Comment mettre la révolution des données au service des enfants ?

Amina Mohammed, la Conseillère spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour la planification du développement après 2015, a participé en tant que membre de droit au Groupe consultatif d’experts indépendants sur la révolution des données pour le développement durable mis en place par le Secrétaire général.

Elle s’est récemment rendue à l’UNICEF dans le cadre des Conversations with Thought Leaders afin de discuter de l’application de la révolution des données aux questions touchant les enfants. Nous l’avons rencontrée après son intervention et elle nous a parlé des tendances du domaine des données et du développement, et des moyens de renforcer les capacités et d’obtenir les ressources nécessaires pour mettre la révolution des données au service du progrès social.

UNICEF : Quelles sont les tendances qui vous enthousiasment le plus dans le domaine des données et du développement ? Quelle est la partie la plus prometteuse de ce programme ?
A. Mohammed
: La partie la plus prometteuse de ce programme de révolution des données est son accessibilité et la capacité qu’il a d’impliquer les jeunes. Parce que je pense que cela sera crucial pour l’avenir. Les 15 prochaines années, tout dépendra de qui va porter ce programme. Tout dépendra de qui utilisera ces informations pour déterminer le type de planification nécessaire pour agir ; pour pouvoir affirmer qu’il n’y a « pas de laissés pour compte » ; et obtenir ces données en temps réel que nous n’avions pas avant.

Ces éléments nous permettront de véritablement utiliser les données de manière à faire des investissements en temps voulu pour pouvoir sauver des vies, et ne pas y penser sur cinq ans mais MAINTENANT. Voilà ce à quoi peuvent servir les technologies, notamment à se concentrer sur les groupes vulnérables.

Donc, par exemple, vous pourrez aller dans mon pays, au Nigéria, et vous rendre directement au niveau du gouvernement local et savoir où sont les enfants ; où sont les groupes vulnérables ; où sont les orphelins qui ont dû traverser la frontière pour fuir les conflits… Voilà le genre d’informations que nous pouvons obtenir avec les technologies et communiquer afin d’identifier où des investissements sont nécessaires. Je trouve cela formidable.

UNICEF : Quels sont les principaux risques que vous associez à la révolution des données ? Y a-t-il des difficultés spécifiques sur lesquelles vous souhaiteriez attirer notre attention ?
A. Mohammed : Je pense que la première difficulté est la bureaucratie – pouvons-nous nous montrer à la hauteur sachant que nous ne pouvons plus continuer comme avant ? Ce que nous avons fait dans le passé était bien mais ne fonctionne plus aujourd’hui, ni ne permet d’atteindre des résultats à l’échelle que nous pourrions maintenant atteindre. Les institutions doivent donc vraiment penser différemment ; les responsables doivent être suffisamment audacieux et courageux pour savoir qu’ils doivent faire des partenariats, ce qui n’implique pas de réduire leurs capacités ou leur pouvoir, mais d’avoir conscience que le partage leur permettra d’aller plus loin.

Ensuite, nous avons besoin de ressources pour rendre cela possible. Cela ne se fait pas tout seul – il faut des ressources, différents types de ressources. Comment pouvons-nous mieux gérer les partenariats pour y arriver ? Il ne suffit pas que les gouvernements fournissent de l’argent et des financements, il faut aussi renforcer les bonnes capacités. Recueillir des données et avoir cette possibilité, c’est une chose, les utiliser en est une autre. La connaissance des données peut-elle être intégrée aux programmes scolaires ? Peut-elle être intégrée à l’éducation de base ?

UNICEF : Et où voyez-vous l’UNICEF dans tout cela ?
A. Mohammed : L’une des nombreuses manières dont l’UNICEF peut apporter sa contribution est d’aider à rendre l’invisible visible grâce aux données. On peut prendre l’exemple de la violence. L’UNICEF a réussi à mettre en lumière les différents types de violence dont nous parlons – envers les enfants, envers les femmes, dans différents milieux et contextes – qu’il s’agisse des violences dans les conflits, à la maison ou dans la communauté.

Comment faire entrer cela dans les mentalités ? La tolérance zéro envers la violence ne signifie pas que nous rendons le gouvernement responsable des efforts de suppression de la violence dans une communauté mais plutôt que les communautés et les familles affirment la tolérance zéro. Nous savons tous que dans nos communautés nous fermons les yeux – c’est un sujet sensible, trop proche de la maison. Mais c’est là que la tolérance zéro doit commencer, et si elle commence là, le gouvernement sera obligé de prendre des mesures pour renforcer la tolérance zéro. C’est à ce niveau communautaire et familial que doit toutefois avoir lieu le point de départ et je pense que l’UNICEF doit y contribuer dans les communautés afin qu’elles s’approprient les aspects positifs et négatifs dont nous devons nous occuper.

Réagir à cet article

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont annotés « obligatoire. »