Construire un Internet sécurisé : un défi à relever et une occasion à saisir

En tant que responsable de la communication pour UNICEF-Argentine, je me sens particulièrement motivée par la question de la promotion de l’accès de tous les enfants à Internet. Cela s’explique peut-être par le fait que, bien que je n’appartienne pas à la génération du numérique, j’ai pris conscience dès mon plus jeune âge des énormes possibilités technologiques que l’innovation peut offrir aux enfants et adolescents : dans les années 80, ma mère faisait en effet partie du premier groupe d’enseignants en Argentine à se servir d’ordinateurs dans leurs classes d’enseignement primaire.

La génération actuelle des adolescents est très différente de celle des années 80, puisqu’ils sont nés à une époque où ils avaient accès aux nouvelles technologies de l’information, avec la capacité d’utiliser divers moyens de communication simultanément et de regarder plusieurs écrans d’ordinateur à la fois, comme nous l’avons vu dans plusieurs études réalisées par notre équipe, par exemple Encuesta un sobre Adolescentes Consumo de Medios (Enquête auprès des adolescents sur la consommation des médias).

En outre, en Argentine, l’accès des ménages aux ordinateurs et à Internet a considérablement augmenté ces cinq dernières années. Plus de 6 ménages sur 10 y ont accès et quasiment tous les ménages du pays disposent d’une télévision et d’un téléphone mobile.

Les réseaux de médias sociaux et Internet peuvent être d’excellents outils pour les jeunes qui cherchent à exercer leurs droits. Pour les adultes, ils représentent à la fois une occasion à saisir et un défi à relever car il s’agit d’accompagner les jeunes garçons et filles tout au long de ce parcours d’apprentissage. Les personnes les mieux placées pour protéger les jeunes de mauvaises expériences en ligne sont en effets celles qui sont responsables de leur bien-être et de leur développement. Et notre équipe à l’UNICEF s’efforce de les soutenir et de les encourager.

En ce sens, à l’UNICEF, non seulement nous menons des études pour recueillir des données mises à jour et valides afin d’orienter les politiques publiques, mais nous mettons aussi sur pied des partenariats avec les secteurs public et privé pour sensibiliser les enfants, les familles, les éducateurs et les société aux questions concernant la « citoyenneté numérique ». Nous avons adhéré à plusieurs partenariats mondiaux tels que Digital Connect ainsi que le Berkman Center for Internet & Society et Global Kids On-Line afin d’établir des réseaux de travail collectif et participatif à même de créer et diffuser des connaissances dans ce domaine.

Ces activités sont particulièrement pertinentes, étant donné que, selon nos études, sur 1 100 jeunes venus de centres urbains de tout le pays, 93,4 pour cent disent qu’ils se servent d’Internet, et plus de 60 pour cent affirment qu’ils sont en ligne tous les jours. Facebook est le réseau social le plus utilisé : les jeunes passent une partie importante de leur journée à l’utiliser, de 2 à 8 h par jour ou encore, comme l’ont dit certains,  « tout mon temps libre ». En outre, près de 7 enfants sur 10 disent qu’ils utilisent de nouveaux moyens de communication afin d’avoir un « meilleur » contact avec leurs amis, dont le nombre, en moyenne, se monte à entre 600 à 1 000. Cela signifie qu’une partie importante de leur socialisation se fait par le biais des médias numériques.

Il importe également de noter que la perception qu’ont les adolescents de l’implication de leurs parents montre, d’une part, un manque de soutien familial et, d’autre part, qu’il est difficile pour les adultes de guider sans être trop envahissants. Les données montrent que 6 enfants sur 10 utilisent Internet sans la surveillance d’un adulte et que, parmi ceux qui sont supervisés, 4,3 pour cent seulement mènent des activités en ligne avec des adultes. Compte tenu du fait que la moitié des garçons et filles interrogées se sont faits de nouveaux « amis » en ligne et que, sur ce nombre, 3 sur 5 les ont rencontrés en personne, et que 23,4 % ont indiqué avoir été insultés, victimes de discrimination ou de harcèlement sur un réseau social, il est clair qu’il faut prendre des mesures énergiques pour favoriser la supervision des adultes dans le monde numérique.

L’Internet offre une gamme infinie de possibilités — communication, socialisation, éducation — mais il faut que les écoles et les familles dirigent, supervisent et orientent les adolescents afin qu’ils puissent utiliser les nouvelles technologies en toute sécurité et de manière responsable, proactive et respectueuse d’autrui.

Aujourd’hui, alors que nous célébrons la Journée pour un Internet plus sûr, nous savons que nous avons appris beaucoup de choses depuis notre premier contact avec les écrans d’ordinateur dans les années 80. Il reste cependant beaucoup de chemin à faire pour que chaque enfant et chaque adolescent puissent profiter au maximum de la « citoyenneté numérique ».

María José Ravalli est Chef de la communication à l’UNICEF-Argentine

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