable. Un déficit de financement proche de 70 % empêche cependant les enfants de recevoir une aide d’urgence. 

Réagir à cet article

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont annotés « obligatoire. »